Édition du 16 juin 2026

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Le mouvement des femmes dans le monde

Interdiction de la contraception par les talibans : des femmes « brisées » par des grossesses mortelles et des fausses couches non traitées

Parwana* ne reconnaît plus ses propres enfants. Autrefois connue dans son village de Kandahar pour sa beauté, cette femme de 36 ans est désormais assise sur le sol de la maison de sa mère, se balançant silencieusement. Après neuf grossesses et six fausses couches, souvent sous la pression de son mari et de sa belle-famille, Parwana est tombée dans un état de confusion permanente.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/02/05/interdiction-de-la-contraception-par-les-talibans-des-femmes-brisees-par-des-grossesses-mortelles-et-des-fausses-couches-non-traitees/

Ce rapport a été publié en partenariat avec le Guardian.

« Elle est perdue  », explique sa mère Sharifa. «  Ils l’ont brisée par la peur, les grossesses et la violence. »

En Afghanistan aujourd’hui, son histoire n’est pas une exception. Partout dans le pays, les femmes racontent le même destin tragique : des grossesses qu’elles ne peuvent empêcher, des fausses couches qu’elles ne peuvent soigner et une violence à laquelle elles ne peuvent échapper. Depuis quel’interdiction informelle de la contraception par les talibans a commencé à se répandre discrètement dans les cliniques au début de l’année 2023, les contraceptifs ont disparu, les cliniques ont fermé et la faim s’est aggravée. Des entretiens menés dans sept provinces révèlent un système de santé reproductive en chute libre, où les grossesses forcées, les complications non traitées et la pauvreté implacable définissent désormais la vie quotidienne. L’histoire de Parwana n’est qu’un aspect d’une crise nationale.

Lorsque Shakiba*, 42 ans, s’effondre près du four tandoor alors qu’elle cuit du pain, son enfant en bas âge se met à pleurer. Cette mère de douze enfants originaire de Kandahar ne peut se lever sans avoir des vertiges. Ses cheveux tombent par poignées. Elle souffre constamment de douleurs osseuses. Elle est à nouveau enceinte.

La clinique locale ne fournit plus de contraceptifs. Son mari lui interdit d’en chercher ailleurs.

Elle fait partie des nombreuses femmes touchées par la répression silencieuse menée par les talibans contre le planning familial. L’interdiction n’a jamais été officiellement annoncée, mais elle a été rapportée par les médias en février 2023. Lentement, province après province, les talibans mettent en œuvre cette politique. Début 2023, les médecin·es et les sages-femmes de plusieurs provinces ont signalé le même schéma : les fournitures arrivaient en retard, puis en quantités plus faibles, puis plus du tout. Cependant, ce n’est pas le cas dans toutes les provinces. À Balkh et Takhar, dans certains districts, la contraception est toujours disponible.

Dans la région rurale de Jawzjan, une médecin qui dirige une clinique depuis trois décennies affirme que la disparition a été rapide.

« Après l’arrivée des talibans, les contraceptifs ont commencé à diminuer. En quelques mois, ils avaient disparu », explique-t-elle. « Avant, au moins 30 des 70 femmes qui venaient à la clinique avaient besoin d’un moyen de contraception. Maintenant, nous leur disons : nous n’avons rien. »

À Badghis, des combattants talibans se sont présentés dans une clinique privée et ont ordonné au personnel de détruire tous les contraceptifs. « « Si nous vous voyons donner cela à des femmes, nous fermerons votre clinique  », ont-ils dit », se souvient la/le médecin. «  Nous avons immédiatement cessé. »

Il y a deux ans, après qu’un tremblement de terre a contraint Zarghona*, 29 ans, et sa famille à vivre dans une tente, elle a passé trois jours sans accès à des toilettes et a développé une occlusion intestinale potentiellement mortelle. Les chirurgiens l’ont opérée et ont clairement averti son mari : une autre grossesse pourrait la tuer.

Un an après son opération, sans moyen de contraception disponible et avec un mari qui insistait pour avoir « une fille », Zarghona est tombée à nouveau enceinte. Elle a passé neuf mois dans la peur, a tenté d’interrompre sa grossesse à l’aide d’herbes et de safran, et n’a pu se rendre qu’à une seule visite prénatale. Lorsque le travail a commencé, les médecin·es de Herat lui ont dit que tant la césarienne que l’accouchement naturel comportaient un risque élevé de décès. Elle a survécu, mais plusieurs semaines plus tard, elle saigne encore, ne peut pas dormir et vit dans une douleur constante.

Les médecins lui ont dit qu’elle ne devait plus jamais tomber enceinte. Pourtant, il n’y a pas d’injections ni de contraceptifs dans sa région. «  J’ai frôlé la mort et je suis revenue », dit-elle. « Mais je suis toujours terrifiée. Je n’ai aucun moyen de me protéger. »

L’interdiction des contraceptifs s’applique dans un système de santé déjà au bord du gouffre. Selon les Nations Unies et l’Organisation mondiale de la santé, plus de 440 hôpitaux et cliniques ont fermé leurs portes ou réduit leurs services depuis la réduction des financements internationaux en 2025.

