Édition du 19 novembre 2019

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Théâtre

Des Femmes à Cenon - Que le théâtre s'accomplisse librement !

Samedi dernier, le 2 juillet, à Cenon, en France, j’ai assisté six heures durant à l’intégrale du spectacle Des Femmes, de Wajdi Mouawad. Dans la salle, nous étions environ 600, des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux, tous ayant notre histoire personnelle, sombre ou lumineuse.

Devant moi, sur scène, des femmes et des hommes ayant eux aussi leur histoire personnelle sombre ou lumineuse, des jeunes et des vieux, des Sylvie Drapeau, Véronique Nordey, Marie-Ève Perron et un homme parmi d’autres hommes, Bertrand Cantat. Toutes et tous étaient là afin d’accomplir et de partager ce qu’ils ont de meilleur en eux : l’art de la parole et de la musique. Pendant Les Trachiniennes, Antigone et Électre, un silence attentif et intelligent des spectateurs aux paroles de Sophocle et aux musiques de Cantat.

À la fin du spectacle, applaudissements nourris ou ovation debout pour certains, silence absolu pour d’autres. Des signes manifestes d’hostilité ? Aucun. J’ai moi aussi applaudi les interprètes de Des Femmes, toutes et tous, car ils ont bien fait leur travail d’artiste, toutes et tous. Suis-je pour autant inconscient ou insensible à toute forme de violence dont celle, ignoble, faite aux femmes ? Je ne crois pas. Par contre, j’ai été sensible comme jamais à ces valeurs inestimables que sont la compassion et la réhabilitation.

Trouble profond

En applaudissant Des Femmes ce soir-là à Cenon, j’étais également habité par un trouble profond : l’oeuvre d’art que je venais de voir dans sa forme intégrale n’est pas permise sur les scènes de ma société québécoise, un violent tribunal populaire, médiatique et politique l’a irrévocablement interdite. Pourtant, je viens d’une société qui s’est sortie de la Grande Noirceur et qui a vécu une Révolution tranquille, une société ouverte et tolérante qui refuse farouchement la peine de mort.

Toujours en applaudissant, je me disais : « Qui suis-je, qui sommes-nous pour lapider un homme et le condamner à rester dans l’ombre, honteux pour le restant de ses jours, même si cet homme est libre après avoir fait face à la justice et avoir payé à la société son dû ? »

Ce Des Femmes, de Wajdi Mouawad, m’a confirmé ce soir-là à Cenon que le théâtre, lorsqu’il est pratiqué sincèrement, a cette capacité extraordinaire de rassembler l’être humain l’espace d’un moment, afin qu’il puisse dignement s’élever au-dessus de la mêlée.

Laissons le théâtre et l’art s’accomplir librement. Après, nous pourrons juger. Pas avant.

L’auteur est metteur en scène

Martin Faucher

Metteur en scène de théâtre

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