tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/03/en-memoire-de-yanar-mohammed/
Le lendemain matin, le 2 mars, elle a été assassinée à son domicile.
Une partie de sa politique centrée sur l’humain consistait à rejeter le faux choix entre les bombardements et la guerre à l’extérieur, d’une part, et l’islamisme et l’autoritarisme à l’intérieur, d’autre part. Un faux choix binaire qui vise à priver les gens de leur capacité à déterminer leur propre avenir.
Qu’il s’agisse de guerre, d’autoritarisme ou d’islamisme, le pouvoir se réoriente toujours, sans exception, vers le contrôle des femmes et se concrétise dans la loi, les structures familiales et l’espace public. Les lois sur le statut personnel en Irak, en Iran et en Afghanistan ou le port obligatoire du voile ne sont pas des questions insignifiantes. Ce sont des déclarations sur la manière dont l’autorité sera organisée par la régulation des corps des femmes, pour le contrôle de la reproduction sociale elle-même.
Yanar Mohammed le savait et ne traitait pas l’oppression des femmes comme un problème parmi tant d’autres. Le contrôle des corps des femmes n’est pas un mécanisme de contrôle parmi d’autres. C’est le mécanisme par lequel le pouvoir est pérennisé, stabilisé et reproduit.
Elle comprenait que tout mouvement qui reporte la libération des femmes ne la retarde pas, mais préserve les structures auxquelles il prétend s’opposer.
Yanar Mohammed a construit des refuges, des réseaux, une génération de militantes et un corpus de pensée en tant que politique elle-même, et non en marge de celle-ci.
Pendant des décennies, elle a mis en place des structures qui ont permis aux femmes de vivre à l’écart des systèmes de violence, dans un contexte où l’État et ses institutions leur refusaient toute protection.
Elle s’est opposée à toutes les formes de pouvoir qui reposent sur l’oppression des femmes, que ce soit sous l’occupation, sous l’islamisme, ou face aux menaces et aux dangers permanents à Bagdad.
Le peuple iranien se voit aujourd’hui confronté à un faux « choix » bien connu : les bombardements extérieurs ou la répression intérieure.
Ce n’est pas un véritable choix, mais une construction politique qui écarte la société, les travailleurs/travailleuses, les étudiant·es, les minorités ethniques et sexuelles et les femmes en tant que troisième force, que Yanar représentait.
Les bombes ne démantèlent pas l’oppression. Elles la réorganisent dans de nouvelles conditions. L’autoritarisme interne se maintient de la manière la plus visible et la plus fondamentale par le contrôle des femmes comme moyen de contrôler la société.
Les deux reposent sur la même condition : l’élimination des forces sociales et politiques en tant qu’acteurs/actrices. L’État prétend qu’il n’y a pas d’alternative à son pouvoir. Trump et Netanyahou prétendent que le changement ne peut se faire sans eux.
La vie et la lutte de Yanar Mohammed, tout comme celles de « Femme, Vie, Liberté », enracinées dans la lutte kurde, montrent une troisième voie. Elles identifient où le pouvoir se reproduit quotidiennement, à travers le contrôle des corps des femmes comme moyen d’organiser la société.
Les femmes sont au cœur du système, car celui-ci dépend de leur régulation. Par conséquent, la libération des femmes est une condition de la libération de nos sociétés.
La communiste et féministe bien-aimée Yanar Mohammed a été assassinée parce que c’est là, sur le terrain de la lutte, que les systèmes oppressifs sont le plus mis à nu.
Ce qu’elle a construit était concret, réfléchi et révolutionnaire. C’est sur cela que se bâtit un monde meilleur.
Nous rendons hommage à sa vie et à son combat.
Nous avons perdu, tout comme le monde entier, une camarade farouche et bien-aimée. Le monde était meilleur avec elle ; il s’en trouve appauvri sans elle.
Mais son combat continue.
Vive Yanar Mohammed !
Ce qui précède est le discours prononcé par Maryam Namazie lors d’une cérémonie commémorative organisée à Londres le 29 mars par l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak et l’Organisation de l’alternative communiste en Irak.
Maryam Namazie
https://maryamnamazie.com/commemorating-yanar-mohammed/
Traduit par DE
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