Édition du 27 septembre 2022

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Asie/Proche-Orient

Le pétrole brut à l'origine du conflit syrien

Les puissances occidentales, le Qatar et l’Arabie saoudite cherchent à intervenir en Syrie pour des raisons géopolitiques liées à l’accès au pétrole et au gaz, et leur engagement n’a rien à voir avec les armes chimiques ou la démocratie.

Traduit de l’anglais par Wided Ben Driss

Tiré de : Kapitalis (Tunisie), jeudi 14 novembre 2013

Un ronronnement au-dessus des têtes s’entend déjà et l’odeur d’un drame commence à se sentir. Le secrétaire d’État américain, John Kerry a annoncé que les États arabes ont la volonté de financer une éventuelle opération militaire américaine en Syrie. Mais pourquoi les pays du Golfe tiennent-ils à aller en maraude en payant l’invasion de la Syrie ? Évidemment pour le gaz et le pétrole !

Un pays au cœur du réseau de transport de gaz vers l’Europe

En fait, la Syrie est loin d’être un grand producteur de pétrole et de gaz avec ses champs en déplétion et ses réserves de l’ordre de 400 millions de m3 (janvier 2010). Donc tout ce tapage n’est guère au sujet de réserves d’hydrocarbures dans le territoire syrien mais à cause de sa situation stratégique vis-à-vis du réseau de gazoduc assurant le transit de l’énergie à l’Europe.

L’histoire commence avec Qatar qui a dépensé des milliards de dollars à soutenir les factions rebelles en Syrie évidemment pas sans raison. Il est vrai que l’instabilité fait augmenter le prix fort du pétrole mais le plus important c’est que le Qatar possède le plus grand champ de gaz et est le plus grand exportateur du gaz liquide au monde. De ce fait, Qatar cherche à construire un pipeline souterrain pour conduire le gaz naturel de ses champs vers la Turquie, puis l’Europe, et ce via l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Méditerranée. La Turquie est aussi en faveur de ce pipeline islamique rendant le pays une pièce clé dans les affaires lucratives du transit du pétrole.

Reste que le régime Assad ne s’est pas montré intéressé par ce projet de pipeline qui exclue la Russie du jeu. La Syrie a proposé, en contrepartie, depuis 2010, la construction d’un pipeline de 3.450 Miles afin de transporter le pétrole d’Iran à l’Europe via l’Iraq et la Syrie, projet fort bénéfique à l’Iran et qui laissera la Turquie et le Qatar sur la touche. Mais n’oublions pas que la Turquie et le Qatar sont des alliés aux États-Unis et que leurs intérêts sont les mêmes.

L’axe Damas-Moscou-Téhéran fausse les calculs des Européens

En plus, le projet du pipeline de gaz naturel Nabucco, qui devrait transporter de la Turquie à l’Autriche le gaz venant d’Azerbaïdjan, du Turkménistan, du Kazakhstan, d’Ouzbékistan, d’Iran, d’Iraq et d’Égypte, a été retardé depuis plus d’une décennie. Si le régime d’Assad tombe, la Turquie pourrait dévier le pipeline Nabucco et le faire passer par la Syrie au profit de son allié qatari.

Ceci explique l’acharnement contre le régime Assad, mais il reste à expliquer le rôle de l’Arabie Saoudite. En effet ce pays ne cache pas son soutien aux rebelles en Syrie, mais il s’est chargé surtout de faire pression sur la Russie pour qu’elle lâche Assad, et ce en lui proposant d’importantes transactions d’armes et en lui promettant de ne jamais signer d’accord pouvant entraver ou mettre en danger les exportations du gaz russe.

L’enjeu est important, sans tenir compte des bonnes relations russo-syriennes et les nombreux intérêts économiques et géopolitiques communs (base navale, port...).

Sécuriser les marchés de gaz naturel

En plus, la Russie est le plus grand exploitant de gaz naturel dans le monde et l’un des exportateurs majeurs du gaz. Le régime Assad aide la Russie en bloquant le passage du gaz du Golfe persique à l’Europe et en favorisant le monopole de Gazprom, qui fournit le quart de la consommation d’Europe en gaz naturel. C’est l’une des raisons qui a permis à la Russie de faire du chantage à l’Europe en 2009 en coupant l’approvisionnement de gaz durant quelques jours. Depuis, l’Europe cherche à sécuriser d’autres marchés de gaz naturel, en vain, car jusqu’à présent la Russie est encore son plus grand fournisseur. Le pipeline traversant l’Iran, l’Iraq et la Syrie aurait donc été une opportunité mais cela n’est pas du goût des États-Unis. En fait, les États-Unis s’opposent à ce que l’Iran profite de ce pipeline et ne veut pas intervenir directement en Syrie pour ne pas causer de perte directe à la Russie.

Par ailleurs, le soutien de l’Iran au régime syrien est crucial, eu égard les solides relations historiques des deux pays alliés.

Récemment, la France s’est montrée moins intransigeantes vis-à-vis de l’Iran, qui veut participer au dialogue sur l’avenir de la Syrie, mais elle a eu les États-Unis sur le dos.

Remplacer le régime Syrien laïc par un régime islamiste gouverné par des groupes affiliés à Al-Qaïda aura des répercussions dangereuses sur le monde entier mais les puissances occidentales sont aveuglées par leurs intérêts.

Encore une fois, les intérêts liés à l’énergie et au pétrole, bien qu’invisibles au regard du public, s’imposent et dictent les règles des engagements militaires. En fin de compte, les puissances occidentales cherchent à intervenir en Syrie seulement pour des raisons géopolitiques et cela n’a rien à voir avec les armes chimiques ou la démocratie !

Steve Austin

Animateur du site ’’Oil-Price.net’’

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