Pour les femmes des provinces rurales, cela signifie des heures de marche ou un accouchement à domicile, souvent seules.

À Ghor, où les villages sont isolés par des montagnes et des routes boueuses, les sages-femmes affirment que les femmes saignent pendant des jours avant d’atteindre une clinique. Certaines meurent en chemin.

La crise reproductive est désormais indissociable de l’effondrement économique. La malnutrition affecte désormais toutes les grossesses. Une médecin de Jawzjan estime que 80% des femmes enceintes et allaitantes qu’elle examine souffrent de malnutrition.

« Elles souffrent d’anémie, de carences en vitamines, d’hypotension. Leur corps est trop faible pour mener une grossesse à terme en toute sécurité. »

La violence domestique revient sans cesse dans les témoignages des femmes, à la fois comme cause de fausses couches et comme moyen de contrôle dans les foyers où les femmes ne peuvent ni s’échapper, ni trouver refuge, ni avoir accès à la contraception.

À Kandahar, Reyhana* raconte comment sa sœur Sakina*, une jeune veuve, a été contrainte par sa belle-famille d’épouser son beau-frère. Lorsqu’elle s’y est opposée, ils l’ont battue à plusieurs reprises. «  Chaque fois qu’ils la frappaient, elle saignait », explique Reyhana. « Elle a perdu son bébé. »

Hamida*, sage-femme dans une maternité bondée de Kandahar, affirme que la violence est l’une des principales causes de fausses couches qu’elle constate.

« Toutes les 24 heures, nous assistons à plus de 100 accouchements — normaux, prématurés, par césarienne et fausses couches », explique-t-elle. « Environ six fausses couches se produisent chaque jour. Beaucoup sont dues à des coups. Beaucoup sont causées par les lourdes charges portées par les femmes. »

À Herat, une femme explique qu’elle a fait une fausse couche après avoir été battue lors d’une dispute familiale. À Badakhshan, Humaira*, 38 ans, a pris des pilules abortives lorsqu’elle a découvert qu’elle était enceinte d’une fille. «  Mon mari voulait un fils », dit-elle. « Si je donnais naissance à une autre fille, il me battrait ou divorcerait. J’ai donc acheté des médicaments en secret. »

Les pilules ont fonctionné, mais elles l’ont rendue stérile, lui ont causé des saignements chroniques et l’ont terrifiée.

Son histoire fait écho à celle d’autres femmes de Kandahar et de Jawzjan qui ont décrit des fausses couches forcées, provoquées par elles-mêmes ou résultant de violences après que les échographies aient révélé que le fœtus était une fille.

À Ghor, une jeune fille de 15 ans a fait une fausse couche après avoir transporté deux jerrycans pleins en haut d’une colline escarpée.

« J’avais honte pour le dire à qui que ce soit », raconte-t-elle. « Quand ma mère m’a vue, il était trop tard. »

Dans la région reculée de Herat, Shamsia*, 38 ans, raconte qu’elle a travaillé dans le bâtiment et la fabrication de briques pendant ses grossesses. « Ma belle-mère m’a forcée à allaiter son bébé aussi », dit-elle. « Je m’affaiblissais de jour en jour. » Lorsque le médecin lui a dit qu’elle avait besoin d’une transfusion sanguine, sa famille a refusé, qualifiant cela de « haram  » [interdit – NdT].

Avant l’interdiction, les cliniques rurales organisaient régulièrement des séances d’information sur l’espacement des naissances. Aujourd’hui, ces programmes ont disparu.

« Il ne sert à rien de sensibiliser la population quand il n’y a pas de médicaments », explique un·e médecin de Jawzjan. « Les talibans n’ont pas donné d’ordres écrits, mais la peur est bien réelle. Si nous parlons ouvertement, ils pourraient nous faire fermer boutique. »

Dans des foyers déjà marqués par la pauvreté et la violence, la perte des moyens de contraception a fermé toutes les issues aux femmes. Elles ne peuvent pas choisir quand avoir des enfants. Elles ne peuvent pas se reposer après l’accouchement. Elles ne peuvent pas fuir les mauvais traitements. Elles ne peuvent pas assurer la sécurité de leurs filles. Et avec la fermeture des cliniques, elles ne peuvent même plus demander de l’aide.

*Les noms ont été modifiés pour des raisons de sécurité.

Sana Atef, Mahtab Safi et Mahsa Elham, 29 janvier 2026
Sana Atef, Mahsa Elham et Mahtab Safi sont des pseudonymes utilisés par des femmes journalistes en Afghanistan.
Freshta Ghani a contribué à cet article.
https://zantimes.com/2026/01/29/taliban-birth-control-ban-women-broken-by-lethal-pregnancies-and-untreated-miscarriages/
Traduction DE

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