Édition du 4 octobre 2022

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Afrique

La France arrondit les angles et signe un partenariat avec l’Algérie

Visite du président Macron en Algérie

La crise énergétique battant son plein, le Président Macron joue la carte de la coopération bilatérale et de la réconciliation en échafaudant un plan d’amorce non dénué de subtilité pour s’assurer l’approvisionnement du gaz algérien. Tebboune en est conscient et pose le prérequis du « Gagnant-gagnant ».

De Paris, Omar HADDADOU

Les lendemains s’annonçant durs, les Etats-Unis et la Russie se disputent la mainmise sur les ressources énergétiques de l’Arctique qui recèle 1/5 des réserves mondiales.

En France comme en Europe, l’heure est au stockage. Le prix du Gasoil à la pompe - qui tire la langue - dépasse les 2 euros le litre. Le Mégawattheure a atteint les 1100 euros contre 85 l’an passé. Une inflation accentuée par le conflit ukrainien et le dérèglement climatique. Inflation qui risque de compromettre la rentrée sociale et mettre l’Exécutif dans l’embarras.
Bien que 90% des réserves françaises soient assurées pour passer un hiver tranquille, la crainte d’un impact collatéral à l’image du deuxième choc pétrolier de 1973 et une grogne sociale, restent prégnants. En témoignent les déclarations, cette semaine, des leaders de la CGT et la Nupes, Philippe Martinez et Jean-Luc Mélenchon, d’attendre le chef de l’Etat de pied ferme et de descendre dans rue dès septembre, après sa sentence fracassante : «  Fin de l’abondance et de l’insouciance ! »
C’est dans ce climat de curée vers l’énergie et d’érosion du pouvoir d’achat, qu’Emmanuel Macron, déjà éprouvé par le ressentiment anti-français, la perte grandissante d’influence en Afrique et le positionnement privilégié de la Chine et la Russie sur le continent, ne cesse de se mettre en quatre pour exploiter toutes les pistes de ravitaillement en hydrocarbures. D’où la visite de 3 jours, à partir du 25 août, en Algérie en vue de mettre fin aux hostilités.

Après une longue période de brouille diplomatique consécutive au passé colonial et la repentance qui ne vient toujours pas de Paris, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, scelleront une déclaration commune actant une « nouvelle dynamique irréversible » qui concrétise « un partenariat renouvelé sérieux et ambitieux  », 60 ans après la fin de la guerre d’Algérie.
La question est de savoir si une ratification officielle est susceptible d’effacer 132 de ravages coloniaux et de changer le disque dur des nostalgiques de l’Algérie française ?
L’ambition de Macron - il faut le souligner - est purement stratégique ! Elle porte sur le long terme. Mais il doit, au préalable, planter le décor avant de dévoiler à postériori l’objet prédominant et urgent de sa requête. Cette stratégie à laquelle il invite les ministres et les hommes d’affaires de s’impliquer, lui réussit prodigieusement en tant bête politique. Son empressement de revenir au plus tôt à Alger en dit long sur sa visée : Le Gaz !
Tebboune, loin d’être natif de la dernière pluie, salue son engagement pour un partenariat, non sans poser le préalable du « Gagnant- gagnant », du devoir de Mémoire et du respect mutuel. Le locataire de l’Elysée qui a mis la barre à bâbord, en tournant, par ricochet, le dos à Poutine, ne tarissait pas de tournures dithyrambiques, après son tête à tête avec son homologue algérien, pour définir l’Accord du partenariat : «  Il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier » lance - t- il aux médias, avant de sauter dans l’avion. Et de poursuivre : «  Je dirais que c’est une relation de respect et d’amitié. Nous savons l’un et l’autre que pour nos pays, il nous faut travailler, lever les malentendus et savoir passer beaucoup de temps à nous comprendre. Nous l’avons fait jusqu’au milieu de la nuit ».

Les autorités algériennes, par la voix de leur Président ont salué la venue d’Emmanuel Macron et y voient une reconnaissance du rôle axial de l’Algérie dans la région et « un retour en force de la diplomatie algérienne sur su la scène internationale ».

Elle marque, selon elles, « La volonté d’impulser une vision nouvelle basée sur un traitement d’égal à égal et l’équilibre des intérêts ».
Les deux parties, algériennes et françaises, se sont entendues pour la création d’une Commission d’Historiens chargée d’étudier les archives de la colonisation, un Fonds de soutien de 100 millions d’euros, de renforcer la coopération dans la lutte contre le terrorisme et la prise en charge du dossier du Sahel.
Macron serait-il en passe de réussir un tour de force, là les rivaux se sont cassés les dents. Lui qui a qualifié la colonisation de «  crime contre l’humanité », avant de s’attirer les foudres en accusant le pouvoir algérien « d’exploiter la rente mémorielle pour entretenir sa légitimité ».

Nullement revancharde ni amnésique, même face à un agenda caché, Alger sourit !
O.H

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