Édition du 11 mai 2021

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Politique canadienne

L’industrie minière en Amérique latine : une présence qui dérange

MONTRÉAL, le 12 août 2013. - Alors que s’ouvrait hier à Montréal le 23^e
Congrès minier mondial, où plus de 1,500 représentants d’entreprises à
travers la planète sont présents pour discuter du futur de l’industrie,
des organisations de la société civile et activistes dénoncent les cas
de violations de droits humains liés à la présence minière canadienne
dans le monde.

Depuis les dernières années, l’industrie minière est au cœur des
préoccupations. En 2006, le Représentant spécial des Nations unies pour
la question des droits humains et des sociétés transnationales décrivait
l’industrie minière comme un cas particulier pour son influence aussi
grande et aussi envahissante sur le plan social et environnemental et
notait que 2/3 des abus commis par des transnationales proviennent du
secteur extractif. Un rapport commandé par l’Association des
prospecteurs et développeurs du Canada et rendu public par MiningWatch
révèle que sur 171 incidents commis par l’industrie minière, 34%
l’étaient par des compagnies canadiennes. 62% des incidents provenaient
de conflits avec les communautés locales.

*Guatemala : Imposition des projets miniers et répression des mouvements sociaux*

Au Guatemala, le droit des peuples autochtones au consentement libre,
préalable et éclairé n’est pas respecté et les projets miniers sont
imposés aux populations affectées. Selon le Conseil des peuples de
l’Occident, plus d’un million de personnes, à travers plus de 60
consultations populaires, ont rejeté le modèle extractiviste.
Parallèlement, on assiste à la montée de la criminalisation et
persécution des individus et organisations impliqués dans l’organisation
de ces consultations. Selon l’Unité de protection des défenseurs de
droits humains au Guatemala (UDEFEGUA), les attaques contre les
défenseurs au territoire et de l’environnement représentent 28,3% de
toutes les agressions contre les défenseurs de droits humains.

Un état de siège fut décrété en mai dernier dans des communautés s’étant
opposé au projet minier de la compagnie canadienne Tahoe Resources, dont Goldcorp est actionnaire à 40%. Un employé de la compagnie est accusé d’avoir ordonné d’assassiner les opposants à la mine. Le 3 juin, la
clinique légale Justice and Corporate Accountability Project de
l’Université York portait plainte devant la Commission des valeurs
mobilières de l’Ontario à propos de ces faits. Le 22 juillet 2013, la
Cour supérieure de l’Ontario acceptait d’entendre la cause de
Guatémaltèques victimes de viols et de meurtres commis sur un site
minier détenu par la canadienne Hudbay. Le 9 août 2013, pour la Journée
internationale des peuples autochtones, 15 000 paysans ont fait des
blocages au Guatemala pour dénoncer les impacts du modèle néolibéral ;
défendre le territoire contre les mégaprojets et manifester leur rejet
de toute action répressive contre les femmes et les peuples. Dans son
enquête pour 2012-2013, l’Institut Fraser classait le Guatemala parmi
les 10 pays les moins attrayants au monde en termes d’investissement
miniers. « Les événements parlent d’eux-mêmes : la présence minière
canadienne au Guatemala est associée à de vives tensions, des violences
allant jusqu’à des assassinats », dit Marie-Dominik Langlois,
coordonnatrice du Projet Accompagnement Québec-Guatemala.

*Colombie : entre profits faramineux et coûts sociaux considérables*

En Colombie, comme au Guatemala, l’industrie minière cause d’importantes
conséquences sociales et environnementales sur les communautés. Le plus
récent rapport du vérificateur général colombien lie clairement
l’industrie extractive aux conflits armés et à la violation de droits
humains, affirmant que /80% des violations de droits humains, 87% des
déplacements forcés, 78% des crimes contre les syndicats, 89% des crimes
contre les autochtones et 90% des crimes contre les Afro-Colombiens/ se
produisent dans les régions d’extraction minière et pétrolière. Le
rapport défend la tenue d’un moratoire sur l’ensemble des concessions
minières de la Colombie jusqu’à ce que le gouvernement colombien modifie
ses politiques de régulation des activités extractives. Rappelons que
plus de 50% des investissements étrangers dans le secteur minier en
Colombie sont canadiens. Les mobilisations contre les entreprises
canadiennes sont nombreuses. "Depuis le 17 juillet, les mineurs
artisanaux ont déclaré une grève minière nationale pour réclamer leurs
droits territoriaux alors qu’ils risquent d’être déplacés sous la
pression de l’État et des compagnies minières », cite à titre d’exemple
Louis-Philippe de Grandpré, membre du Projet Accompagnement Solidarité
Colombie.

En Amérique latine et à travers le monde, nombreux sont les cas où
l’industrie minière est associée à l’émergence de conflits,
l’augmentation de la militarisation, de la violence sexuelle, des
intimidations et dommages environnementaux. L’industrie extractive doit
respecter le droit des peuples autochtones au consentement libre,
préalable et éclairé et être contrôlée par des politiques publiques
contraignantes au Canada garantissant le respect des droits humains et
normes environnementales à l’étranger. L’autorégulation de l’industrie
n’est pas suffisante pour s’attaquer aux problèmes. Dans l’absence de
volonté politique des décideurs pour mettre en place des lois
contraignantes, l’impunité corporative des minières se poursuivra et
l’opposition citoyenne aux projets se fera croissante.

Source :

Projet Accompagnement Québec-Guatemala, Marie-Dominik Langlois.

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