Édition du 24 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Déclaration (Mexique) : Il n’y aura aucun paysage après la bataille (à propos de l’invasion de l’armée russe en Ukraine)

SIXIÈME COMMISSION ZAPATISTE.
IL N’Y AURA AUCUN PAYSAGE APRÈS LA BATAILLE

(À propos de l’invasion de l’armée russe en Ukraine).

Aux signataires de la Déclaration pour la Vie :
A la Sixième nationale et internationale :
Compagnons, sœurs et frères :

Nous vous disons nos mots et nos réflexions sur ce qui se passe actuellement dans la géographie que vous appelez l’Europe :

2 mars 2022 | tiré d’Europe solidaire sans frontières
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61537

PREMIEREMENT.- Il y a une force d’agresseur, l’armée russe. Il y a des intérêts du grand capital en jeu, des deux côtés. Ceux qui souffrent aujourd’hui des délires des uns et des calculs économiques rusés des autres, ce sont les peuples de Russie et d’Ukraine (et, peut-être bientôt, ceux d’autres géographies proches ou lointaines). En tant que zapatistes que nous sommes, nous ne soutenons pas un État ou un autre, mais plutôt ceux qui se battent pour la vie contre le système. Lors de l’invasion multinationale de l’Irak (il y a presque 19 ans), menée par l’armée américaine, il y a eu des mobilisations à travers le monde contre cette guerre. Personne de sensé ne pensait que s’opposer à l’invasion revenait à se ranger du côté de Saddam Hussein. Maintenant, c’est une situation similaire, mais pas la même. Ni Zelensky ni Poutine. Arrêter la guerre.

DEUXIÈMEMENT.- Différents gouvernements se sont alignés d’un côté ou de l’autre, en se basant sur des calculs économiques. Il n’y a aucune valeur humaniste en eux. Pour ces gouvernements et leurs « idéologues », il y a de bonnes interventions-invasions-destructions et il y en a de mauvaises. Les bonnes sont celles perpétrées par leurs proches, et les mauvaises sont celles perpétrées par leurs contraires. Les applaudissements pour l’argument criminel de Poutine pour justifier l’invasion militaire de l’Ukraine se transformeront en regrets lorsque, avec les mêmes mots, l’invasion d’autres peuples dont les processus ne sont pas du goût du grand capital sera justifiée.

Ils envahiront d’autres géographies pour les sauver de la « tyrannie néo-nazie » ou pour en finir avec les « narco-États » voisins. Ils reprendront alors les mêmes propos de Poutine : « nous allons dénazifier » (ou son équivalent) et abonderont en « raisonnements » de « danger pour leurs peuples ». Et puis, comme nous le disent nos camarades en Russie : « les bombes, les roquettes, les balles russes volent vers les Ukrainiens et ils ne demandent pas leurs opinions politiques et la langue qu’ils parlent », mais la « nationalité » de l’un et de l’autre va changer. des autres.

TROISIÈMEMENT.- Les grandes capitales et leurs gouvernements “occidentaux” se sont assis pour contempler – et même pour encourager – comment la situation se détériorerait. Puis, une fois l’invasion déjà commencée, ils attendaient de voir si l’Ukraine résisterait, et faisaient des comptes sur ce qu’on pouvait tirer d’un résultat ou d’un autre. Alors que l’Ukraine résiste, elle commence à émettre des factures « d’aide » qui seront perçues plus tard. Poutine n’est pas le seul surpris par la résistance ukrainienne.

Ceux qui gagnent dans cette guerre sont les grands consortiums d’armes et les grands capitaux qui voient l’opportunité de conquérir, détruire/reconstruire des territoires, c’est-à-dire créer de nouveaux marchés pour les biens et les consommateurs, pour les personnes.

