Depuis sa fondation, le PQ vit avec ce nœud gordien : L’indépendance du Québec est elle une fin en soi, un horizon indépassable, une promesse presque mystique ? Ou bien est elle un levier, un moyen d’agréger des forces et de conquérir le pouvoir ? La question n’est pas théorique. Elle structure tout. Elle décide du ton, du calendrier, de la ferveur ou du calcul.
Pour justifier ce changement de cap, le chef invoque l’inquiétude ambiante. Le monde tremble depuis le retour fracassant de Donald Trump à l’avant scène. Les marchés tanguent. Les alliances se fissurent. Les certitudes s’effritent. Bref, le chef n’est plus sûr de plonger le Québec dans l’inconnu.
L’argument a de l’allure. Il respire la responsabilité. Mais il a aussi quelque chose de commode. Parce que les inquiétudes n’ont pas attendu Trump pour s’installer. Crises financières, pandémies, guerres commerciales, urgences climatiques. Le monde moderne n’a jamais été un lac tranquille. Pourquoi alors cette soudaine retenue ?
À mon sens, la réponse se trouve moins à Washington qu’à Québec.
Le chef de la CAQ a annoncé son départ. François Legault sait comme tout chef lucide que certains partis tiennent ou ne tiennent pas d’abord par la force ou la faiblesse de leur figure centrale. Avec lui, la CAQ risque de s’évaporer comme un parti circonstanciel ayant accompli sa mission. On a vu ailleurs des formations s’effondrer dès que le chef quittait la scène.
Même scénario du côté fédéral. Justin Trudeau a lui aussi compris que l’usure du pouvoir finit par devenir un handicap plus qu’un atout.
Dans ce contexte, un plan audacieux pour ne pas dire malicieux a été dessiné par les stratèges de la CAQ. Reproduire le scénario Mark Carney. Une personnalité issue du monde des affaires et de la finance. Une figure rassurante pour les marchés. Un visage neuf en politique. Une compétence technocratique qui promet stabilité et sérieux. Et pourquoi pas une femme ?
Et c’est ici qu’entre en scène Christine Fréchette. Femme d’affaires, profil économique affirmé, droite libérale assumée. Une sorte de Carney au féminin, version québécoise. Son passé politique est vierge. Elle n’est associée à aucune querelle partisane, à aucun vieux dossier embarrassant, contrairement à Drainville, son adversaire. Elle peut parler croissance sans être soupçonnée de dogmatisme. Elle peut séduire les milieux économiques sans effrayer l’électeur moyen.
Ajoutons à cela une position ouverte sur l’immigration, notamment la volonté de rétablir le programme PEQ. Voilà une promesse susceptible de rallier une partie importante des nouveaux arrivants, souvent sensibles aux signaux d’inclusion économique et sociale.
En somme, une libérale sans l’étiquette du Parti libéral du Québec. Et donc sans le poids d’une image ternie par les scandales du passé. Stratégiquement, l’idée est redoutable.
Si une telle candidature émergeait à la tête de la CAQ, le paysage serait bouleversé. Un gouvernement minoritaire deviendrait plausible, qu’il soit caquiste ou péquiste. Et dans un contexte minoritaire, la promesse d’un référendum s’évanouit automatiquement. Les compromis remplacent les élans. Les budgets priment sur les rêves nationaux. La stabilité parlementaire devient la priorité.
Les stratèges du PQ ne sont pas naïfs. Ils savent qu’un électorat inquiet pourrait se tourner vers une figure économique rassurante plutôt que vers l’aventure référendaire. Ils savent aussi que l’opinion publique fluctue vite lorsque surgit une personnalité perçue comme compétente et neuve.
Dès lors, la déclaration du chef péquiste prend un autre relief. Il ne s’agirait pas seulement de tenir compte des turbulences mondiales. Il s’agirait surtout de désamorcer un déplacement possible de l’électorat vers une CAQ renouvelée et incarnée par une figure forte. En atténuant l’urgence référendaire, il cherche à rassurer, à élargir sa base, à neutraliser la peur d’un saut dans le vide. Surtout, il cherche à couper l’herbe sous les pieds d’une CAQ renouvelée, prête pour un troisième mandat.
Ironie de l’histoire. Le parti fondé pour faire l’indépendance se retrouve encore une fois à moduler son ardeur pour préserver ses chances électorales. Le référendum devient variable d’ajustement stratégique. La finalité se fait discrète pour ne pas compromettre le moyen.
Alors me voilà déçu, je dois l’admettre. Je m’étais même surpris à me demander si l’occasion n’exigerait pas un complet bleu républicain ou quelque chose de plus audacieux, une djellaba, un tarbouche et une babouche, juste pour être à la hauteur de l’Histoire. Je m’imaginais pendant quelques secondes, le regard légèrement embué, avant de glisser fièrement mon bulletin OUI comme on signe un autographe à la postérité. Je pensais à Miron, à Godin, à Lévesque, à Parizeau et à Falardeau. C’est aussi pour honorer leur mémoire que j’allais voter OUI.
Bref, j’avais presque répété la scène devant le miroir. Il faudra sans doute encore attendre avant de sortir le costume du grand jour, celui de la naissance d’un nouveau pays.
En attendant, mon attention se tourne vers un ancien. Un pays qui, pendant presque toute son histoire, a réussi à n’être occupé par aucune puissance étrangère. Aujourd’hui l’Orient et l’Occident en ont fait leur champ de bataille. L’Iran. Toute la question mériterait une autre analyse. Un autre texte.
Souverain ou pas, le sort du Québec et du monde ne dépend-t-il pas, en fin de compte, du sort de l’Iran ?
Mohamed Lotfi
25 Février 2026
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :









Un message, un commentaire ?