Édition du 20 octobre 2020

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Europe

Grande-Bretagne : Manifestation massive à Londres contre les mesures d'austérité

Ce samedi 26 mars a eu lieu à Londres la plus grande manifestation politique en Grande-Bretagne depuis une décennie. Entre 250 et 400 mille personnes ont pris part à la « Marche pour l’alternative » organisée par la fédération nationale des syndicats, le Trades Union Congress (TUC — Congrès des syndicats).

Avec cette manifestation, n’arrivant que près d’un an après l’élection de la coalition Conservateurs-Libéraux Démocrates qui a montré dès le départ une volonté claire de diminuer les dépenses publiques de 81 milliards de livres, on ne peut pas accuser le TUC d’avoir été trop pressé...

Ces mesures d’austérité sont une déclaration de guerre de classe. Les dépenses de Sécurité sociale vont être diminuées de 7 milliards de livres. Les pouvoirs locaux vont voir leur budget diminué jusqu’à 9% dans certaines régions et toutes les données montrent que plus une localité est pauvre, plus elle va perdre de l’argent. Cela se traduit par des diminution de dépense pour les jeunes, les vieux et les plus vulnérables. Cela veut dire aussi qu’il y aura des dizaines de milliers de pertes d’emploi dans un secteur public très syndiqué.

La manifestation elle-même a montré que les syndicats sont capables de rassembler un nombre massif de gens, comme aucune autre force sociale ne le peut. Des bus et des trains ont amenés les travailleurs syndiqués, les familles et des groupes d’amis de tous les coins de l’Angleterre, d’Écosse et du Pays de Galles. C’était une authentique manifestation du mouvement ouvrier organisé. Il manquait peut-être le grand nombre de personnes utilisatrices des bibliothèques, des piscines et des maisons de jeunes qui vont être fermées. Il semble que la majorité de ceux qui étaient là étaient ceux qui travaillent dans ces services publics.

Une bonne partie de la couverture médiatique s’est focalisée sur quelques actions menées par de petits groupes de manifestants. Ces actions sont de deux sortes. La première a été une intervention anarchiste organisée et marginale, qui a cherché le conflit avec la police et a attaqué quelques magasins et banques. La seconde est la preuve d’une nouvelle radicalisation. « UK Uncut » se spécialise dans les actions de propagande pacifiques devant des firmes comme Vodafone, qui évitent de payer leurs impôts. Leurs tactiques d’action directe gagnent en popularité et commencent à inspirer des imitateurs.

La manifestation a mis en avant le problème constitué par les directions syndicales bureaucratiques. 165.000 emplois dans les municipalités et 50 000 dans le service public national de la santé vont être supprimés. Beaucoup de ces emplois cesseront d’exister quelques jours seulement après la manifestation.

Les syndicats nationaux craignent tellement que leur fonds soient confisqués et que des lois anti-syndicales passent qu’ils ne vont organiser aucune action nationale. Pour le moment il n’y a que quelques votes isolés pour la grève. Or, nous ne pouvons pas gagner avec un taux d’action de grève si faible.

La direction syndicale bureaucratique est prête à sacrifier des dizaines de milliers d’emploi plutôt que de se lancer dans une véritable bataille. Le lien entre les syndicats et le Labour Party est désormais la manière la plus efficace pour contrôler l’activisme de classe dans les lieux de travail, même si les élections récentes montrent bien que la classe ouvrière ne vote Labour que par réflexe de protection. Cependant, les directions du Labour et de beaucoup de syndicats entretiennent le point de vue selon lequel des actions pour protéger les emplois et les services seraient dommageables électoralement. Mais il y a plus. Si les travailleurs prennent l’habitude de se battre pour leurs intérêts contre les Conservateurs démocrates, ils seront sans doute prêts à le faire aussi contre le Labour dans les conseils locaux et contre un futur gouvernement Labour qui aura, lui aussi, son programme d’austérité !

Nous savons que les Conservateurs démocrates vont vouloir encore plus de pertes d’emplois, de diminutions de salaire, de destructions et de privatisations de services publics dans un futur proche. L’inertie de le TUC signifie que notre classe est montée sur le ring et s’est retrouvée par terre au premier round. Nous devons apprendre de cette expérience. La manifestation a été une démonstration de la force des travailleurs organisés et du fait que des millions d’autres gens veulent que les syndicats réagissent de manière au moins aussi décisive que ne l’est l’attaque des Conservateurs démocrates.

Nous devons insister pour que le TUC fasse certaines choses. Il doit mobiliser un soutien pour tous les groupes de travailleurs qui agissent de quelque manière que ce soit pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs pensions et leurs conditions de travail. Il doivent le faire avec au moins autant de détermination que celle des Conservateurs démocrates qui ont engagé la bataille. Cela signifie des choses basiques : organiser des meetings et encourager les sections à faire des dons en solidarité quand des actions de grève ont lieu.

Ils doivent expliquer aux sections syndicales l’importance d’établir des liens avec les communautés utilisatrices des services qui vont être touchés. C’est quelque chose qu’ils n’ont absolument pas fait mais que toute direction qui se respecte devrait encourager fortement.

La décision du congrès de septembre du TUC d’une « action coordonnée nationalement » doit être appliquée sans délai. Ils doivent lancer une campagne massive de défense des pensions dans le secteur public et d’une augmentation des pension du secteur privé. C’est quelque chose qui va affecter tous les travailleurs dans le pays et pourrait mettre le TUC au devant de la scène de la bataille contre ce que la classe dirigeante est en train de d’essayer de faire. Là-dessus ils ne font encore rien.

Rien de tout cela n’est réellement radical. C’est le minimum absolu à partir duquel une unité la plus large possible peut être construite et qui pourrait permettre à la classe ouvrière de commencer le deuxième round de la bataille. Si le mouvement perd la bataille contre l’austérité au niveau local maintenant, cela mènera à la démoralisation et au désespoir qui mèneront à une défaite probable sur la loi de Lansley contre le système de santé et les attaques contre les pensions.

Billy Curtis

Socialist Resistance, Grande-Bretagne

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