Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Lettre ouverte au Premier Ministre Legault

Syndicat des employés Centre universitaire de santé McGill

L’heure est venue de serrer la vis aux pharmaceutiques et de les forcer à contribuer au dépistage hebdomadaire de tout personnel de la santé. Pour empêcher d’autres CHSLD Ste-Dorothée, il faut un dépistage hebdomadaire et il faut cesser de déplacer le personnel de la santé.

7 avril 2020 

Où sont les laboratoires pharmaceutiques ?

En ce moment toutes sortes d’entreprises se lancent dans la production de matériel médical et de vêtements pour le personnel soignant : Tesla et General Motors vont fabriquer des respirateurs, Bauer veut produire des visières, Tristan des jaquettes, La Chaufferie de Granby, une distillerie, va produire du savon antibactérien etc… Et les firmes pharmaceutiques elles…. Silence radio !

Et pourtant le service public aurait besoin d’un retour d’ascenseur. Ça fait des décennies que les gouvernements se fendent en quatre pour soutenir ces firmes privées avec l’argent public. Comment se fait-il que l’ascenseur ne revienne jamais ?

Les compagnies pharmaceutiques font de la recherche pour trouver un remède où un vaccin qu’elles feront breveter et les rendront riches. Pendant ce temps, notre système de santé a un besoin urgent de faire du dépistage, de tester, et de tester massivement pour pouvoir détecter et isoler le plus vite possibles les personnes infectées. 

Actuellement le protocole qui consiste à tester uniquement lorsqu’il y a des symptômes est INADÉQUAT et INSUFFISANT surtout en ce qui concerne le personnel de la santé :médecins, préposé-e-s aux bénéficiaires, préposé-e-s à l’entretien ménager, etc… 

Pourquoi ? Parce qu’une personne devient contagieuse 24 heures avant d’être détectable. Dans un hôpital ou un CHLSD une personne peut côtoyer pas mal de collègues et de patients en 24 heures.

Plus grave encore, certaines personnes peuvent être contagieuses et avoir de faibles symptômes et même être asymptomatiques pendant plusieurs jours ce qui multiplie les risques de contagion à l’intérieur même des institutions de santé. 

Une véritable politique de prévention exige de tester, de trouver le plus vite possible les personnes contaminées parmi le personnel de la santé et d’isoler le plus vite possible les personnes contaminées.

Le résultat du protocole actuel nous saute au visage en ce moment. Par exemple, au CHSLD de Ste-Dorothée à Laval, des salariés non testés ont travaillé sur plusieurs sites de Laval et sur plusieurs étages et services sur chaque site. 

Alors, en date du 3 avril il y avait 29 cas, dont 8 salariés contaminés. Le 6 avril on était rendu à 105 cas dont 25 salariés contaminés. Le 7 avril c’est 129 patients et 48 salariés.

À quand une main-d’œuvre stable et testée à chaque semaine ?

Urgence de servir.  

Nos laboratoires publics ont besoin de renfort pour mettre en place un protocole de test hebdomadaire de tout le personnel de la santé.

On a besoin de ces compagnies pharmaceutiques, de leur main-d’œuvre et de leurs laboratoires pour tester tout le personnel de la santé une fois par semaine. On en a besoin, là tout de suite !

Et elles sont importantes ces firmes.

… en 2016, le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) dénombre 191 entreprises pour environ 16 900 emplois dans le secteur biopharmaceutique québécois [1]

Ne me dites pas que les compagnies cherchent un remède, un vaccin et qu’elles ne peuvent collaborer au dépistage en prêtant une partie de leurs installations. Elles ont le devoir moral de le faire après toute l’aide publiques qu’elles ont reçues.
Depuis le début des années 1990 le gouvernement du Québec donne et redonne à l’industrie pharmaceutique de plusieurs façons, 

1. Subventions : Entre 2009 et 2012 c’est près de 176 Millions [2].

2. crédits d’impôts [3] : il y en a plusieurs types :

▪ Sur les salaires – recherche et développement
▪ Recherche précompétitive
▪ Contrat avec une université
▪ Des crédits fédéraux s’ajoutent

3. fixation élevées du prix des médicaments [4] (il y a seulement aux USA et en Suisse que les prix des médicaments sont plus élevés que chez nous). 

Ce n’est pas tout, en plus de vivre aux crochets de l’État, l’industrie pharmaceutiques ne tient pas ses promesses. Depuis 1996 elles sont censées investir 10% des recettes de leurs ventes en recherche et développement or, elles n’ont jamais respecté cet engagement. En 2017 elles ont inverti un maigre 4,7% en R&D.
Le gouvernement serre la visse aux citoyens pour contrôler la propagation, le gouvernement impose des règles et pénalise les contrevenants. D’accord !

L’heure est venue de serrer la vis aux pharmaceutiques et de les forcer à contribuer au dépistage hebdomadaire de tout personnel de la santé. Pour empêcher d’autres CHSLD Ste-Dorothée, il faut un dépistage hebdomadaire et il faut cesser de déplacer le personnel de la santé.

Si les compagnies pharmaceutiques refusent d’offrir une partie de leurs installations pour contribuer au dépistage, le gouvernement doit réquisitionner ces installations, laboratoires et personnel inclus. 

Pour « aplatir la courbe » il faut changer les protocoles de dépistage surtout pour le personnel de la santé et il faut se donner les moyens d’y parvenir, maintenant !

Jean-Pierre Daubois
Conseiller Syndical FSSS-CSN
Pour le Syndicat des employés du CUSM 
Jean-pierre.daubois@csn.qc.ca


[1Le Québec est-il trop généreux envers l’industrie pharmaceutique ? MAÉ GEYMOND, en collaboration avec GUILLAUME HÉBERT, IRIS février 2019

[2 idem

[3idem

[4idem

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