Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Discours d’André Frappier à l'ouverture du 9e congrès de Québec solidaire

Remerciements

En premier lieu, je veux vous exprimer ma reconnaissance pour la confiance et le soutien que vous m’avez apporté. Un merci particulier à Françoise qui m’a guidé dans l’apprentissage du rôle de président et à Amir qui m’a montré comment plonger rapidement dans la vie médiatique. Merci à tous les membres qui m’ont invité, accueilli, encouragé, et à l’équipe de QS qui m’a appuyé et qui m’a aidé à réaliser finalement, dans quoi je m’embarquais. Quelle aventure !

Pour tout vous dire j’ai trouvé cette expérience palpitante, parce qu’on est un parti militant, un parti de débat, parce que j’ai eu l’occasion de voir de plus près la réalité de notre parti, particulièrement en région.
Aujourd’hui nous avons acquis notre place dans l’opinion publique. Nous avons inscrit notre empreinte. Les réponses que nous opposons aux programmes d’austérité et les perspectives que nous offrons sont en train de faire de Québec solidaire l’alternative vers laquelle les gens se tournent.

À quand la lutte contre les inégalités ?

Depuis plus de vingt ans, le Parti québécois et le Parti Libéral en alternance, nous ont imposé chacun à sa façon leur recette de lutte à l’austérité. Le déficit zéro de Lucien Bouchard dans les années ’90 a entrainé un désengagement de l’État dans les services de santé et d’éducation dont on ne s’est pas encore remis. D’autant plus que Jean Charest a approfondi cet héritage pendant 9 années durant lesquelles il a décrété les conditions de travail du secteur public et parapublic, gelé les salaires, créé de nouvelles taxes, étouffé le financement de nos services publics…et provoqué le mouvement étudiant afin de créer un climat de crise afin de favoriser son élection.

En effet le budget libéral de 2010 avait été dévastateur. En plus de l’augmentation des taxes de toutes sortes, la diminution de la croissance des dépenses de 3,2 à 2,9 puis à 2,2% a eu un impact majeur sur les conditions de travail. Une nouvelle fois, on a assisté à une accentuation de la surcharge de travail et à une dégradation des services à la population. L’introduction de la règle de remplacement d’un départ sur deux pour le personnel administratif de la santé et de l’éducation a eu pour conséquence d’accélérer la sous-traitance et a ouvert la voie à une privatisation accrue. La logique de l’utilisateur-payeur maintenant introduite dans le système de santé et finalement en éducation va approfondir cette tendance.

À peine élu, le gouvernement du Parti Québécois annonce son intention de poursuivre dans la même lignée d’austérité et de déficit zéro avec les conséquences que l’on connaît. L’augmentation des frais de scolarité est annulée, c’est bien le moins, mais l’indexation inscrite depuis le début dans les paramètres du budget est proclamée par le ministre de l’éducation. Le gouvernement du PQ évite ainsi un questionnement plus profond sur les politiques de désengagement de l’État et du même coup de son impact préjudiciable sur les femmes.

Puisque les femmes continuent d’être moins bien rémunérées que les hommes (leur revenu total représente 63% de celui des hommes) elles sont les premières touchées par les hausses de frais. Il leur faudra plus de temps et d’effort pour rembourser leur dette d’études. La situation actuelle limite même déjà l’accès aux études des familles monoparentales, dirigées très majoritairement par des femmes.

On tourne la page, enfin c’est terminé ce foutu débat d’accès à l’éducation pour tous et toutes, et fini la gratuité. Il en reste encore qui manifestent mais à 637$ et quelques coups de matraque en prime ça commence être cher payé pour s’exprimer, surtout qu’on n’est pas des Péladeau à la tête d’un empire médiatique qui véhicule une propagande, souvent haineuse. C’est une philosophie, les jeunes qui se mobilisent ont a droit à la répression et lui aux portes du pouvoir, comme s’il n’en avait pas assez. Encore heureux que madame Marois ait porté le carré rouge l’an passé, qu’est que ce serait.

Dans ce contexte les appels au rassemblement de la famille souverainiste commencent à manquer d’enthousiasme et surtout de substance. L’appui du PQ à un éventuel accord de libre-échange Canada-Europe, qui accorde aux corporations Européennes le droit de poursuivre nos gouvernements élus, en soi un déni de notre souveraineté, en dit long sur ses intentions.
La population n’acceptera pas de se battre pour une souveraineté qui place notre économie aux mains des grandes corporations et des multinationales. La souveraineté, le mot le dit, c’est de prendre le contrôle sur notre développement économique, c’est de planifier pour les générations futures, c’est préserver notre environnement, c’est construire une société sans discrimination, c’est démocratiser notre système politique, c’est remettre le pouvoir aux 99%.

Nous sommes déjà en retard. Le Devoir annonçait cette semaine que nous allions atteindre dans quelques jours une concentration atmosphérique en co2 critique de 400 ppm dans une grande partie de l’hémisphère nord. On sait qu’il faut à tout prix réduire les émissions de gaz à effet de serre à un seuil entre 350 et 400 ppm maintenant si l’on veut limiter l’augmentation de 2 degrés par rapport à l’ère pré industrielle. L’inaction internationale nous conduit vers une hausse qui pourrait atteindre 4 °C dès 2060.

Le gouvernement conservateur fait du développement pétrolier son axe central, et Pauline Marois nous dit que « nous allons exploiter le pétrole du Québec », incluant le développement de Old Harry dans le golfe du St-Laurent, très inquiétant surtout quand on sait qu’un litre d’hydrocarbure pollue un million de litres d’eau.

Heureusement il y a des résistances. Le maire de Gaspé a réussi à retarder jusqu’à maintenant le développement du projet de Pétrolia dans les forages à Haldimand. La première ministre du Québec n’a-t-elle pas autant de poids que le maire de Gaspé pour s’opposer aux gazoducs ? Notre projet de conversion éco énergétique est plus que jamais à l’ordre du jour, il faut commencer maintenant et pour ça on a besoin d’un gouvernement de Québec solidaire.

Le Québec est en panne, la politique dégage une odeur nauséabonde, une odeur de fin de régime où tous les partis tant les Libéraux, la CAQ que le PQ sont éclaboussés par le financement électoral illicite en collusion avec des compagnies d’ingénierie-construction. Et par les contrats bonis en retour. Les firmes à l’origine de ce financement ont reçu pour la plupart des millions de dollars en contrats publics. Alors que moins de 1% de l’ensemble des citoyens habilités à voter contribuent financièrement à un parti politique, dans certains bureaux d’avocats, de comptables et de firmes de génie-conseil, ce sont jusqu’à 56% des cadres et employés qui donnent à un même parti. Québec solidaire a d’ailleurs été le premier à dénoncer le financement sectoriel il y a un an. Entre 2006 et 2011, les employés de 532 entreprises associées à quatre groupes d’affaires (firmes d’avocats, de comptables, de construction et de génie-conseil) ainsi que des personnes qui sont liées à ces employés, ont versé 12,8 M $ à des partis politiques.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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