Édition du 4 octobre 2022

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États-Unis

La perquisition du FBI à Mar-a-Lago, la demeure de D. Trump, déclenche une reprise de l’insurrection du six janvier (2021) à bas bruit

Une nouvelle vague d’attaques et de menaces contre le FBI démontre que les partisans.es de D. Trump n’ont aucun remords et continuent d’attaquer la démocratie

James Risen, The Intercept, 19 août 2022
Traduction, Alexandra Cyr

Les brutalités qui se sont produites depuis la perquisition du FBI à Mar-a-Lago, la demeure de Donald Trump, ont déclenché une reprise lente de l’insurrection du six janvier (2021).

Ceux et celles qui portent un culte à D. Trump ont, encore une fois, déclaré la guerre au gouvernement américain tout comme ce fut le cas le six janvier 2021 et sont à nouveau déterminées.es à renverser la règle de droit. C’est un autre avertissement de ce que le Parti républicain, partisan de D. Trump, est devenu : un outil violent, apocalyptique du culte de la personnalité. Le pays est avisé de ce qui se passera si D. Trump redevenait président une fois de plus.

Ricky Shiffer, qui est mort à 42 ans en soutenant D. Trump est le parfait symbole de la rage qui agite le Parti républicain dès qu’il s’agit de lui. R. Shiffer a tenté d’attaquer le FBI à Cincinnati le 11 août pour venger la perquisition autorisée par le tribunal. Il s’agissait de chercher des documents à Mar-a-Lago. Immédiatement après cette perquisition, le huit août, un message de R. Shiffer sur le média social Truth Social (appartenant à D.Trump. nd.t.) demande aux gens de : « se procurer tout ce dont vous pouvez avoir besoin pour être prêts.es au combat ».

Il a essayé de briser une barrière anti balles devant les bureaux du FBI en tirant avec son pistolet à clous et s’est enfui au milieu d’une bataille armée avec la police. Pendant sa fuite il semble avoir trouvé le temps de communiquer via les réseaux sociaux en y écrivant : « He ! Bien, je pensais pouvoir passer à travers ce mur de verre anti balles ; j’ai échoué. Si vous n’entendez plus parler de moi, (sachez que) c’est vrai que j’ai tenté d’attaquer le FBI et cela voudra dire que, soit qu’on m’a retiré d’internet, que le FBI m’a attrapé ou qu’ils ont envoyé les policiers pour me prendre ». Quelques heures plus tard, il a été tué par la police dans un champ de maïs.

R. Shiffer n’était qu’un parmi beaucoup partisans.es de D. Trump qui se sont engagé ces derniers jours, soit dans la violence, dans les menaces de violence contre le FBI, le Département de la justice et le juge fédéral qui a autorisé la perquisition du FBI la semaine dernière.

Adam Bies, de Mercer en Pennsylvanie, a été arrêté le 12 août. Il a publié sur les réseaux sociaux une série de menaces violentes contre le FBI. Ses textes, bourrés de haine, offrent une démonstration du danger auquel les menaces des disciples de D. Trump arrivent : «  Les moindres de ceux et celles qui travaillent pour le FBI, faisant n’importe quoi, depuis le directeur jusqu’au concierge qui nettoie les chiottes, méritent de mourir ». Sur la plateforme Gab, média social de droite, il écrit : «  Vous nous avez déclaré la guerre, nous ouvrons la CHASSE ! Vous entendez fédéraux ? Nous le peuple, ne pouvons attendre pour arroser l’arbre de la liberté avec votre sang ».

