Édition du 24 mars 2020

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Europe

La Turquie contre les Kurdes

Depuis déjà plusieurs mois, la guerre s’intensifie en Turquie. Malgré les déclarations du gouvernement turc endossé par l’OTAN, ce n’est pas tellement une guerre contre Daech qu’une guerre contre les Kurdes, où le parti pro-kurde HDP est particulièrement visé, mais aussi les communautés majoritairement kurdes dans plusieurs régions du pays. Contre le HDP, le gouvernement du président Erdođan cherche à briser cette alternative démocratique qui veut dénouer l’impasse dans le sens des revendications nationales des Kurdes, ce qui n’implique pas nécessairement l’indépendance du Kurdistan.

Entre-temps, la répression s’accentue, notamment dans le sud-est du pays, qui vit quasiment sous état d’urgence. Traquant les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la police turque sème la terreur dans des dizaines de villes et villages. Des régions entières ont été déclarées « zones de sécurité spéciales », lire zones de non-droit, parfois pour plusieurs semaines, mois ou sans délai précis, avec interdiction de sortir dans les rues. Le siège de la ville de Cizre, près de la frontière syrienne, en septembre est devenu le symbole de la répression brutale. Mise en blocus total pendant plusieurs jours, elle a été coupée d’électricité, d’eau, de nourriture et de soins de santé de base. Des tireurs d’élite de la police visaient les passants à partir des toits pour faire respecter l’interdiction de sortir dans les rues. On a compté au moins 21 civils morts pendant le blocus, dont plusieurs enfants. Les forces de police ont même tiré sur des ambulances qui venaient récupérer les blessés.

Un blocus similaire a été appliqué dans la ville de Silvan pendant 12 jours, début novembre. Tout juste levé, les témoins sur place parlent d’une ville aux allures post apocalyptiques. Sur les murs troués de balles, des messages : « Si vous êtes Turcs soyez en fiers, sinon soumettez-vous », « L’État est passé par là », « L’État est partout ». Plus de 10 000 habitants auraient quitté la ville. 14 civils y ont été tués. Les méthodes de la police turque dans le sud-est du pays s’apparentent parfois à celles des groupes terroristes qu’elle prétend combattre. La diffusion d’une vidéo d’un jeune kurde, Haci Lokman Birlik, dont le cadavre a été attaché au pare-choc d’une voiture de police puis trainé dans les rues de la ville de Sirnak, a provoqué une vague d’indignation. Une jeune fille kurde de 12 ans, Helin Țen, est morte de trois balles dans la tête, tirées par un sniper, dans la ville de Diyarbakęr alors qu’elle sortait acheter du pain. Selon l’Association des droits de l’Homme de Turquie, 262 civils auraient perdu la vie dans le pays depuis juin dernier, dont 134 lors d’attentats à Suruç (20 juillet) et à Ankara (10 octobre).

Dans le reste du pays, on a assisté depuis quelques temps à plusieurs manifestations ultra-nationalistes avec, parfois, des slogans génocidaires contre les Kurdes et les minorités. Des attaques ont été menées contre des Kurdes ou contre des partisans du HDP. Des maisons, commerces et restaurants kurdes ont été vandalisés et incendiés. Au moins 133 bureaux du HDP ont été attaqués dans le pays, parfois sous les yeux de la police. Des médias hostiles à Erdođan ont été menacés et attaqués. Des milliers de personnes ont été emprisonnées, en majorité des sympathisants et des élus des partis pro-kurdes. Samedi dernier, l’avocat et défenseur des droits des Kurdes Tahir Elç a été tué lors d’une conférence de presse à Diyarbakęr.

Pour terminer, soulignons la complicité entre le gouvernement turc et ses alliés de l’OTAN et de l’Union européenne. Réunis le mois passé dans le cadre du G20 à Ankara puis à Bruxelles pour le sommet Europe-Turquie sur la question des migrants, aucun État n’a soulevé la question des droits humains en Turquie ni non plus de la duplicité des autorités de ce pays dans le conflit en Syrie.

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