Édition du 22 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Santé

La co-construction, plutôt que la méthode Toyota

Dans le réseau de la santé et des services sociaux, les travailleurs-euses et les syndicats ne s’opposent pas à l’amélioration de la productivité (« optimisation ») qui permet de donner plus de services (et des services de qualité) sans augmentation des ressources humaines. Ils s’opposent aux méthodes comme la méthode Toyota, mal comprise et mal appliquée, imposée unilatéralement, sans tenir compte du contexte professionnel concret et sans consultation réelle du personnel et de ses syndicats. Ils contestent l’embauche de firmes coûteuses, comme la firme Proaction, alors que ces travaux devraient être réalisés par les cadres en place, en concertation indubitable avec le personnel.

Au lieu de cela, on impose de l’extérieur des méthodes qui ressemblent davantage au taylorisme du début du XXe siècle avec son minutage des actes.

Les travaux récents en sociologie des organisations montrent que l’on devrait plutôt s’inspirer des principes de la co-construction si on veut gérer le changement de façon humaine, efficace et stimulante. Qu’est-ce que la co-construction ? C’est un processus de partage des points de vue différents et un mécanisme d’apprentissage pour tous les acteurs où l’on découvre la logique de l’autre. C’est une méthode de recherche d’un accord entre des acteurs ayant des fonctions et des intérêts différents (voir, entre autres, Sociologie des organisations, Michel Foudriat, Éditions Pearson, 2011).

La co-construction passe par la délibération que le philosophe allemand Jürgen Habermas définit comme « une activité d’échanges rationnels d’arguments entre des acteurs recherchant une ligne d’action commune concernant un bien collectif, dans un contexte exempt de rapport de domination, et susceptible de ce fait de dégager un consensus à travers une intercompréhension mutuelle ».

Dans la co-construction, on prend davantage en compte la complexité systémique de l’organisation du travail. On recherche assidûment un point de vue compatible entre tous les acteurs, ou du moins, un point de vue non incompatible avec les intérêts spécifiques de chacun des acteurs. La réussite repose sur la capacité des acteurs à se découvrir un rôle inédit et à mettre à distance leurs préjugés. Au terme du processus, chacun des acteurs a alors vraiment envie de s’engager dans le changement.

L’approche de la co-construction peut également être utile et pertinente dans des enjeux reliés au développement économique et social local, aux politiques de l’environnement et du développement durable, aux politiques sociales et à la promotion de la démocratie délibérative (budget participatif).

Il est intéressant de penser que la co-construction que l’on promeut aujourd’hui a quelques accents de cette co-gestion que l’on mettait de l’avant dans les années 70, à défaut d’auto-gestion. Mais la co-construction a un petit air plus raffiné (la réflexion a été approfondie entretemps) : on n’arrête pas le progrès.

Jacques Fournier

Membre du collectif D’abord solidaires de Longueuil, l’auteur est organisateur communautaire retraité.

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