Au même moment, un groupe de partisans.es de D. Trump, lourdement armés.es, dont une partie avec des armes d’assaut, se tenait à l’extérieur des bureaux du FBI à Phoenix (Arizona) la fin de semaine dernière pour protester et intimider à la suite de la perquisition à Mar-a-Lago. Aussi, les menaces envers le juge qui a délivré le mandat de perquisition, sont devenues de plus en plus graves. Un partisan de D. Trump a publié sur les réseaux sociaux : «  Je le vois avec une corde autour du cou ». Les menaces contre le FBI, le département de la justice et le juge sont devenues si fréquentes et alarmantes partout au pays, que le FBI et le département de la sécurité intérieure ont publié conjointement un bulletin d’avertissements contre elles, le 12 août.

R. Shiffer, A. Bies et beaucoup d’autres ont vite répondu à l’appel à la violence lancé par D. Trump. Il a déclenché cette dernière vague de menaces le jour même de la perquisition en utilisant des mots spécifiquement destinés à l’inciter. Il prétendait que Mar-a-Lago était «  au moment même en état de siège, assailli et occupé ». C’était le même genre de discours violent, mélangé à un esprit victimaire qu’il a utilisé pour inciter la foule à envahir le Capitole durant l’insurrection du six janvier (2021).

Cette insurrection a été perpétrée par une foule de millier de partisans.es de D. Trump qui a attaqué le Capitole afin d’empêcher la certification, par le Congrès, des résultats de l’élection de J. Biden au poste de Président. Quand il a incité ses partisans.es manifestant près de la Maison blanche à marcher sur le Capitole, cette foule a vite dépassé les forces policières qui protégeaient l’édifice. Elle a réussi à interrompre la certification et presque à l’arrêter.

À ce jour, ces partisans.es n’ont aucun regret et aucune honte malgré l’arrestation de centaines d’entre eux et elles. L’investigation de la Chambre d’un de ces personnages de haut niveau dans l’organisation, a révélé la profondeur du danger porté ainsi à la démocratie. Le Département de la justice mène en ce moment une enquête criminelle par sur le six janvier et sur les efforts de D. Trump pour renverser l’élection.
Rien de tout cela n’importe aux personnes qui vouent un culte à l’ex Président. Elles en remettent.

Élargir les attaques

La perquisition à Mar-a-Lago n’est que la dernière excuse qu’elles ont utilisée pour élargir leurs attaques, avec les milices de droite du Parti républicain qui sont demeurées actives depuis l’insurrection du six janvier (2021). Elles se sont attaquées a une grande variété de cibles qu’elles considèrent leurs ennemis.es. Par exemple, le 11 juin dernier, deux jours seulement avant le début des audiences du Comité d’investigation du Congrès sur cette insurrection, la police de Cœur d’Alene en Idaho a arrêté un camion U-Haul et 31 membres du groupe de nationalistes blancs Patriot Front. Ils se rendaient à une manifestation où les organisateurs.trices avaient prévu déclencher une émeute.

Il devient de plus en plus évident que la montée de la violence et des menaces de violence dans la foulée de la perquisition à Mar-a-Lago, font partie d’une intensification constante et intentionnelle des partisans.es de D. TRump vers une guerre permanente contre la Démocratie américaine.

Mais, il faut dire que la haine des extrémistes de droite envers le gouvernement fédéral remonte à bien des années avant l’arrivée de D. Trump. Elle est devenue évidente il y a des décennies après l’attaque sanglante des agents du Bureau des alcools, tabac, armes à feu et explosifs à Waco au Texas en 1993 et aussi après le siège de Ruby Ridge en Idaho par le FBI et le Marshal Service en 1992. Le roman anti sémitique et racial « The Turner Diaries » publié il y a plus de 40 ans, leur sert encore de bible. Ce roman au contenu violent et dystopique, publié pour la première fois en 1978, raconte un bombardement du siège social du FBI et la pendaison des membres du Congrès. Les parallèles entre le complot décrit dans le roman, les événements bien réels du six janvier (2021), et la plupart des récentes menaces de violences contre le FBI sont furieusement proches. D. Trump a fait passer le niveau de mal d’une fiction perverse à une sinistre réalité.

