Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique d’alliance

Lettre à mon ami Pierre Curzi sur la question des alliances électorales

Cher Pierre,

Votre préoccupation est légitime. Mais attention. Les solutions à court terme pourraient aggraver le cynisme. Une simple alternance PQ-PLQ, ne répond en rien au désir de changement profond qui dépasse largement le rejet des libéraux.

On est en face d’un rejet des politiques de l’austérité et de la « dictature effective » du 1 %, avec lequel dans les faits ( quoi qu’en dise son programme) le Parti québécois a toujours montré qu’il n’a pas de problème !

Par ailleurs, le PQ a aussi démontré sa capacité de perdre face aux libéraux (trois fois de suite...) par ses propres moyens, quand les votes “à sa gauche” étaient de 1 %, ou 3,75 %. Pourquoi ne réussit-il pas à canaliser l’énorme mécontentement face aux politiques de Jean Charest ? Ne devrait-il pas se poser la question ?

Si Québec solidaire obtient 10 % la prochaine fois, le Parti québécois pourrait perdre encore en obtenant le même nombre de votes qu’aux élections précédentes. L’absence de QS dans un certain nombre de circonscriptions n’y changerait rien.

Pour combattre l’abstentionnisme, il faut offrir à la population des choix politiques diversifiés et clairs. Courir après des solutions pour sauver les meubles, comme celle de faire des primaires indépendantistes, sans capter toutes les potentialités du désir de changement, sans aborder la crise profonde de légitimité des anciennes formations politiques, aurait l’effet contraire. Veut-on sauver des sièges pour un parti qui n’a même pas le courage de ses convictions indépendantistes et qui a tergiversé durant deux mois avant d’exposer sa position sur les droits de scolarité ou sortir le Québec d’une impasse dont les libéraux ne sont pas les seuls responsables ?

Pour changer la nature des choses et faire évoluer le Québec, il faut le débarrasser définitivement du déclin politique dans lequel l’ont poussé le PQ et le PLQ. Il faut une proposition politique qui suscite l’enthousiasme - pas une qui demande de choisir juste un moindre mal. Notre optimisme est le seul antidote possible au cynisme que suscite le reste de la classe politique.

Pour combattre l’abstentionnisme, il faut arrimer clairement les propositions politiques avec la mobilisation sociale. C’est ce que QS s’efforce de faire depuis sa fondation. Le PQ, parti de gouvernement gagné au néolibéralisme, voit les mouvements sociaux comme des problèmes à gérer ou des occasions de marquer des points politiques. QS au contraire souhaite que les mouvements sociaux gagnent, parce qu’ avec eux les intérêts de notre peuple avancent, donc le Québec gagne.

Un peu de cran, afin de prendre les risques nécessaires pour un véritable ménage politique...

Amir Khadir

Député solidaire de Mercier

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