Édition du 2 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La béante contradiction entre les propos rassurants et la médecine d guerre sur le terrain

Le CHSLD de Ste-Dorothée est présentement à la une des médias pour plusieurs raisons, dont le nombre accaparent de COVID-19 positif. Toutefois, j’aimerais vous étaler l’ampleur de la situation vécue par le personnel soignant et les résidents.

Je suis infirmière depuis bientôt deux ans. Jusqu’à tout récemment, je travaillais à l’urgence du CISSS de Laval. Plusieurs de mes collègues et moi avons reçu la nouvelle au début du mois d’avril que nous étions transférés OBGLIGATOIREMENT au CHSLD de Ste-Dorothée pour aller prêter main-forte à nos collègues dans le besoin. Nous n’avions pas un mot à dire, et ce, dû à l’arrêté ministériel. Cependant, puisqu’il est dans notre nature d’aider les autres, il allait de soi que nous irions faire notre part et aider les gens dans le besoin.

Une fois rendus sur les lieux, nous n’avons reçu aucune orientation sur le plancher ni sur le fonctionnement du CHSLD. Nous étions majoritairement laissés à nous-mêmes dans cet environnement nouveau et inconnu. De plus, le manque de matériel à cet endroit est alarmant contrairement à ce qui se dit dans les médias. Nous avons peu de jaquettes de protection et nous devons utiliser qu’un seul masque de procédure (le petit masque bleu) par quart de travail. Bien entendu, nous n’avons pas de N95. Le document info-prévention sur la prévention des infections du CISSS de Laval mentionne que le port du masque N95 doit être porté par l’employé « lors des soins à l’usager en attente du résultat COVID-19 avec critères de sévérités (à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé uniquement) ». Qu’en fait-on des critères de sévérité dans les CHSLD ? Pourquoi y avons-nous pas droit considérant que plus de 125 résidents ont reçu un résultat de COVID-19 positif ?

Le manque de personnel et les conditions actuelles sont horribles pour le personnel soignant alors imaginez pour les résidents de cet établissement. Le manque de personnel affecte directement les soins aux usagers. Ça nous prend plus de temps à donner les repas, les bains, les tournées de culotte, les changements de position, et j’en passe. Avoir un ou une seul(e) préposé(e) aux bénéficiaires (PAB) sur deux étages c’est insuffisant surtout en ce temps de crise. Avoir un infirmier ou une infirmière pour 45 patients, sans infirmière auxiliaire ni PAB, c’est également insuffisant et inacceptable. Ces conditions augmentent le risque d’incidents/accidents tels que les erreurs de médicaments, les risques de chutes plus élevés, les plaies de pression, etc. C’est inacceptable de laisser ces personnes âgées dans de telles conditions, c’est pourquoi nous continuons à rentrer travailler afin de leur offrir notre support et notre aide. Imaginez si c’était un membre de votre famille… que feriez-vous ? Mourir dans l’oubli et l’indifférence, seul et loin de votre famille : cette réalité-là nous la vivons aussi au Québec, pas seulement en Italie ou en Espagne.

L’arrivée des temps supplémentaires obligatoires (TSO) est déjà à nos portes. Personne pour remplacer le personnel soignant déjà exténué de leur quart de travail. Nous devons rester des 12h et des 16h pour s’assurer d’avoir une relève du personnel, qui est de plus en plus déficientes, dû au nombre élevé de COVID suspecté auprès du personnel soignant. Et ça n’ira qu’en augmentant si aucun changement ne survient.

Mes collègues et moi-même sommes affectés par cette situation difficile et inacceptable. Certaines d’entre nous ont déjà commencé à avoir des symptômes, d’autres ont testé positif au test de dépistage. L’anxiété, la peur, le stress, l’angoisse et la peine sont des sentiments qui nous habitent continuellement tant sur nos milieux de travail ainsi qu’à la maison depuis notre transfert au CHSLD. Où sont nos hôtels qu’on nous avait promis pour éviter de mettre à risque notre famille ? Nous mettons notre vie et notre santé à risque ainsi que celle de nos proches dans des conditions de travail qui sont inacceptables et dangereuses.

Peut-on vraiment dire que « Ça va bien aller » ? La réponse est non, surtout pas dans ces conditions.

Monsieur François Legaul, vous qui êtes si proactif depuis le début de cette crise, pouvez-vous nous aider à obtenir de meilleures conditions de travail afin que l’on puisse continuer d’aider les résidents des CHSLD ?

- Vos infirmiers, infirmières et tout le personnel soignant en CHSLD


Cette lettre nous a été transmise par Marc Bonhomme

À lire ce témoignage d’une infirmière transférée au CHSLD peut-être le plus problématique du Québec, on constate la grande contradiction entre le propos rassurants du Premier ministre et la médecine de guerre sur le terrain... et au Québec on en est encore loin d’avoir atteint le pic de la courbe.

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