Édition du 2 décembre 2025

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Canada

Le système d'immigration canadien est perdu dans les broussailles

Les changements réactionnaires apportés à l’immigration ces dernières années ont brouillé et affaibli un système autrefois populaire.

L’ancien premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau a annoncé le multiculturalisme comme politique officielle du gouvernement le 8 octobre 1971, cette annonce ayant contribué à encourager l’immigration en provenance de pays non européens.

https://rabble.ca/politics/canadian-politics/canadas-immigration-system-is-lost-in-the-bushes/

4 novembre 2025

Depuis lors, nous avons assisté à de nombreux changements et améliorations dans la politique d’immigration canadienne, tels que l’introduction d’un système à points pour sélectionner les immigrant·es en fonction de leurs compétences et de leur niveau d’éducation et la codification d’objectifs humanitaires comme l’établissement des réfugié·es. Les changements récents apportés au cours des dernières années ont créé une certaine confusion et incertitude dans le système d’immigration. Après avoir constaté les déceptions de ces dernières années, dues à une perte d’opportunités, nous devons fixer des objectifs à long terme afin d’atteindre avec succès les objectifs nationaux de développement.

Le 24 octobre 2024, Marc Miller, ancien ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a annoncé le plan des niveaux d’immigration 2025-2027. En raison de la situation du logement, de l’accessibilité financière et du marché du travail, le gouvernement fédéral a pris cette mesure afin de réduire le quota annuel de résident·es permanent·es de 485 000 à 396 000 et la population de résident·es temporaires de 2,96 millions à 2,52 millions en 2025. Près de 1 262 800 résident·es temporaires devront quitter le pays l’année prochaine pour maintenir ce niveau.

Ces changements ont été annoncés dans le but d’attirer les meilleur·es et les plus brillant·es, avec des objectifs économiques à long terme, ce qui aurait un effet positif sur l’économie et la croissance.

Dans un sondage réalisé en 2023 par l’Environics Institute, basé à Toronto, 44 % des Canadien·nes estimaient que l’immigration au Canada était trop importante, contre 27 % l’année précédente. Et aujourd’hui, pour la première fois en plus d’un quart de siècle, une nette majorité de Canadien·nes ont exprimé leur mécontentement face à l’augmentation du nombre d’immigrant·es. Ce n’est pas la faute de celleux qui viennent ici pour chercher de meilleures opportunités, c’est notre incapacité à répondre aux attentes de l’État et des immigrant·es potentiel·les qui serait en cause.

Lors d’une récente discussion au sommet politique Canada 2020 Future Forward à Ottawa, le 23 septembre 2025, deux anciens ministres de l’Immigration, Marc Miller et Jason Kenney, l’un libéral, l’autre conservateur, se sont accordés sur les lacunes du système d’immigration canadien. Les deux anciens ministres ont déclaré que le Canada devait maintenir l’immigration au cœur de sa stratégie économique. Mais ils ont également tous deux déclaré que le Canada devait prendre des mesures importantes pour réformer le système avant que la confiance du public ne s’effrite davantage.

Le gouvernement souhaitait accueillir des étudiantes et étudiants étrangers dans les universités canadiennes afin de les aider à obtenir une meilleure éducation et d’aider ces établissements à gagner des millions de dollars chaque année. Mais un rapport publié en novembre 2024 indique que plus de 10 000 lettres d’acceptation d’étudiant·es étrangers provenant de collèges et d’universités canadiennes ont été signalées comme potentiellement frauduleuses par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, a déclaré à l’époque que le premier ministre Justin Trudeau et son ancien ministre de l’Immigration, Sean Fraser, avaient créé le problème en délivrant un million de visas étudiants sans se soucier des conséquences que cela aurait pour le pays.

De plus, ils ont fermé les yeux sur les fraudes et les abus manifestes commis dans le cadre du Programme des étudiants étrangers. Plus tard, ils ont écrit au Collège des consultants en immigration et en citoyenneté, l’organisme qui délivre les licences aux consultant·es qui auraient attiré bon nombre de ces étudiants étrangers, pour leur demander de régler le problème.

Le gouvernement doit reconnaître son échec dans la gestion d’un système d’immigration efficace.

Selon un rapport publié par Emploi et Développement social Canada, le programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) a connu une forte augmentation de la demande en raison de la conjoncture économique post-pandémique, des faibles taux de chômage et des taux de vacance d’emploi record en 2022. Pour remédier à ces pénuries de main-d’œuvre, le programme a adopté une série de changements politiques. Mais en mars 2024, Randy Boissonnault, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, a annoncé que certaines mesures temporaires prévues dans la feuille de route du programme des TET ne seraient pas renouvelées et que le gouvernement renverrait 1,2 million de travailleuse et travailleurs temporaires dans leur pays.

L’évolution des voies d’immigration, les défis économiques et la mauvaise planification sont à l’origine de cette situation.

Un récent rapport de Statistique Canada, cité dans le Toronto Star, révèle que les immigrant·es qualifié·es quittent le Canada en nombre record, près de 48 % d’entre elleux le faisant dans les sept ans suivant leur arrivée. Les plaintes les plus courantes concernent les bas salaires, le coût élevé de la vie et le logement inabordable. Nos meilleur·es diplômé·es universitaires sont attiré·es par les États-Unis. Pourquoi investissons-nous dans l’accueil d’immigrantes et d"immigrants talentueux, dans leur éducation et leur formation, pour finalement les perdre au profit des États-Unis ?

Je pose ces questions depuis 26 ans, depuis que je suis arrivé dans ce pays d’opportunités avec une maîtrise en chimie et que j’ai commencé à travailler dans une station-service. Malheureusement, je n’ai pas vu beaucoup de changements pour les immigrant·es ordinaires.

La grande question demeure : quels sont les buts et les objectifs de nos politiques d’immigration sans cesse révisées ? Pouvons-nous espérer des changements significatifs alors que notre gouvernement fédéral fonctionne de manière ponctuelle ?

Les solutions provisoires ne fonctionneront pas ici. Nous avons besoin d’une nouvelle politique d’immigration stable, fondée sur les besoins réels du Canada. Elle devrait également garantir l’intégrité du système d’immigration afin de pouvoir corriger les irrégularités actuelles.

Dans son article de recherche récemment publié, Lisa Brunner, de l’Université de Colombie-Britannique, recommande :

§ De rendre les voies d’immigration pour les étudiant·es claires et prévisibles.

§ D’investir dans le secteur public afin de réduire la dépendance des établissements envers les frais de scolarité internationaux.

§ De mettre en place des services d’établissement universellement accessibles avec une responsabilité partagée.

§ De renforcer la réglementation et la transparence dans les pratiques de recrutement.

En rééquilibrant le paysage politique vers la durabilité et la responsabilité éthique, le Canada peut également mieux soutenir les étudiantes et les étudiants étrangers tout en protégeant sa réputation mondiale et sa résilience économique, a-t-elle ajouté.

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