QUATRIÈMEMENT.- Au lieu de recourir à ce que les médias et les réseaux sociaux des parties respectives diffusent - et que les deux présentent comme des « nouvelles » -, ou aux « analyses » de la soudaine prolifération d’experts en géopolitique et à la nostalgie du Pacte de Varsovie et L’OTAN, nous avons décidé de trouver et d’interroger ceux qui, comme nous, sont engagés dans la lutte pour la vie en Ukraine et en Russie.

Après plusieurs tentatives, la Sixième Commission zapatiste a réussi à entrer en contact avec nos parents en résistance et en rébellion dans les géographies qu’ils appellent la Russie et l’Ukraine.

CINQUIÈMEMENT.- En résumé, ces nos proches, qui brandissent aussi le drapeau du @ libertaire, tiennent bon : les résistants qui sont dans le Donbass, en Ukraine ; et en rébellion ceux qui marchent et travaillent dans les rues et les champs de Russie. Ils sont détenus et battus en Russie pour avoir protesté contre la guerre. Ils sont assassinés en Ukraine par l’armée russe.

Elle les unit entre eux, et eux avec nous, non seulement le NON à la guerre, mais aussi le refus de « s’aligner » sur les gouvernements qui oppriment leur peuple.

Au milieu de la confusion et du chaos des deux côtés, leurs convictions tiennent bon : leur lutte pour la liberté, leur répudiation des frontières et de leurs États-nations, et les oppressions respectives qui ne font que changer de drapeau.

Notre devoir est de les accompagner au mieux de nos capacités. Un mot, une image, une mélodie, une danse, un poing qui se lève, un câlin – même de lointaines géographies-, sont aussi un soutien qui animera leur cœur.

Résister c’est persister et triompher. Soutenons ces proches dans leur résistance, c’est-à-dire dans leur lutte pour la vie. Nous le leur devons et nous le devons à nous-mêmes.

SIXIÈME.- En raison de ce qui précède, nous appelons la Sixième nationale et internationale, qui ne l’a pas encore fait, à manifester contre la guerre et en soutien aux Ukrainien@s, selon leurs calendriers, géographies et méthodes. s et russ@s qui se battent dans leurs géographies pour un monde de liberté.

De même, nous appelons à un soutien financier pour la résistance en Ukraine dans les comptes qui nous seront indiqués à ce moment-là.

De son côté, la Sixième Commission de l’EZLN fait de même, en envoyant un peu d’aide à ceux qui, en Russie et en Ukraine, luttent contre la guerre. Des contacts ont également été pris avec nos proches à SLUMIL K´AJXEMK´OP pour créer un fonds économique commun pour soutenir ceux qui résistent en Ukraine.

Sans ambigüité, nous crions et appelons à crier et à exiger :

DEHORS L’ARMÉE RUSSE DE L’UKRAINE !

- 
La guerre doit être arrêtée. S’il reste et évolue de manière prévisible, alors peut-être que le paysage après la bataille ne sera pas remarqué.

Des montagnes du sud-est mexicain.

Sous-commandant insurgé Moisés. SupGaleano.
Sixième Commission de l’EZLN.
Mars 2022.

Pour information :
En juin 2021

A l’arrivée à Vigo, en descendant à terre, l@ compa zapatiste Marijose (la milicienne transgenre membre de l’EZLN qui a été choisi pour « découvrir » l’Europe et faire un pied de nez au système hétéropatriarcal) dira d’une voix solennelle :

« Au nom des femmes, des enfants, des hommes, des anciens et, bien sûr, des zapatistes autres, je déclare que le nom de cette terre, que ses naturels appellent aujourd’hui “Europe”, s’appellera désormais : SLUMIL K’AJXEMK’OP, ce qui signifie “Terre rebelle”, ou “Terre qui ne se résigne pas, qui ne défaille pas”. Et c’est ainsi qu’elle sera connue des habitants et des étrangers tant qu’il y aura ici quelqu’un qui n’abandonnera pas, qui ne se vendra pas et qui ne capitulera pas. »

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