13 novembre 2025 | tiré de reporterre.net
https://reporterre.net/On-a-le-droit-d-etre-entendus-des-militants-autochtones-forcent-l-entree-de-la-COP30
Les images ont fait le tour de la planète. Le 11 novembre, un groupe d’environ 300 militants, menés par des autochtones de la région du fleuve Tapajós, dans l’État amazonien du Pará, ont tenté de forcer l’entrée des négociations de la COP30, à Belém, au Brésil. Objectif : se faire entendre.
Engagé depuis un an dans la lutte de la communauté Tupinamba, à laquelle il appartient, André Marajó fait partie des militants qui, dans un « coup de sang », ont décidé de participer à cette action, en déviant le cortège de la manifestation qui se déroulait en parallèle en faveur de l’accès à la santé des populations autochtones. L’étudiant en archéologie, originaire de la région du fleuve Tapajós, raconte à Reporterre cette action guidée par le désespoir et la frustration.
Reporterre — Quel était le mot d’ordre de votre action du 11 novembre ?
André Marajó — Nous voulions signaler que nous sommes les personnes qui devraient réellement être en train de discuter du climat. Notre région du fleuve Tapajós a été vendue d’un trait de plume, pour la construction de voies navigables [en août, le président brésilien Lula a signé un décret ouvrant la voie à la privatisation de plusieurs voies navigables en Amazonie, dans l’idée de faciliter le transport des combustibles et des produits agricoles]. Le projet menace quatorze ethnies autochtones de la région, en plus des communautés ribeirinhas [installées au bord des fleuves] et quilombolas [fondées par des esclaves en fuite].
« J’ai le droit de demander des comptes,
d’être entendu »
Or, nous subissons déjà un impact très important de l’exploitation minière, qui contamine l’eau des populations autochtones. L’eau, c’est la vie, et sans eau, nous ne survivons pas. L’année dernière, la ville de Santarém [au bord du fleuve Tapajós] enregistrait la pire qualité de l’air au monde, à cause de la fumée et de la déforestation, causées par l’avancée de l’agro-industrie. Nous vivons sous une menace quotidienne. D’ailleurs, plusieurs de nos leaders ont déjà été menacés par l’agronégoce.
Pourtant, il y a bien des représentants autochtones à la table des négociations à Belém. Le gouvernement Lula se targue même d’avoir réuni la plus grande participation autochtone de l’histoire des COP…
Bien sûr, ce serait honteux si ça n’était pas le cas ! L’État du Pará a été construit par les autochtones. Mais, ce que ces chiffres ne montrent pas, c’est que les autochtones présents sont des représentants alignés sur la politique du gouvernement, qui sont là pour donner l’image que les autochtones soutiennent le pouvoir. La plupart des représentants des peuples du Pará ne sont pas accrédités [sur les environ 2 500 représentants présents à Belém, seuls 14 % d’entre eux auront accès à la « zone bleue », où se déroulent les négociations officielles]. Ceux qui luttent, ceux qui ne se vendent pas, ne sont pas écoutés.
Que pensez-vous des quelques avancées permises par le gouvernement Lula, notamment sur la réduction de la déforestation et la démarcation de seize nouvelles terres autochtones ?
Mon analyse, c’est qu’il donne d’une main et prend avec l’autre. Certes, il a amélioré la question de notre sécurité et de la déforestation. Mais pour nous, la question de la privatisation des voies navigables est aussi importante. Sans compter celle de l’exploitation pétrolière au large de la forêt ou du Ferrogrão [projet de ligne de chemin de fer traversant l’Amazonie du nord au sud sur plus de 900 km, pour écouler la production agricole, elle-même source de déforestation].
En 2022, Lula l’a emporté de peu face au président sortant d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Regrettez-vous d’avoir voté pour Lula ?
Je ne le regrette pas. Mais ça n’empêche que j’ai le droit de demander des comptes, d’être entendu











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