Édition du 22 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

La démission de Jacques Létourneau

Surprise !! Par un petit mardi, en pleine négociations du secteur public le président de la CSN annonce sa démission pour tenter de se faire élire à la mairie de Longueuil. Il n’y a pas bien des façons de qualifier ce geste : c’est un abandon de ses membres pour poursuivre des objectifs strictement personnels. Élu à la présidence de la CSN il y a à peine 3 mois, Jacques Létourneau quitte en pleine tempête, sans crier gare.

Nous n’avons jamais rien vu de tel dans le mouvement syndical. La seule comparaison qui nous vient à l’esprit c’est le capitaine du Costa Concordia qui a échoué son navire près des côtes de l’Italie et qui s’est sauvé dans une chaloupe alors que 32 passagers allaient mourir.

Il n’y a qu’une place pour le capitaine du Concordia c’est la prison et il n’y a qu’une place pour Jacques Létourneau : la poubelle de l’histoire.

Qu’on ne vienne surtout pas dire que c’est un droit individuel de choisir son destin. Son destin il l’a choisi librement en janvier 2021 lorsqu’il a posé sa candidature à la présidence de la CSN. Personne ne l’a forcé, il a d’ailleurs fait un beau discours pour assurer les 2000 délégué-es de son engagement profond envers les membres de la CSN.

Ce discours, cette élection, ça s’appelle un contrat moral et Létourneau l’a rompu en mille miettes ce contrat. Il n’a aucune légitimité pour poursuivre la négociation du secteur public avec le gouvernement.

Il vise la mairie, qui sait, les citoyen-nes de Longueuil auront peut-être la malchance de l’élire… Si c’est le cas il faut qu’elles et ils sachent que l’abandon du navire en pleine tempête n’est jamais loin.

Mais d’ici là, les 100,000 membres de la Fédération de la santé de la CSN, les 35,000 membres de la Fédération nationale des enseignant-es de CEGEP et d’université, les milliers de membres de la Fédération des employé-es des services publics, et de la Fédération des professionèles sont représenté-es par quelqu’un qui a fait le choix de les abandonner en pleine tempête.

On connait le scénario de la négo du secteur public

En 2010 les libéraux ont tout donné aux médecins, 42% d’augmentation sur 5 ans. Après, il n’y avait plus un sous pour les 450,000 syndiqué-es du secteur public.

En 2015, les libéraux se sont servis de l’équité salariale pour donner plus aux infirmières qu’aux 400 000 autres syndiqués du secteur public. Le fruit de la division s’est installé dans les rangs syndicaux et le mépris gouvernemental pour les petits salariés est devenu clair et limpide

Cette année la CAQ entend suivre la recette libérale. Et cette année, seuls les enseignant-es des niveaux primaires et secondaires pourront obtenir quelque chose de décent alors que les 400,000 autres syndiqués du secteur public, à commencer par les « anges gardiens » pourront se contenter de l’appauvrissement sur un autre 3 ans, comme on le leur a imposé depuis 2004.

Pour la CAQ, les petits salariés, les « anges gardiens » du réseau de la santé : les préposées aux bénéficiaires, à l’entretien ménager, à la buanderie, aux laboratoires, à la stérilisation, à la cuisine et toutes les classifications de secrétaires, d’agentes administratives, de commis, les électriciens, plombiers et autres métiers n’auront droit à aucune reconnaissance de leur valeur.

Dans un hôpital comme le CUSM où travaillent 12 000 personnes (en comptant l’administration et les médecins), ce « petit personnel » ce sont 4 500 personnes, soit plus du tiers de l’hôpital. Ces oublié-es ce sont surtout des femmes, sans qui il serait presqu’impossible combattre la COVID-19. Ces « anges gardiens » ont servi la population comme jamais en montant au front, tous les jours dans cette pandémie., ces anges gardiens ne recevront que des miettes et possiblement un décret pour toute considération.

Et dans ce contexte, le principal chef syndical des « anges gardiens » quitte le navire…

Jacques Létourneau quittera officiellement au mois de juin … Comment peut-il nous représenter et s’opposer à la déroute que la CAQ se prépare à imposer à ses membres ? Lui qui doit commencer dès maintenant à faire sa campagne pour la mairie, car, ne vous y trompez pas, cette campagne est commencée, l’élection est en novembre, il n’y a pas de campagne qui vaille en juillet et en août et ensuite, il ne reste que septembre et octobre, alors…

Il y a un proverbe qui dit « celui qui a deux maisons perd la raison » …. Ici, ce sont les membres de la CSN qui risquent de tout perdre.

Pour représenter qui au juste ?

Les élections municipales se préparent de longue date, les alliances se forgent longtemps d’avance. Déjà on apprend que tout ce que Longueuil compte de groupes sociaux, communautaires, progressistes et de gauche, soutiennent la campagne de Catherine Fournier, alors quelles sont les forces qui dans l’ombre ont sollicité une candidature alternative ?

Je souhaite que ce gâchis serve de thérapie de choc aux membres de la CSN pour éveiller nos consciences sur le sens de l’engagement envers la cause des travailleuses et des travailleurs.

Vivement un retour à une véritable engagement envers la classe ouvrière, vivement un syndicalisme de combat.

Jean-Pierre Daubois
Conseiller syndical
FSSS- CSN
Cet article représente l’opinion d’un syndicaliste qui a 44 ans d’engagement envers les travailleuses et les travailleurs.

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