Édition du 24 janvier 2023

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Féminisme

La situation des parents-étudiants : Les femmes, la maternité et l’université : une histoire de sexisme

Les parents-étudiants composeraient de 15 à 25 % de la population étudiante de l’Université Laval et seraient jusqu’à 40 % dans certains domaines . Dans le réseau des universités du Québec, l’enquête ICOPE recensait 23% de parents parmi les nouveaux étudiants en 2006 . Malgré leur présence importante, aucun aménagement dans les règlements des études ne balise leur situation spécifique. Et c’est le cas pour la grande majorité des institutions d’enseignement postsecondaire ...

Tiré du journal de l’ASSÉ l’Ultimatum, mars 2013.

Concrètement...

Concrètement, cela veut dire que l’étudiante enceinte ne peut demander aucun congé de maternité. Elle doit se croiser les doigts pour accoucher en mai ou en juin afin qu’elle puisse être de retour aux études à temps plein à l’automne. Elle doit aussi espérer que sa grossesse se passe bien, qu’elle ne soit pas trop fatiguée ou nauséeuse pour réaliser l’étendue des lectures, travaux et exercices pratiques que demandent les études.

Le « problème du temps partiel »

Si cette étudiante choisit d’étudier à temps partiel à cause de symptômes de grossesse importants ou pour limiter le temps de séparation avec son nouveau-né (parce qu’elle allaite par exemple ou parce qu’elle ne peut pas compter sur une personne affectueuse de confiance pour s’occuper du bébé pendant les heures de cours ou par choix), elle est privée, comme si on la punissait, de tous les avantages du temps plein.

Les avantages du temps plein, ce sont des incitatifs qui servent à encourager les personnes à adopter un cheminement régulier à temps plein. C’est moins coûteux pour les universités et plus facile pour leur gestion. Cependant, ces avantages créent des classes privilégiées et des classes discriminées (c’est noir ou blanc, régulier ou irrégulier). En effet, pour plusieurs étudiant-e-s, étudier à temps plein de façon régulière est impossible. C’est pourquoi on les appelle des privilèges.

Une question de privilèges et de discrimination

Les privilèges du temps plein, c’est le droit de payer son transport en autobus à un coût modique, c’est l’accès à des résidences sur le campus, c’est l’accès à un local aux cycles supérieurs pour travailler et installer ses documents et outils de recherche, c’est l’admissibilité à des bourses de milliers de dollars qui non seulement améliorent la qualité de vie, mais paraissent très bien sur un CV pour obtenir un emploi ou bien de nouvelles bourses. C’est aussi l’admissibilité aux subventions études-travail et aux emplois sur le campus (auxiliaires de recherche ou d’enseignement) qui permettent de garnir un CV d’expériences reliées à notre domaine de formation. Bref, il s’agit bien de privilèges.

Pourquoi cette étudiante enceinte en serait-elle soudainement privée tandis qu’un-e autre étudiant-e en bénéficierait non pas en fonction de son excellence, de ses compétences ou de son expertise, mais simplement parce qu’il ou elle étudie à temps plein ?

On comprend bien ici que le « problème du temps partiel » que l’APETUL a souvent dénoncé, n’est pas un problème vécu par une minorité de parents : 72% des parents étudiants au premier cycle et 65% au second étudient à temps partiel contre 25% des autres étudiant-e-s au premier cycle et 35% au second .

Une question de sexisme : quand on considère qu’un problème n’en est pas un

De plus, ce problème est surtout féminin. Les statistiques le prouvent : environ 70% des parents étudiants sont des femmes . Les femmes portent, accouchent et s’occupent généralement des enfants en bas âge, par choix, par manque d’alternatives ou par conditionnement social dans le dernier cas, mais par obligation biologique dans les deux premiers. Nous avons donc affaire à du sexisme indirect : les femmes sont les bienvenues aux études supérieures... tant qu’elles ne font pas d’enfants ! De fait, on n’a pas prévu les accommoder !

Cela explique également pourquoi cette situation ne trouve pas rapidement de solutions : elle n’est pas perçue comme étant problématique ! C’est qu’en fait, les femmes ne devraient pas avoir des enfants pendant leurs études. Il est donc normal qu’elles soient discriminées si elles ne respectent pas cette règle simple et fondamentale ! Les femmes sont relativement nouvelles dans les universités . Et la maternité, malgré la prolongation de la durée des études universitaires, n’y est pas encore la bienvenue.

Regarder le problème du mauvais côté : préjugés et amertume

Pourquoi ? Parce que l’avancement des femmes est coincé entre le discours social et le discours d’anciennes féministes déçues. Les femmes sont victimes du message de la société qui leur dit « il faut choisir entre carrière et famille », message qui dit implicitement que la famille est le rôle naturel de la femme, puisqu’on s’attend à ce que celle-ci quitte sa carrière pour sa famille, et non l’inverse ! Elles sont également victimes des femmes déçues qui crient « You can’t have it all ! » en réponse à la deuxième vague de féministes qui a affirmé que nous pouvions TOUT avoir. Mais cesser de critiquer le discours social et mettre les problèmes actuels des femmes sur le dos de celles-ci, c’est prendre le problème du « mauvais bord » !

Regarder le problème du bon côté : besoin d’aménagements structurels

Du côté de l’APETUL, nous croyons que nous pourrons tout avoir dans un monde où il existera de nombreux choix en matière d’articulation travail-famille-études qui respecteront nos désirs, nos valeurs et nos convictions. Ces choix devront être rendus possibles par des aménagements : la mise en place de mesures pour éviter toute discrimination sur la base du « régime » d’études (temps plein ou temps partiel), la création d’un statut de parent étudiant et d’une politique familiale souple mais encadrante qui reconnaîtront enfin notre statut spécifique et nos besoins particuliers.

Annie-Pierre Bélanger

Auteure pour le journal Ultimatum de l’ASSÉ.

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