Édition du 16 juin 2020

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Québec

Legault avoue : « On était mal préparés ». De combien de décès cette mauvaise préparation est-elle responsable ?

Dans son point de presse du lundi 11 mai, le premier ministre François Legault a reconnu que le Québec était mal préparé à faire face à la COVID-19 et il a avoué la part de responsabilité de son gouvernement dans cette mauvaise préparation.
Fort bien ! Mais était-ce inévitable ? Aurait-on pu faire mieux ?

2020/05/12 | tiré de l’Aut’journal
http://lautjournal.info/20200512/legault-avoue-etait-mal-prepares-de-combien-de-deces-cette-mauvaise-preparation-est-elle

Bien entendu, la responsabilité gouvernementale doit être partagée avec les gouvernements antérieurs, tant à Ottawa et à Québec, qui ont liquidé, pour des raisons d’« économies », les importants stocks de matériel de protection entreposés après le SRAS.

Mais le gouvernement Legault pouvait-il ignorer que les résidences pour aînés seraient durement touchées ? Pouvait-on ignorer ce qui se passait en Italie et en France ? Plus significativement encore, pourquoi n’a-t-on pas adopté les mesures prises par la Colombie-Britannique pour faire face au coronavirus ?
 
L’exemple de la Colombie-Britannique

Dans cette province, dès le début du mois de mars, la responsable de la santé publique, la Dre Bonnie Henry a tout de suite réalisé, en analysant ce qui se passait à Seattle dans l’État voisin de Washington, que le champ de bataille serait les « long term care facilities », c’est-à-dire l’équivalent de nos CHSLD.

Elle a aussitôt compris qu’elle devait revoir tous ses protocoles. Elle a nationalisé le fonctionnement de toutes les résidences privées. Elle a uniformisé les conditions de travail de tous les employés. Tous les temps partiels sont passés à temps plein. Les conditions de travail ont été resserrées partout. Les employés du réseau ne pouvaient plus se promener d’un centre à l’autre. Ceux qui s’occupaient des patients infectés ne pouvaient interagir avec ceux qui ne l’étaient pas. L’équipement de protection nécessaire a été rendu disponible.

Au même moment, soit le 9 mars, le Dr Arruda présentait au premier ministre François Legault et à la ministre de la Santé Danielle McCann son plan pour éviter « une situation à l’italienne », selon le reportage d’Alec Castonguay dans L’Actualité.

En quoi consistait l’essentiel de ce plan ? À transférer des patients dans les CHSLD pour libérer des lits dans les hôpitaux ! Et, selon la journaliste Martine Biron de Radio-Canada, dans ce plan du ministère de la Santé, aucun des 11 comités mis en place par le Dr Arruda et la ministre McCann ne concernait les CHSLD ? Aucun !
Personne dans tout ce mégaministère et dans la structure de la santé publique ne s’intéressait aux CHSLD et à l’expérience de la Colombie-Britannique !
 
Qu’est-ce qui empêchait Legault d’agir ?

Une nouvelle fois, dans son point de presse du 11 mai, le premier ministre Legault a attribué une partie des problèmes aux bas salaires des préposés aux bénéficiaires et à la présence des agences qui déplaçaient – et déplacent toujours ! – les membres de leur personnel d’un établissement à l’autre.

Mais qu’est-ce qui l’empêchait de décréter, dès le départ, l’augmentation de salaire qu’il vient de leur accorder ? Cela aurait sans doute attiré et retenu du personnel avant que la situation ne dégénère.

Qu’est-ce qui l’empêchait de nationaliser les résidences privées ? Qu’est-ce qui l’empêchait d’uniformiser les conditions de travail de tous les employés ? De faire passer tous les temps partiels à du temps plein ? À resserrer les conditions de travail partout ?

Qu’est-ce qui l’empêchait, dès le début mars, d’interdire aux employés du réseau de se promener d’un centre à l’autre ? De faire en sorte que ceux qui s’occupaient des patients infectés ne puissent interagir avec ceux qui ne l’étaient pas ? De rendre disponible l’équipement de protection nécessaire au personnel des CHSLD ?
Legault refuse même d’interdire, par décret, aux agences de doubler le prix qu’elles facturent au gouvernement pour leurs services, malgré des promesses contraires. Coudonc, est-ce parce que leurs propriétaires contribuent à la caisse électorale de la CAQ ?
 
Et le bilan est…

Bien évidemment, les « meneuses de claque » du trio Arruda-Legault-McCann vont nous accuser de jouer au « gérant d’estrade ». Ce serait le cas s’il n’y avait pas eu l’expérience de la Colombie-Britannique. Pourquoi la Dre Bonnie Henry a-t-elle pu, dès le début du mois de mars, tirer des conclusions aussi pertinentes de l’expérience très limitée de Seattle, alors que le Dr Arruda, le nez collé sur l’Italie et la France, ne s’est pas aperçu que les résidences pour aînés seraient le plus durement touchées ?
Au fait, le nombre de décès dans les résidences pour aînés de la Colombie-Britannique s’élève à 72, alors qu’il dépasse les 2 700 résidents au Québec, dont plusieurs sont morts dans leurs excréments, affamés et assoiffés.

Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est parce que l’oncompte tous nos morts et qu’on a plus de personnes âgées en résidences au Québec qu’ailleurs.

À la place du Dr Arruda, j’aurais une petite gêne à parader pour les médias, habillé comme une carte de mode, dans Montréal-Nord, comme il l’a fait, vendredi dernier, en faisant la promotion du port du « cache-visage » (face cover), dont il a toujours jusqu’ici nié l’importance. Mais c’est une autre histoire. Nous y reviendrons. En attendant, vous pouvez consulter l’entrevue réalisée par l’ex-journaliste de La Presse André Noël sur le site de Ricochet, avec Isabelle Larrivée, une des initiatrices d’un mouvement dont le but est de faire pression sur le gouvernement québécois pour qu’il rende le port du masque obligatoire, comme l’ont fait plusieurs pays, provinces, villes et États américains.
 
Ottawa à l’affût

Enfin, avant que le gouvernement Trudeau perde patience et passe aux actes, en ayant recours à la Loi sur les mesures d’urgence – une version « soft » de la Loi des mesures de guerre (cf La pandémie et la constitution canadienne d’André Binette) – il est plus que temps que s’opère un changement radical dans la conduite de la guerre contre le coronavirus, comme nous l’appelions déjà, le 22 avril, dans notre article Vivement un Churchill québécois !

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