Édition du 19 octobre 2021

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Planète

Le capitalisme contre la vie sur la Terre partie 1

« L’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes sont susceptibles d’entraîner la migration d’une grande partie de la population. L’élévation du niveau des mers déplacera des dizaines (sinon des centaines) de millions de personnes, créant une instabilité massive et durable… L’intrusion d’eau salée dans les zones côtières et les changements climatiques compromettront ou élimineront également l’approvisionnement en eau douce dans de nombreuses régions du monde… Une tendance au réchauffement augmentera également l’éventail des insectes vecteurs de maladies tropicales infectieuses. Ceci, associé à une migration humaine à grande échelle en provenance des pays tropicaux, augmentera la propagation des maladies infectieuses ».

photo et article tirés de NPA 29

Pour lire la 2e partie.

De nombreux rapports détaillent ce genre de prévisions.

Celui-ci est significatif, il a été commandé par le Pentagone, par le général qui est maintenant président des chefs d’état-major interarmées. Les auteurs sont des hauts responsables de l’armée étatsunienne, de la Defense Intelligence Agency et de la NASA. Il a été publié par le United States Army War College.

Le rapport recommande de renforcer l’armée américaine, déjà la plus grande machine de guerre sur terre, pour protéger l’empire américain des conséquences du chaos environnemental. Il fait appel à une « approche de type plan de campagne pour se préparer de manière proactive aux conflits probables et en atténuer les impacts ». Comme nous le savons, lorsque l’armée états-unienne s’engage dans une campagne, le résultat est toujours dévastateur et destructeur pour les pauvres et les opprimé·e·s.

Comme le montre ce rapport, l’armée étatsunienne, contrairement au président Donald Trump, sait que le changement climatique est réel et que les conséquences peuvent être catastrophi-ques. Les généraux reconnaissent que quelque chose a terriblement mal tourné dans la relation entre la société humaine et la Terre.

Limites planétaires

Les recherches conduisent irrésistiblement à la conclusion que de modestes réformes et des changements de politiques ne suffisent pas. Nous ne sommes pas confrontés à des problèmes individuels qui peuvent être traités séparément, mais à une série de perturbations interdépen-dantes des systèmes de survie de la Terre. Des processus naturels fondamentaux qui ont évolué au cours de millions d’années ont connu des points de bascule en quelques décennies seule-ment. Des remèdes radicaux sont évidemment nécessaires, mais nous ne trouverons pas de remède si nous n’identifions pas la cause sous-jacente, la maladie systémique qui attaque notre planète.

Pourquoi la croissance ?

Beaucoup d’environnementalistes identifient le problème sous-jacent simplement comme étant la croissance. Et en effet, comme le montrent de nombreux livres et articles, la volonté de pro-duire toujours plus de choses remplit nos rivières de poison et notre air de pollution. Les océans meurent, les espèces disparaissent à un rythme sans précédent, l’eau s’épuise et le sol s’érode plus vite qu’il ne peut être remplacé, mais la machine de croissance continue de tourner.

Les dirigeants d’entreprises, les économistes, les bureaucrates et les politiciens s’entendent tous pour dire que la croissance est bonne et que la non-croissance est mauvaise. L’expansion maté-rielle incessante est une politique délibérée promue par des idéologues de toutes tendances politiques, allant des sociaux-démocrates aux conservateurs. Lorsque le G20 s’est réuni à Toronto ( 26-27 juin 2010), ils ont convenu à l’unanimité que leur priorité absolue était de « jeter les bases d’une croissance forte, durable et équilibrée ». Le mot croissance apparaît 29 fois dans leur déclaration finale.

La croissance incontrôlée est clairement une question centrale, mais cela soulève une autre question : pourquoi se poursuit-elle ? Pourquoi, face aux preuves massives que l’expansion de la production et de l’extraction des ressources nous tue, les gouvernements et les entreprises continuent-ils à extraire et pelleter du charbon pour alimenter la chaudière du train de la croissance effrénée ?

Dans la plupart des écrits sur l’environnement, l’une des deux explications suivantes est proposée : c’est la nature humaine ou c’est une erreur.

L’argument de la nature humaine est au cœur de l’économie dominante, qui suppose que les êtres humains veulent toujours plus, de sorte que la croissance économique n’est que la maniè-re du capitalisme de répondre aux désirs humains. Pour notre espèce, assez n’est jamais assez.

