Édition du 15 décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Langue française

Devant un français anémique et menacé, initions-nous à l’anglais

Dernièrement je me suis retrouvé en pleine réflexion sur la préséance de l’anglais au Québec. Il semble en effet que bien des gens, des Québécois pure laine entre autres, sont attirés par une initiation à l’anglais de l’intérieur même d’un système d’éducation dont nous nous sommes pourtant dotés afin de tendre vers le français langue commune de façon bien organisée.

En fait, l’argument de poids est que pour travailler ou pour continuer de s’ouvrir sur le monde, il faut que la population possède un rudiment d’anglais. Pour Couillard et sa troupe, il faudrait même qu’un ouvrier soit capable d’accueillir un patron en anglais sur la ligne de montage.
L’objectif illustre on ne peut mieux ce qu’on entend par « anglais ». C’est-à-dire une langue tout à fait étrangère à l’ouvrier québécois, mais dont il devrait balbutier des mots pour montrer qu’il en maîtrise bien quelques brides comme subalterne.

Alors je dis : lançons-nous à la défense de l’anglais. Pas de cet anglais de façade qui ferait jouir d’aise un patron anglophone voyant chez ses subordonnés une soumission bien apprise de par son élocution d’une langue universelle comme l’anglais des affaires. Non, non, non, … Je veux parler de cette grande langue de Shakespeare que l’on ne finit par lire dans le texte et bien maîtriser qu’après des années d’étude, une langue dont de grands poètes ont usé avec raffinement, la langue des Keats et des Byron.

À vrai dire, ouvrons aux ignorants ouvriers les portes de l’université d’où ils tireraient, rémunérés par leur patron, tous les bénéfices de l’apprentissage d’une grande langue, celle de Thomas Mann à Bertrand Russel, celle des contes de Canterbury jusqu’au théâtre de Beckett.
Initions la population à la culture anglo-saxonne de manière à ce qu’elle ne confonde plus « anglicismes » et « joual ». Que de précieuses leçons sur l’art de réfléchir à toutes les nuances de ces mots anglais, banales pour les anglophones, mais qui nous tordent la langue et révèlent notre accent français.

En fait, au lieu de la langue de la Bourse et de la mondialisation, qui nous mettent toutes deux autant devant la nécessité de parler mandarin que l’obscure néerlandais, mettons à la disposition des Québécois toutes les cultures du monde avec leurs langues respectives au milieu d’une école accessible aux adultes et gratuite. Quel beau programme, n’est-ce pas Monsieur Couillard ?

Guy Roy

Guy Roy

l’auteur est membre du collectif PCQ de Québec solidaire à Lévis.

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