R. Shiffer était un véritable soldat dans la guerre de D. Trump. Nous avons des preuves sur les médias sociaux qu’il était mêlé aux événements du six janvier (2021). Il apparaît dans une vidéo du ralliement en faveur de l’ex Président à Washington D.C. à la Plaza Black Lives Mater, non loin de la Maison blanche. Apparemment il a publié sur Twitter : « J’y étais » en réponse à une photo de l’insurrection montrant l’escalade des murs du Capitole.

Par ailleurs, A. Bies était un adversaire agressif de la vaccination. On peut voir que sa récente haine contre le FBI fait partie d’une haine plus large envers tout le gouvernement. Sur le site GAB, il écrit : « J’ai mis de côté ma carrière de 25 ans dans la programmation digitale et dans le marketing après avoir refusé d’être vacciné. Vous autres, salauds de Démocrates, je ne vous traiterai jamais avec respect. Je ne serai pas votre ami de tout le reste de ma vie. Je ne peux pas attendre pour vous voir, tous et toutes, stupides morceaux de merde, morts.es à cause des effets secondaires du vaccin ».

Au lieu de chercher une place de choix auprès de D. Trump et ses chemises brunes, les dirigeants.es du Parti républicain ont accumulé les menaces de violence. Leur réaction immédiate a été de suivre la direction de leur chef au cour des jours qui ont suivi la perquisition à Mar-a-Lago et de commencer à émettre des appels à la baisse du financement du FBI en disant qu’il n’est qu’une nouvelle Gestapo. Le sénateur de la Floride, Marco Rubio, a comparé la perquisition à des gestes dignes « des dictateurs marxistes du tiers monde ». D’autres Républicains.es ont déclaré être maintenant en guerre contre le gouvernement américain. Carl Paladino, candidat républicain pour un poste à la Chambre des représentants de New-York, a expliqué dans une entrevue à la radio de Breitbart News, (de droite opérée par S. Bannon. Ndt), que l’Attorney général, Merrick Garland, devrait « probablement être exécuté » a ajoutant immédiatement qu’il faisait des farces. Le leader de la minorité à la Chambre, Kevin McCarthy de Californie, a menacée d’une investigation le Département de la justice si les Républicains.es reprennent la majorité à la Chambre en expliquant que le Département est maintenant : «  dans un état intolérable de transformation de la politique en arme ».

Les Républicains.es ont aussi introduit une purge de tous les membres du Parti qui n’endossent pas D. Trump. Les postes les plus importants, qui ont de l’influence dans les États, ont été attribués à des personnages radicaux de droite qui réfutent encore les résultats de l’élection présidentielle de 2020. Cette purification du Parti s’étend à des groupes affiliés qui ont déjà tenté d’introduire de nouvelles idées dans le conservatisme ; ils ne sont plus que comparses pour D. Trump. Lors de la conférence du Conservative Political Action, à Dallas, une fausse cellule de prison a été installée sur la scène pour donner à savoir comment les Républicains.es concevaient les manifestants.es arrêtés.es après le six janvier (2021) : comme des martyrs. (Des journalistes présents.es à l’événement ont écrit qu’un groupe de droite dirigé par Brandon Straka était responsable de cette présentation et que c’était probablement B. Straka qui était à l’intérieur mais cela n’a pu être prouvé. Toutefois, il a été arrêté et accusé formellement pour son rôle dans l’insurrection. Plus tard il a collaboré avec le FBI).

D. Trump se comporte comme un chef mafieux en exploitant la violence, les menaces de violence en s’appuyant sur la grande adhésion du Parti Républicain à son programme. On dit qu’il aurait fait une tentative pour contacter l’Attorney général, M. Garland, pour amenuiser l’effet politique de la perquisition à son domicile. Mais il persiste à la qualifier de chasse aux sorcières. Cela fait partie des vieilles pratiques du personnage : prétendre qu’il est une victime, fulminer, divaguer et par la suite tenter de manipuler ses adversaires.

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