Édition du 15 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Afrique

La France prise dans l’intensité du bourbier sahelien. l’état-major suspend sa coopération avec le Mali.

les djihadistes maliens neutralisent l’interventionnisme français. Le colonel Assimi Goïta, aux deux coups d’état, prend le pouvoir et nomme un vétéran de la politique comme premier ministre.

De Paris Omar HADDADOU

QUEL SCHEMA TACTIQUE FACE A DES COMBATTANTS VOLATILS DANS LE DESERT ET UNE POPULATION ACQUISE A L’ENGAGEMENT RUSSE ?
Paris se fait un sang d’encre ! Le spectre d’une vietnamisation plane au Sahel. Cinquante cinq (55) soldats abattus, dont une femme lors des interventions militaires au Mali. Les représentations diplomatiques sont remplacées par des collaborateurs et les sorties sur le terrain, réduites à l’extrême urgence.

La guerre d’influence géostratégique et l’instabilité qui secouent le pays et ses 19 millions d’habitants depuis 2012 à travers la série de coups d’Etat, dont le 5 ème vient d’être opéré par le colonel Assimi Goïta, le 20 août 2020 - désormais Président de la transition - témoignent des ratés de l’opération Berkhane et le ressentiment grandissant contre la présence des troupes françaises (5100 militaires déployés) sur le sol malien. Celle-ci, avait pour feuille de route l’appropriation des pays partenaires du G5 Sahel de la lutte contre les groupes armés sur l’ensemble de la bande sahélo-saharienne (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). La réalité topographique dictera une autre configuration qui échappe aux drones et aux points d’appui permanents des forces impliquées.
Maîtres sur le terrain, les rebelles n’ont de cesse de crier victoire en tenant en l’échec la feuille de route du Président Macron, en proie à une mal-gouvernance, un dispositif malien inexpérimenté, une corruption tentaculaire et des insurrections indépendantistes sporadiques pro-Azawad (Territoire défendu par le Mouvement national de Libération de l’Azawad). Une véritable poudrière !

Le chef de l’Etat français avait menacé de quitter le Mali si le pays devait faire le choix de l’islamisme radical. Des observateurs y voient une dérobade du guêpier et l’éventualité de se faire « bouffer », sur cet angle sécuritaire, par la féroce rivale, Marine Le Pen, l’épinglant, preuves à l’appui sur un engagement suicidaire. D’autant que la triste liste des pertes en vie humaines s’allonge chaque semaine. D’autres y dénoncent un copié-collé de la diplomatie Biden sur l’enlisement en l’Afghanistan.
L’AFRIQUE NE PEUT SE GRATTER LE SOMMET DE SA TETE, SANS CONSULTER PARIS.

Au Mali où la déroute et l’hégémonie étrangères minent l’horizon du citoyen, la reprise du pouvoir par la junte militaire compromet sérieusement le processus démocratique. Poussant à la démission le premier Magistrat Ibrahim Boubacar Keïta puis le président de transition Bah N’Daw, l’officier taciturne réussit un second coup de force (putsch) dans l’espoir de satisfaire aux attentes de Paris, le propulsant ainsi en chef d’Etat par la Cour constitutionnelle. La cérémonie d’investiture de ce lundi 7 juin n’est qu’une formalité fardée de propos fort optimistes : « Je voudrais rassurer les organisations sous régionales, régionales et la communauté internationale en général que le Mali va honorer l’ensemble de ses engagements pour et dans l’intérêt supérieur de la nation", a déclaré l ’ancien commandant de bataillon des forces spéciales, après avoir prêté serment devant la Cour suprême, affichant sa volonté d’organiser des élections crédibles, justes, transparentes aux échéances prévues. Suspendu par La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine, le Mali est sommé de nommer un Premier Ministre civil pour la période de transition limitée à 18 mois. Ce sera chose faite. Et c’est au vétéran de la politique, M. Chogel Kokalla Maïga qu’échoit le poste de premier Ministre, appelé à former un gouvernement de transition jusqu’aux élections présidentielles et législatives prévues pour février 2022.

L’APPEL A POUTINE

Jouissant de bons accords militaires de coopération avec le Mali, la Russie pourrait profiter de l’instabilité et répondre aux appels pressant de l’opinion publique. Selon le magazine « Jeune Afrique » du 2 juin 2021, des manifestions auraient eu lieu devant l’ambassade de Russie à Bamako. Au conseiller de l’ambassadeur, qui les reçoit, un manifestant déclare : « Depuis longtemps, nous avons demandé l’arrivée des troupes russes au Mali, comme vous l’avez fait dans d’autres pays. C’est le peuple qui demande ». Une autre voix s’écrie : « Le Mali et la Russie sont d’anciens partenaires. Nous sollicitons une coopération militaire, humanitaire. Nous ne remettons pas en cause les autres partenaires. » « Une intervention militaire russe au Mali ».

Troisième pays producteur d’or, le Mali fait partie d’une région, selon des études récentes, en passe de devenir l’Eldorado du pétrole. D’où la frénésie prédatrice sur fond de manœuvres militaires grandeur nature.
O.H

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