Mouvement Onésime-Tremblay
En conférence de presse, l’association des retraités syndiqués d’Alcan Rio Tinto, Mères au front Saguenay, Climat Québec, Québec Solidaire et l’ancien député du Bloc Robert Bouchard ont appuyé la démarche du Mouvement Onésime-Tremblay. Voici le contenu de la lettre à la ministre.
Saguenay le premier janvier 2026
Mme Christine Fréchette
Ministre de l’économie, de l’innovation et de l’énergie
Assemblée Nationale du Québec
Hôtel du Parlement
1045, rue des Parlementaires
Québec, (Québec) G1A 1A3
ministre@economie.gouv.qc.ca
Sujet : Bail de la Péribonka et non-respect des engagements. Le Mouvement
Onésime-Tremblay demande au gouvernement d’appliquer la clause qui lui
permet de prendre possession des barrages et de leurs installations.
Madame la ministre,
La présente est pour attirer votre attention sur le non-respect connu, reconnu et
aujourd’hui banalisé des engagements de Rio Tinto envers le gouvernement du
Québec et la population du Québec.
En 1984, le gouvernement du Québec et Alcan renouvelaient le bail de la rivière
Péribonka pour les 50 années suivantes, avec une option de renouvellement
supplémentaire de 25 ans soit de 2033 à 2058. En retour du droit d’exploiter ses
trois barrages sur ladite rivière, Alcan s’engageait en contrepartie à construire
trois usines de classe mondiale (400 000 tonnes métriques). En vertu des
clauses du bail, le non-respect des engagements par Alcan entraînait
l’annulation de l’entente supplémentaire, ainsi que la prise de possession par le
gouvernement des barrages ainsi que de toutes les installations permettant leur
exploitation.
À l’époque, la signature de ce bail s’inscrivait dans un contexte de fermeture des
vieilles usines d’Alcan et donc, de pertes d’emploi. Cette question des emplois a
une forte résonance au Saguenay Lac Saint-Jean puisqu’au début des années
60, les barrages d’Alcan avait été dispensés de nationalisation parce que la
multinationale créait un grand nombre d’emplois bien rémunérés. C’est ce qu’on
appelle dans notre région le « pacte social » : privilèges en retour d’emplois.
C’est dans l’esprit de ce pacte que le renouvellement du bail de Péribonka en
1984 comprenait des engagements contraignants pour Alcan.
Que s’est-il passé depuis la signature de ce bail ? En 2006, deux usines avaient
été construites (Alma et Laterrière) mais il en manquait une. Le gouvernement et
Alcan ont alors signé une entente dite « de continuité » qui donnait jusqu’en
2015 à la multinationale pour respecter ses engagements. En 2015, on a ajouté
cinq ans à ce délai et en 2020, rebelote avec un autre cinq ans fixant l’échéance
au 31 décembre 2025.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Rio Tinto, qui entre-temps a fait l’acquisition
d’Alcan en 2007, a entrepris la construction de la deuxième phase de son usine
d’Arvida qui portera la production à 220 000 tonnes métriques soit la moitié de
son engagement. Si on en croit une entrevue donnée à La Presse en novembre
par le président de Rio Tinto Aluminium Jérôme Pécresse, la construction de la
deuxième moitié de l’usine n’est même pas dans les cartons. On ne saurait être
plus clair, non seulement ils n’ont pas respecté leur engagement mais ils n’ont
pas l’intention de le faire et ce, malgré les multiples délais. Sur le front des
emplois, il faut parler d’hécatombe puisqu’on en sera bientôt aux environs de
3 000 comparativement à 12 000 au début des années ‘80. Qu’est-ce qu’attend
votre gouvernement pour mettre son pied à terre et imposer le respect des
clauses du bail de Péribonka ?
En juin dernier, deux anciens cadres d’Alcan (Jacques Dubuc et Myriam Potvin)
lançaient un cri d’alarme en publiant un livre (L’exploitation de notre eau, édition
Somme Toute). Dans ce livre, les auteurs étaient catégoriques : « Les
engagements de Rio Tinto pris dans l’entente de 2006 sont toujours valides. Le
dernier délai pour réaliser cet engagement aurait dû être le 31 décembre 2025.
Son non-respect devrait avoir pour conséquence de libérer le gouvernement de
ses propres engagements dans l’entente de 2006, comme précisé dans le
renouvellement du bail de la rivière Péribonka. Le levier du bail de location des
forces hydrauliques de la rivière Péribonka et des conditions qui s’y rattachent se
trouve toujours entre les mains du gouvernement du Québec » (p. 61).
Compte tenu que RTA n’a pas respecté ses engagements, le Mouvement
Onésime-Tremblay interpelle donc le gouvernement afin qu’il signifie à Rio Tinto
que l’entente supplémentaire de 25 ans est annulée et qu’il entend, en 2033,
reprendre possession des trois barrages de la Péribonka ainsi que les
installations les accompagnant. Ne rien faire signifierait, qu’on accepte
l’inacceptable, soit de prolonger indûment une entente avec une compagnie qui a
refusé de respecter ses engagements, malgré les nombreux délais de plus de 20
ans, dont elle a bénéficié.
Ce geste représentera un geste significatif de respect de la parole, de dignité et
d’indépendance.
Merci, en espérant une réponse de votre part.
Mouvement Onésime-Tremblay
c.c. : François Legault, premier ministre du Québec
Marc Tanguay, chef de l'opposition
Ruba Ghazal, co-cheffe parlementaire 2° opposition
Sol Zanetti, co-porte-parole 2° opposition
Paul Saint-Pierre Plamondon, chef 3° opposition
Créé dans la foulée d’un colloque (1926-2026 : cent ans d’occupation par Alcan
et Rio Tinto, le bilan s’impose) tenu à Saguenay le 22 octobre 2024 et
rassemblant une centaine de participant(e)s provenant des milieux
communautaires, écologistes, syndicaux et populaires, le Mouvement Onésime-
Tremblay a pour objectifs : 1- de favoriser l’expression et la diffusion d’un point de
vue axé sur le bien commun face à l’impact des actions passées, présentes et
futures d’Alcan et Rio Tinto. 2- De contribuer à la reprise en main de nos
ressources naturelles dans l’intérêt de la collectivité.









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