« C’est un message clair d’insatisfaction quant à la décision annoncée par l’employeur avant même d’avoir consulté son personnel. Le retrait d’une journée en télétravail est un choix idéologique qui va à l’encontre des données publiées par le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) lui-même dans son bilan de la politique-cadre. On va envoyer notre monde perdre du temps dans le transport sans réelle plus-value », juge Guillaume Bouvrette, président du SPGQ.
Élargissement aux organisations parapubliques
Et comme si ce n’était pas suffisant, le SCT a annoncé son intention d’imposer sa vision aux organisations parapubliques. « Le gouvernement crée des agences, les confie à des Top Guns et des conseils d’administration coûteux, supposément pour assurer une meilleure gestion, puis il passe par-dessus la tête de tout ce beau monde pour se mêler de la gestion des ressources humaines. C’est totalement absurde ! Le SCT fait de la microgestion », dénonce M. Bouvrette.
Pourtant, le bilan de la politique-cadre du SCT concluait que le télétravail hybride tel que vécu par le personnel de la fonction publique satisfaisait les hauts dirigeants. Il précise également que ce mode de travail comporte de nombreux avantages : diminution des dépenses, attractivité du milieu de travail, réduction de l’absentéisme en assurance-traitement, etc.
Arguments insensés
Le gouvernement n’a avancé aucune donnée probante pour expliquer son changement de cap. Dans lemémoire qu’il a remis au SCT, le SPGQ a donc fourni plusieurs faits pour alimenter sa réflexion.
Productivité : « selon les études les plus robustes publiées ces dernières années, un mode de travail hybride semble avoir un impact neutre (ou légèrement positif) sur la productivité », peut-on lire dans le bilan de la politique-cadre sur le télétravail du gouvernement. Le même document signale que « la majorité des gestionnaires estime que l’efficacité de leur équipe n’est pas influencée par le mode d’organisation du travail (58 %), alors qu’un peu plus du quart (27 %) considère que le télétravail améliore l’efficacité de leurs employés. » De plus, chez Revenu Québec, les indicateurs de performance montrent une amélioration soutenue des résultats au cours des dernières années, incluant les périodes où le télétravail et le mode hybride étaient largement implantés. L’absentéisme a aussi diminué au cours de la même période. « Pourquoi le SCT s’obstine-t-il à réparer quelque chose qui n’est pas brisé ? Pour faire plaisir aux chambres de commerces ? », questionne M. Bouvrette.
Fatigue numérique : le travail à l’écran se poursuit au bureau, rappelle le SPGQ dans son mémoire. De plus, le bilan du gouvernement ne fait mention de la fatigue numérique qu’à une seule reprise et il s’agit d’un commentaire des cadres qui relatent un temps trop court entre les réunions et une difficulté à se déconnecter. Cela ne semble pas un problème.
Absentéisme : la majorité des études suggèrent que le télétravail contribue à la réduction de l’absentéisme en augmentant la flexibilité au travail, selon un article scientifique rédigé par des universitaires québécois dans Frontiers in Public Health. « Les données du SCT lui-même ne montrent aucune augmentation jusqu’en 2023-2024. Ensuite, les chiffres sont indisponibles, mais s’il devait y avoir une hausse, elle serait plutôt attribuable à la surcharge qui découle du gel des embauches et des abolitions de postes », note M. Bouvrette.
La clé : la flexibilité
Dès 2022, les recherches menées auprès du personnel professionnel montrent que l’enjeu central est le degré de flexibilité et la valeur ajoutée du travail accompli dans les bureaux de l’employeur. « La réduction des espaces de travail, conjuguée à une présence trois jours par semaine, entraînera la perte de flexibilité, tout simplement parce qu’il va manquer de place certains jours. Ce manque de flexibilité était déjà au cœur des insatisfactions du personnel avant même la nouvelle mesure. Si une personne doit travailler à la rédaction d’un rapport, par exemple, n’est-elle pas mieux dans le calme chez elle que dans un espace partagé cacophonique ? Ne serait-il pas logique de se rendre au bureau pour des réunions d’équipe pertinentes ou faire du travail collaboratif, plutôt que pour faire des rencontres en visioconférence ? C’est le genre de réflexion que de nombreux gestionnaires ne font pas, à l’heure actuelle », constate M. Bouvrette.
Source
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
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