Édition du 3 décembre 2019

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Asie/Proche-Orient

Hongkong : dans les conseils de district, les électeurs infligent un brutal désaveu au gouvernement et à la Chine

Avec un taux de participation de 71 %, l’opposition a raflé la majorité dans les conseils de district, preuve d’un soutien massif de la population.

Tiré de Europe solidaire sans frontière.

Les élections locales pour les conseillers des dix-huit districts de Hongkong, qui ont eu lieu dimanche 24 novembre, ont rendu un jugement sans appel de défiance et de désapprobation au gouvernement dirigé par Carrie Lam. Avec un taux de participation record (71 % contre 47 % lors du même scrutin en 2015), l’opposition a raflé la majorité dans 17 des 18 conseils de district, soit près de 86 % des sièges. En outre, cette victoire historique lui confère automatiquement 117 voix de plus (sur 1 200) au comité qui élit le chef de l’exécutif.

C’est la première fois que les Hongkongais se servent de ces élections, généralement négligées en raison de leur faible impact politique, comme d’un référendum d’expression populaire. Ce sont les seules entièrement au suffrage universel. La chef de l’exécutif, Carrie Lam, officiellement soutenue par Pékin, est tenue responsable de la crise actuelle, qui a démarré au printemps autour d’un projet de loi d’extradition, mais qui s’est aggravée de mois en mois, malgré la suspension (mi-juin), puis l’abandon (en septembre) de ce texte.

Soutien massif aux « cinq demandes » des manifestants

Ainsi, malgré l’aggravation de la situation politique et économique, et la radicalisation des modes opératoires des manifestants, les Hongkongais ont choisi de condamner l’immobilisme du gouvernement et la brutalité policière. Ils apportent ainsi leur soutien aux « cinq demandes » des manifestants parmi lesquelles la plus urgente est la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur la brutalité policière, et la plus politique est l’exigence d’élections au suffrage universel pour le Parlement et le chef de l’exécutif.

« Les Hongkongais n’ont pas voté pour résoudre les problèmes de toilettes publiques ou de sangliers qui défoncent les poubelles. Ils ont voté pour redire haut et fort leur attachement à leurs libertés fondamentales et leur soutien collectif aux manifestants qui sont montés au front depuis six mois pour les défendre », estime le financier militant pan-démocrate Ed Chin.

L’obtention de 117 voix de plus au comité électoral pour le chef de l’exécutif va considérablement augmenter l’influence de l’opposition dans le choix du prochain leader de Hongkong. « Sur les 1 200 voix, elle en a déjà 350. En en gagnant 117 de plus avec les conseillers de district, elle nous donne un pouvoir de négociation. Cette nouvelle configuration va faire de Li Ka-shing [le plus influent milliardaire hongkongais] le décideur lors des prochaines élections, car il contrôle plusieurs dizaines de voix attribuées aux représentants d’activités sectorielles. Or, Pékin s’est fâché avec lui », observe le professeur de droit Benny Tai, condamné au printemps à seize mois de prison pour son rôle dans le « mouvement des parapluies » en 2014, mais actuellement en liberté provisoire.

C’est la première fois que l’opposition, qui a longtemps pris le parti de laisser le camp pro-Pékin gagner ces élections, a proposé des prétendants pour chacun des 452 sièges en lice. Et à l’exception notoire de Joshua Wong, leader emblématique de la contestation étudiante de 2014 interdit d’y participer, tous les candidats ont eu le droit de se présenter. Parmi les victoires ou défaites symboliques, le député le plus controversé du camp pro-Pékin, Junius Ho, a perdu son mandat de conseiller de district, ainsi que le député modéré du même camp, Michael Tien. La chef de file du DAB, le plus grand parti pro-Pékin au sein du Parlement, Starry Lee, a sauvé son siège de justesse.

Forte présence policière, nombre limité d’incidents

Les rumeurs d’une possible interruption des élections à 10 h 30 ont incité les électeurs à aller voter le plus tôt possible. Avant même l’ouverture des bureaux de vote à 7 h 30 dimanche matin, des queues s’étaient formées. Le scrutin s’est déroulé sous forte présence policière, et avec un nombre limité d’incidents.

La radio publique RTHK et plusieurs médias locaux ont toutefois reporté diverses irrégularités. Notamment des électeurs qui ont appris en arrivant au bureau de vote qu’ils avaient déjà voté. Le camp pro-Pékin a aussi la réputation d’offrir des sorties et des petits cadeaux aux personnes âgées hébergées dans les hospices et d’organiser leur participation aux élections en leur indiquant pour qui voter.

Pendant que les Hongkongais se rendaient aux urnes, quelques manifestants irréductibles (les estimations varient d’une poignée à une vingtaine) étaient encore assiégés par la police au sein de l’Université polytechnique de Hongkong (PolyU). Selon les visiteurs du site qui ont pu en rencontrer quelques-uns, leur état de santé s’est dégradé, tout comme leur condition psychologique. Mais ils ne veulent toujours pas se rendre à la police.

Le siège de PolyU, qui a commencé il y a plus de huit jours, est l’un des plus violents épisodes du mouvement de révolte actuel. Elu conseiller de district dimanche, Jimmy Sham Tsz-kit, le délégué du Front civil des droits de l’homme, qui organise la plupart des grandes marches de Hongkong et avait été attaqué en pleine rue en octobre, a proposé que l’ensemble des conseillers prodémocratie réclament, ensemble, que la police laisse sortir librement tous les derniers occupants.

Parmi les très nombreux jeunes élus, un des leaders étudiants du « mouvement des parapluies », Lester Shum, a appelé les Hongkongais à continuer le combat, estimant que « la bataille est encore loin d’être gagnée ». Dans un communiqué, Carrie Lam note qu’il y a « plusieurs analyses et interprétations » des résultats, notamment que ceux-ci « reflètent le mécontentement de la population avec la situation actuelle et les problèmes profondément ancrés dans la société ». Le gouvernement va « écouter l’opinion des membres du public avec humilité et réfléchir sur lui-même sérieusement », a-t-elle ajouté.

Florence de Changy

Florence de Changy

Auteure pour le site À l’encontre.

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