Édition du 22 juin 2021

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Europe

Marche pour le climat à Paris

« Le climat devient extrême, nous aussi »

Une grève mondiale pour le climat se tenait vendredi, à l’appel du mouvement de jeunesse Fridays for Future. Sa branche française, Youth for Climate, organisait une quarantaine de marches à travers le pays.

20 mars 2021 | tiré de mediapart.fr
https://www.mediapart.fr/journal/france/200321/paris-le-climat-devient-extreme-nous-aussi?onglet=full

« Nous sommes cette jeunesse qui se bat sur tous les fronts : antiraciste, antisexiste, pour la justice climatique et sociale, lance au micro une porte-parole de la Coordination lycéenne autonome de Paname (Clap) devant le Panthéon. C’est pourquoi ce matin nous avons bloqué les lycées Henri-IV et Louis-le-Grand, ces établissements scolaires pour riches, ceux-là même qui s’accaparent notre planète sous couvert de greenwashing. »

Dix mille lycéens, étudiants et jeunes précaires se sont donné rendez-vous, vendredi 19 mars, au cœur du Quartier latin dans le cadre d’une nouvelle mobilisation mondiale pour le climat organisée par Fridays for Future – les grèves scolaires contre le réchauffement climatique lancées par Greta Thunberg en 2018. La dernière grande marche datait de mars 2019.

© MC / Mediapart« Notre slogan pour cette manifestation ? “Climat de révolte’’. Le climat devient extrême, nous aussi, explique Lucie Legrand de Youth for Climate, la branche française du mouvement. L’idée de cette manifestation est de montrer le ras-le-bol des jeunes, que nous n’avons pas lâché le combat climatique malgré la pandémie. Un an après le Covid, rien n’a changé : les hôpitaux manquent toujours de lits et la question du climat est à l’abandon. »

Dans son appel à mobilisation, Youth for Climate rappelle que la loi « climat » actuellement en débat en commission parlementaire est un échec à la fois climatique et social. 80 % des mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat ont été rejetées ou amoindries.

« Nous sommes là pour rappeler nos engagements climatiques car les décisions prises par le gouvernement ne suffisent absolument pas », martèle Lucie Legrand.

Génération désenchantée

Quarante marches ont été organisées à travers la France. Plus d’une trentaine de collectifs et de syndicats sont signataires de cette grève pour le climat, à l’instar de l’Union nationale lycéenne (UNL). Son président, Mathieu Devlaminck, témoigne : « Le seul levier quand on est lycéen pour se faire entendre, c’est la rue. Le droit de vote à 16 ans n’a toujours pas été institué alors que nous serons les premiers concernés par les conséquences du réchauffement climatique. Il existe une vraie éco-anxiété dans la jeunesse, et la peur de l’avenir s’est accentuée avec les réformes Blanquer du baccalauréat et du lycée. »

Durant les prises de parole avant le départ de la manifestation, Collages féminicides Paris affiche à même le pavé parisien le slogan « Grève mondiale pour le futur ».
La colleuse, Anouk, 26 ans, affirme : « En tant que collectif intersectionnel, cela nous semblait important de participer à cette grève pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics face à l’urgence climatique car les plus précaires, c’est-à-dire les femmes, les minorités de genre, les personnes racisées ou en situation de handicap, sont en première ligne de cette crise. »

© MC / Mediapart

Sous le soleil de mars, les jeunes manifestants scandent le cri de ralliement devenu célèbre : « On est plus chauds que le climat ! » Avant qu’un militant de Youth for Climate s’époumone dans un mégaphone : « Et 1 et 2 et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ! »

Le cortège s’ébranle soudain direction place Vauban aux cris répétés d’« Anticapitalistes ! ». Sur la large banderole de tête, on peut lire : « Génération sans avenir ».

« Notre avenir est en train d’être scellé par le gouvernement, à travers sa loi “climat’’ mais aussi son soutien aux entreprises pollueuses du CAC 40, telles que Total, qui finance des établissements universitaires comme Sciences Po Paris, indique Majdi Chaarana, trésorier de l’Union nationale des étudiants de France (Unef). Nous avons déjà participé aux précédentes marches, conscients que l’action collective et anticapitaliste était nécessaire face à la crise climatique. Nous ne voulons pas être la génération sacrifiée. »

Le climat, un creuset de luttes

© MC / MediapartSi les slogans déclamés et l’impressionnante forêt d’écriteaux faits main constellant la manifestation rivalisent de créativité, ils démontrent avant tout comment la jeunesse articule la crise climatique avec les questions de précarité, de féminisme et d’antiracisme. « La justice climatique est synonyme d’un changement social radical et donc d’une transformation en profondeur de notre société patriarcale et raciste », affirme Lucie Legrand.

Devant les imposants bâtiments du Crous – Centre régional des œuvres universitaires et scolaires –, le défilé bigarré s’arrête quelques instants, encadré par un dispositif policier d’envergure. De nombreux messages sur les pancartes de fortune brandies par les étudiants font part de leurs conditions de vie, tels que « Manger ou étudier, telle est la question ».

Membre du collectif Université Ouverte, Gilles Martinet avance : « L’inaction climatique du gouvernement est à mettre en lien direct avec l’ensemble de leurs politiques néolibérales et autoritaires, notamment avec la destruction des services publics et des solidarités existantes. Dans l’enseignement supérieur, ce sont Parcoursup ou encore la loi de programmation de la recherche qui précarisent directement les étudiants comme les travailleurs de l’université. »
© MC / Mediapart« Comment avoir un avenir face à la crise climatique si on ne nous donne pas la possibilité d’étudier dans des conditions matérielles décentes ?, abonde Lucie Legrand. Accepter que la jeunesse ne puisse entrevoir un autre futur, c’est continuer à favoriser une élite qui ne fera que reproduire le système de domination actuel. »

Vers la fin de la manifestation, une fanfare entame On est là !, chant popularisé en 2018 lors du mouvement des gilets jaunes. Dès lors, la joyeuse foule reprend en chœur ses paroles qui clament : « Même si Macron le veut pas, nous on est là ! » Dans l’euphorie, certains jettent en l’air leur frêles pancartes, vite piétinées par le reste du cortège.

Dans son appel, Youth for Climate a prévenu : « Il ne s’agit là que de l’un des premiers rendez-vous pour sortir de notre solitude et de notre désarroi. »

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