Tiré de Entre les ligne set les mots
Ce code, qui a été publié et approuvé par les autorités talibanes, comprend 10 chapitres et 119 articles et reflète l’intention du groupe de monopoliser le pouvoir, de redéfinir la hiérarchie sociale, d’effacer le statut civique des habitant·es du pays et de légitimer le recours généralisé à la violence au XXIe siècle.
Les talibans affichent ouvertement leur détermination à ramener le pays à une ère d’ignorance et de brutalité en abolissant toutes les lois afghanes précédentes, qui s’inspiraient des expériences des pays voisins et du monde entier et adoptaient une interprétation de l’islam fondée sur la tolérance et la modération, en faveur de l’égalité juridique, de la dignité humaine et du respect des droits humains au sens large, et en les remplaçant par ce code.
Bien sûr, les talibans ont déjà appliqué de nombreux aspects de ce nouveau code pénal depuis leur retour au pouvoir en 2021. Par conséquent, sa publication officielle sert de couverture juridique et constitue une tentative de légitimer le comportement discriminatoire, violent et fondé sur les classes sociales du groupe.
Compte tenu de la diversité des réactions au nouveau code pénal des talibans, il est nécessaire d’en comprendre les principaux piliers :
La monarchie absolue du mollah Hibatullah Akhundzada
Dans les systèmes politiques modernes où la souveraineté populaire est le principe fondamental, le rôle du monarque a été soit aboli, soit strictement défini et limité par la loi, souvent réduit à une fonction symbolique. Ce n’est que dans les monarchies absolues que le roi est au-dessus des lois, servant à la fois de source du droit et d’autorité ultime pour son interprétation. Après de longues et coûteuses luttes pour le constitutionnalisme, l’Afghanistan a laissé derrière lui l’ère de la monarchie absolue il y a plus d’un siècle.
Pourtant, à l’heure actuelle, les talibans ont accordé au mollah Hibatullah le statut effectif de souverain absolu, marquant ainsi rien de moins qu’un retour à l’ère de la royauté sans contrôle. L’article 1 de ce code désigne le mollah Hibatullah comme l’autorité chargée de rédiger et d’interpréter la loi. Les articles 118 et 119 soulignent en outre ses pouvoirs exclusifs pour modifier, annuler ou ratifier ce document et toute autre loi.
La concentration de tous les pouvoirs entre les mains du mollah Hibatullah révèle également une profonde méfiance au sein même des rangs des talibans, car le pouvoir de réviser ou d’interpréter la loi n’a été délégué à aucune institution sous sa supervision.
Une hiérarchie sociale fondée sur les castes
Ce code pénal identifie quatre groupes sociaux :
1) Les mollahs et l’aristocratie
2) Les chefs tribaux et les marchands
3) La classe moyenne
4) La classe inférieure
Selon l’article 9 de ce code, les sanctions infligées à ces quatre groupes sont explicitement discriminatoires. Si un érudit ou un ancien appartenant à la caste la plus élevée commet une infraction, le juge se contente de lui donner un avertissement, sans plus. Les chefs tribaux et les marchands qui commettent la même infraction sont seulement convoqués devant le tribunal et reçoivent une réprimande. Mais si la même infraction est commise par une personne issue de la classe la plus basse, celle-ci doit subir un châtiment corporel pouvant aller jusqu’à 39 coups de fouet.
Un tel traitement discriminatoire ne peut être compris que comme une approbation du système des castes et une division des citoyen·nes en rangs inégaux. En vertu de ce code pénal, les érudits se voient accorder un statut privilégié qui rappelle celui du clergé au Moyen Âge. L’article 17 stipule explicitement que toute personne qui déclare ne pas accepter les paroles des érudits est passible de deux ans de prison.
Légitimer la justice populaire et les punitions sommaires
Ce document décrit les méthodes permettant de prouver les infractions punissables par le ta’zir, ainsi que les personnes habilitées à infliger ces punitions et celles qui peuvent y être soumises, ce qui, dans la pratique, revient à légitimer clairement la justice populaire et les punitions sommaires.
L’article 4, qui explique la distinction entre hudud et ta’zir, stipule explicitement qu’une infraction ta’zir peut être établie même en cas de doute et que les enfants peuvent également être soumis à des sanctions. En revanche, les infractions hudud ne peuvent être établies en cas de doute et ne peuvent être appliquées aux enfants.