Ce point de vue amène souvent ses partisans à conclure que la seule façon de ralentir ou d’inverser le pillage de la Terre nourricière est de ralentir ou d’inverser la croissance démo-graphique. Cette affirmation est fatalement minée par le fait que les pays ayant les taux de natalité les plus élevés ont le niveau de vie le plus bas, possèdent le moins de biens et produi-sent le moins de pollution possible. Si les 3 milliards de personnes les plus pauvres de la planète disparaissaient demain, il n’y aurait pratiquement aucune réduction de la destruction environne-mentale en cours.

L’autre explication courante de la promotion constante de la croissance est que nous avons été séduits par une fausse idéologie. Le désir de croissance a été décrit comme un fétichisme, une obsession, une dépendance ou même un sort. Les Verts utilisent souvent le terme growthmania (l’obession de la croissance).

De tels récits présentent l’élan de croissance comme un choix que font les politiciens et les investisseurs, sous l’influence d’une obsession bizarre. Comme le dit le marxiste britannique Fawzi Ibrahim (1), ce doit être « la première fois dans l’histoire qu’une nécessité a été décrite comme un fétiche.

« Personnification du capital »

En tant qu’individus, les dirigeants des géants pollueurs veulent sans aucun doute que leurs enfants et petits-enfants vivent dans un monde propre et durable sur le plan environnemental. Mais en tant qu’actionnaires, dirigeants et cadres supérieurs importants, ils agissent, comme des « personnifications du capital ».

Quel que soit leur comportement à la maison ou avec leurs enfants, au travail ils sont un capital sous forme humaine. Et les impératifs du capital l’emportent sur tous les autres besoins et valeurs. Quand il s’agit de choisir entre protéger l’avenir de l’humanité et maximiser le profit, ils choisissent le profit.

Prenons l’exemple des oxydes d’azote gazeux, du monoxyde d’azote et du dioxyde d’azote qui sont produits par la combustion de carburants pétroliers, en particulier par les moteurs diesel. Ils n’attirent pas autant l’attention des médias que le dioxyde de carbone, mais ce sont de puissants gaz à effet de serre et ils sont directement nocifs pour la santé humaine. Ils causent des maladies de la gorge et des poumons, et ils augmentent la gravité de maladies comme l’asthme.

En 2009, les régulateurs en Europe et en Amérique du Nord ont introduit des limites strictes sur les émissions d’oxydes d’azote des automobiles. Tous les constructeurs automobiles devaient soumettre leurs voitures à des essais. C’était un gros problème pour la deuxième plus grande firme automobile du monde, Volkswagen, parce qu’une grande partie de ses bénéfices provenait de véhicules dont les moteurs diesel ne respectaient pas les nouvelles normes.

Mais, comme on nous le dit souvent, le capitalisme encourage l’innovation. Juste à temps, VW a annoncé que ses ingénieurs avaient résolu le problème. Ils avaient inventé une technologie qui répondait pleinement aux nouvelles normes ou les dépassait. Le slogan « Clean Diesel » a été très fortement promu et il a connu un énorme succès.

Entre 2009 et 2016, Volkswagen a vendu plus de 11 millions de voitures diesel « propres » dans le monde. C’est assez impressionnant : une entreprise géante se débrouillait bien en faisant le bien, en réalisant d’énormes profits tout en protégeant l’environnement et la santé humaine.

C’est du moins ce qu’il semblait.

En 2016, grâce à des enquêtes menées par des ingénieurs dévoués, nous avons appris que le diesel propre était un canular. Volkswagen n’avait pas inventé de nouvelle technologie antipollu-tion. Volkswagen avait inventé un logiciel qui trompait les tests. Lorsque le logiciel a détecté qu’un essai était en cours, il a réduit la puissance et les performances du moteur. Dans des conditions de laboratoire, les voitures diesel propres de VW respectaient la réglementation en matière d’émissions. Sur la route, ils émettent jusqu’à 40 fois plus d’oxyde d’azote que la limite légale.

Des cadres supérieurs ont été congédiés et l’entreprise a payé de lourdes amendes, mais c’est après coup. Sept années de pollution Volkswagen et sept années de grandes ventes Volkswagen illustrent deux caractéristiques fondamentales du capitalisme : les gains à court terme sont toujours plus importants que les pertes à long terme ; et le profit est toujours plus important que la protection de la santé humaine. Les propriétaires et les dirigeants de Volkswagen sont des personnifications du capital, et le capital doit croître, peu importe ce qu’il en coùte.

22 novembre 2019 Ian Angus

Ian Angus

Ian Angus est coauteur de l’ouvrage Too Many People ? Population, Immigration, and the Environmental Crisis (http://www.haymarketbooks.org/pb/Too-Many-People). Il est éditeur du journal écosocialiste Climate and Capitalism (http://climateandcapitalism.com/),

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