Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Et si on avançait, le progrès social dépend de nous

Contrer les chantres du capitalisme

Campagne d’éducation populaire lancée à l’automne 2013 par la CSN

Plusieurs dizaines de syndicats de la grande région métropolitaine ont participé à la campagne d’éducation populaire lancée à l’automne par la CSN et intitulée Et si on avançait, le progrès social dépend de nous. Également affiliés au Conseil central du Montréal métropolitain–CSN, deux syndicats du Grand Nord, soit celui du Centre de santé Tulattavik de l’Ungava et celui de l’Administration régionale de Kativik, ont aussi pris part à cette vaste opération visant à débattre d’enjeux sociaux.

Pour la CSN, il faut déboulonner le discours des tenants du néolibéralisme qui soutiennent que justice sociale, égalité et équité sont des luxes auxquels il faudrait renoncer, faute de moyens.

Assemblées publiques

Le conseil central a organisé trois assemblées publiques dans le cadre de cette campagne. La première, tenue le 20 novembre en soirée dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, proposait une réflexion sur le développement économique et durable. Alors que le climat ne cesse de se détraquer, il est de notre devoir, juge-t-on à la CSN, de concilier développement économique et respect de l’environnement. Dans son plus récent rapport publié en septembre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat conclut qu’à moins de changements majeurs dans notre façon de vivre, les températures augmenteront de 4,8 °C d’ici la fin du siècle, entraînant de graves répercussions sur le climat. Tenant compte d’impératifs de développement durable, la CSN estime que le déploiement d’une stratégie industrielle devrait avoir comme objectif principal la création d’emplois de qualité, tout en misant sur une transition vers une économie verte.

Pour une véritable gestion des ressources naturelles

Lors de cette première assemblée, plusieurs participants ont soulevé la question de la nationalisation des ressources naturelles, estimant que le gouvernement doit prendre ses responsabilités à cet égard. Le vice-président de la CSN, Jean Lacharité, a fait valoir que l’État doit réorienter sa stratégie : « il faut miser non seulement sur l’extraction des ressources naturelles, mais aussi sur les industries de deuxième et de troisième transformations. Les ressources extraites sur notre territoire doivent être transformées sur notre territoire », a-t-il conclu.

Selon Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), il faut mettre au rancart les projets allant à contresens d’un développement économique durable, comme l’exploitation des hydrocarbures tels le pétrole et les gaz de schiste. Une des avenues pour diminuer notre dépendance aux énergies fossiles est de travailler au développement d’un vaste chantier pour rendre les bâtiments moins énergivores et de tabler sur l’électrification des transports, entre autres.

Sécuriser le revenu tout au long de la vie

Une deuxième assemblée publique portant sur les conditions économiques des citoyennes et citoyens s’est tenue le 27 novembre dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Mélanie Gauvin, du Front de défense des non-syndiquéEs, a dressé un portrait des caractéristiques du travail précaire et atypique. Elle a rappelé qu’un nombre grandissant de personnes suivent un parcours de travail incertain. « On observe une multiplication des formes d’emplois, par exemple à temps partiel, temporaire et à domicile. Il y a aussi les emplois développés dans les programmes d’employabilité ou par les agences de placement. Dans ce dernier cas, a soutenu madame Gauvin, les salaires offerts sont inférieurs de 40 % en moyenne par rapport aux emplois dits permanents. »

Francine Boucher, une participante, a avancé que « l’enjeu consiste à maintenir l’espoir ». Selon elle, la tenue de telles assemblées est importante, car elles permettent d’outiller les gens et de bâtir un contre-discours. « Avoir de meilleures conditions de travail, c’est avoir une meilleure vie ! », a-t-elle lancé. Elle s’est insurgée contre les profits des compagnies, qui, contrairement au salaire minimum, ne connaissent pas de plafond maximum !

Pour le président de la CSN, le défi qui se pose pour les organisations syndicales est celui de proposer une alternative concrète au discours dominant. « Le mouvement syndical est le dernier rempart contre les effets du système capitaliste, affirme Jacques Létourneau. Il offre une résistance aux attaques antisociales. Quoiqu’en disent certains chroniqueurs et think tanks de droite, l’action collective offre une meilleure garantie aux libertés individuelles. L’organisation collective rapporte à l’ensemble des individus, et ce, peu importe leur condition, leurs capacités ou leur origine. »

Maintenir et développer nos services publics

La troisième rencontre publique, tenue cette fois à Laval le 28 novembre, portait sur la défense et la promotion des services publics.

Pour Eve-Lyne Couturier, chercheure à l’IRIS, la nature universelle des services publics assure à l’ensemble de la population une égalité sociale en répondant aux besoins de base de toutes et tous. Personne n’est laissé pour compte. Ces services relèvent d’une responsabilité collective.

« Les risques sont mutualisés, les coûts, partagés par tous, qu’on soit malade ou en santé, parce que c’est l’ensemble de la population qui contribue au financement des services publics », rappelle la chercheure. Madame Couturier considère que le privé n’a pas sa place dans les services publics. Au privé, on cherche à faire des profits, au public, on s’applique à donner les meilleurs services et à les rendre les plus accessibles possible. « Plus les services publics sont forts, explique-t-elle, plus les sociétés sont égalitaires et meilleurs sont les indicateurs économiques et sociaux, comme l’espérance de vie, par exemple. Ils nous permettent de passer à travers les durs coups et assurent une meilleure cohésion sociale. »

Pour la vice-présidente de la CSN, Francine Lévesque, les services publics ne sont pas une dépense, mais bien un investissement. Elle a évoqué l’étude menée par le Centre canadien de politiques alternatives qui démontre qu’en moyenne, chaque Canadien tire un avantage évalué à 16 527 $ par année de l’existence des services et des programmes publics. « Depuis plusieurs années, les adeptes d’une diminution du rôle de l’État, comme le gouvernement Harper, attaquent le mouvement syndical et tentent de remettre en cause l’éventail des services publics, ces outils que nous nous sommes donnés collectivement. Non seulement les services publics permettent une plus grande égalité des chances entre tous, mais ils soutiennent également le développement économique du Québec », a-t-elle fait valoir.

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