Le code pénal stipule en outre que tout musulman qui est témoin d’une personne commettant un péché contre « les droits de Dieu » — c’est-à-dire des actes considérés comme nuisibles à la moralité publique plutôt qu’à un individu en particulier — est autorisé à infliger lui-même la punition.
En vertu de cette disposition, tout musulman (le terme « musulman » désignant en réalité les adeptes de l’école hanafite) peut prétendre avoir été témoin d’un acte considéré comme péché et, sur cette base, infliger personnellement une punition, même si le présumé coupable est un·e enfant.
Une telle autorisation signifie que les personnes favorisées ou approuvées par les autorités talibanes ont en réalité toute latitude pour commettre des actes de violence à l’encontre d’autrui.
Déni du pluralisme religieux
Une autre caractéristique de ce retour à un ordre médiéval est le rejet des autres sectes islamiques et l’insistance sur la légitimité exclusive d’une seule école de jurisprudence. Une telle position entraîne logiquement des pressions sur les adeptes d’autres sectes.
L’article 26 de ce code stipule explicitement que personne en Afghanistan n’a le droit de quitter l’école hanafite et que toute personne qui le fait sera punie. Le fait de limiter la punition pour « abandon de la foi » uniquement à celles et ceux qui quittent l’école hanafite implique que les autres sectes islamiques ne bénéficient pas du même respect ou du même statut juridique. En effet, cela suggère qu’il est permis, voire souhaitable, d’abandonner la foi ismaélienne, la secte chiite duodécimain ou d’autres confessions et religions.
Cela contraste fortement avec la réalité de l’Afghanistan, un pays diversifié non seulement sur le plan ethnique et linguistique, mais aussi sur le plan religieux, où différentes sectes ont historiquement coexisté dans le respect mutuel. Si l’Afghanistan respectait les normes mondiales, il devrait s’orienter vers une plus grande tolérance religieuse et un plus grand pluralisme, et non l’inverse.
Compte tenu de l’inclusion de cette section dans le code pénal des talibans, il apparaît clairement que les informations faisant état de pressions exercées sur les ismaélien·nes pour qu’elles et ils se convertissent sont tout à fait conformes à la politique religieuse générale des talibans.
Traiter les femmes comme des biens
Les articles 32 et 34 du code pénal taliban traitent des relations entre mari et femme. Le type et l’ampleur des sanctions infligées aux hommes et aux femmes révèlent qu’au XXIe siècle, les talibans continuent de traiter les femmes comme des marchandises appartenant aux hommes.
Cette section stipule que si un homme bat violemment sa femme, lui causant notamment des fractures, des blessures ou des ecchymoses, et que la femme est en mesure de le prouver, l’homme sera condamné à 15 jours de prison. Mais si une femme se rend chez ses parent·es sans la permission de son mari et ne revient pas, elle et son père seront toustes deux condamné·es à trois mois de prison.
La disparité entre ces peines montre clairement que les femmes sont considérées comme des biens. La clause concernant la punition d’un homme qui fait du mal à sa femme stipule également que la femme doit prouver que les fractures, blessures ou ecchymoses ont été causées par son mari. Dans une société profondément patriarcale, en particulier sous le régime taliban, cela est pratiquement impossible. Les femmes sont généralement contraintes de retirer leurs accusations et d’innocenter leur mari.
Conclusion
Les points soulignés ci-dessus ne sont que quelques exemples de l’approche médiévale des talibans à l’égard des valeurs universellement acceptées du monde moderne. Extraire et analyser tous les éléments de ce code qui contredisent les valeurs humaines et les normes et impératifs du XXIe siècle nécessiterait beaucoup de temps et d’espace.
Dans le même temps, la publication de ce code est utile car elle fournit aux défenseur·es des droits humains et aux chercheurs/chercheuses afghan·es un document officiel des talibans qu’elles ou ils peuvent citer lorsqu’elles ou ils s’adressent aux gouvernements, organisations et institutions liés à l’Afghanistan. Bien que les talibans aient nié avoir permis la violence généralisée contre les citoyen·nes afghan·nes, ce code constitue une preuve irréfutable de leur discrimination religieuse et sexuelle.
Omid Sharafat, 2 février 2026
Omid Sharafat est le pseudonyme d’un ancien professeur d’université à Kaboul et chercheur en relations internationales.
https://zantimes.com/2026/02/02/how-the-taliban-returned-afghanistan-to-the-dark-ages/
Traduction DE
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