Édition du 9 décembre 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

En présence pour la réalisation éventuelle de l'indépendance : des généraux de paix ou des généraux de guerre ?

On peut demeurer perplexe devant le groupe dirigeant du mouvement indépendantiste et se poser la question de sa capacité à réaliser le vieux rêve souverainiste.

Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP), chef du Parti québécois d’une part, et les deux porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti et Ruba Ghazal ont-ils la force de tempérament et le charisme nécessaires pour mener à bien « l’opération indépendance » ? On ne les a pas encore vus à l’oeuvre et à l’épreuve. Seraient-ils capables de permettre au Québec d’acquérir la souveraineté advenant que celle-ci obtienne une majorité de votes lors d’un troisième (et certainement dernier) référendum là-dessus ?

On le sait : entre un possible OUI (sans doute faiblement majoritaire) pour l’indépendance et l’obtention effective de celle-ci, se dresserait un chemin semé d’embuches, c’est-à-dire une période de transition longue et houleuse. Ottawa (et indirectement Washington) a des intérêts énormes à défendre au Québec. Même dans sa version modérée et bon-ententiste de souveraineté-association, d’inspiration « lévesquiste », l’indépendance équivaudrait à défaire les arrangements constitutionnels et politiques fondamentaux qui fondent la fédération canadienne. D’emblée, négocier de nouvelles ententes avec Ottawa serait une tâche particulièrement ardue et plutôt dangereuse pour un gouvernement péquiste, même si d’aventure il raflait une forte majorité de votes lors du référendum promis par PSPP.

C’est à cette étape que se poserait la question soulevée par le titre de cet article. Je précise que je n’entends pas le terme « généraux de guerre » au sens militaire, mais la délégation québécoise serait-elle préparée à affronter un adversaire déterminé et farouchement hostile, peu importe sa couleur politique ?

Un gouvernement péquiste, même allié avec Québec solidaire, devrait non seulement discuter serré avec les politiciens fédéraux, mais en plus, surveiller ses arrières : les fédéralistes québécois s’efforceraient sûrement de soulever l’opinion publique contre les « séparatistes » en train d’essayer de rapatrier tous les pouvoirs ici même. On voit l’embrouillamini qui alors se dessinerait...

En résumé, le Québec aurait besoin de représentants crédibles, représentatifs et surtout déterminés pour contrecarrer les coups de boutoir d’Ottawa.

René Lévesque et Jacques Parizeau en leur temps, possédaient l’aura de popularité nécessaire pour arracher des concessions substantielles de la part d’Ottawa si l’option souverainiste l’avait emporté lors du référendum de mai 1980. Jacques Parizeau a failli réussir son pari en octobre 1995 à la faveur d’une conjoncture particulière. Mais le contexte a beaucoup changé depuis et pas dans un sens favorable à la souveraineté.

Paul Saint-Pierre Plamondon est un politicien assez expérimenté, mais il n’a encore jamais gouverné. Il s’agit d’un bon « général de paix », il ferait sans doute un premier ministre passable s’il prenait le pouvoir. Mais a-t-il l’étoffe nécessaire pour réaliser la souveraineté ? Il faudrait voir. Il a mené une carrière tranquille comme avocat et chroniqueur (au journal Les Affaires), avant de faire le saut en politique et de devenir le leader du Parti québécois. Il paraît entouré d’un état-major (pour continuer dans la métaphore militaire) qui lui ressemble à bien des égards sur le plan politique et professionnel. Ces gens sont-ils préparés à se lancer dans l’aventure indépendantiste et prêts à courir les risques d’une négociation féroce avec Ottawa dans l’hypothèse d’une victoire du OUI ? On peut en douter, à quelques exceptions près peut-être.

Du côté de Québec solidaire, qui compte un noyau dur et déterminé d’indépendantistes, tous les sondages prouvent qu’il ne peut espérer accéder au pouvoir, il pourrait tout au plus appuyer le gouvernement péquiste s’il conservait quelques députés au prochain scrutin. Quant à sa direction, le porte-parole Sol Zanetti (s’il est réélu) pourrait-il aider le cabinet Plamondon à faire face aux pressions d’Ottawa ? Il ne pourrait que remplir un rôle de soutien, d’appoint. On peut par ailleurs penser que cet ancien professeur de philosophie au collégial, pacifique et humoriste, soit un « général de guerre », mais plutôt un « général de paix ».

La seule qui paraît douée pour affronter les turbulences de la pénible période de transition est Ruba Ghazal. D’origine palestinienne, née à Beyrouth, au Liban et établie au Québec depuis l’âge de dix ans, ses parents lui ont parlé de leur fuite de la Palestine à cause des violences qu’exerçaient les sionistes sur la population arabe. Elle est membre fondatrice de Québec solidaire en 2006. Des politiciens que je viens de passer en revue, elle est peut-être la plus intrépide et la plus décidée, la seule « générale de guerre » du lot. Il en faudrait quelques uns et quelques unes dans son genre au sein de l’entourage « respectable » de Paul Saint-Pierre Plamondon...

Jean-François Delisle

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