Édition du 31 mars 2020

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Élections Québec 2014

Logement social et lutte à la pauvreté - Le FRAPRU émet son bulletin de campagne

MONTRÉAL, le 4 avril 2014 - À quelques jours des élections générales, le FRAPRU dresse un bilan de campagne plutôt sombre pour les ménages mal-logés du Québec. Non partisan, le regroupement a analysé les propositions des organisations politiques déjà représentées à l’Assemblée nationale sur le logement et la lutte à la pauvreté et, selon lui, les engagements des trois principaux partis sont loin d’être à la hauteur des besoins.

Le FRAPRU juge que seul Québec Solidaire a pris la juste mesure du défi en promettant le réalisation écologique de 50 000 logements sociaux et un revenu minimum garanti qui assurerait un rehaussement significatif du revenu des ménages actuellement sur l’aide sociale. Le regroupement accorde la seconde place au Parti Québécois pour son engagement à réaliser 15 000 logements abordables en 5 ans, qui, à en croire plusieurs candidates et candidats de Montréal et de Québec, sont essentiellement des logements sociaux. Il aura toutefois fallu une lettre adressée à leur cheffe, Pauline Marois, pour obtenir cette clarification qui n’a par ailleurs jamais été diffusée sur le site web du parti. Le Parti libéral de Philippe Couillard arrive derrière parce que dans son cas, il aura fallu des interventions répétées du FRAPRU pour attirer son attention sur les besoins en logements sociaux et finalement obtenir de sa part la promesse qu’il ferait « au moins autant que le PQ ». Quant à la Coalition Avenir Québec, elle arrive bonne dernière, avec tout juste la note de passage, parce que, même si elle a confirmé par écrit au FRAPRU qu’« il y a des besoins réels en matière de logement social », elle n’a pris nulle part l’engagement d’en développer des nouveaux.

COALITION AVENIR QUÉBEC : LE CANCRE, AVEC UN « D »

Dans sa réponse au FRAPRU, la Coalition Avenir Québec de François Legault convient « qu’il faut poursuivre les investissements alloués au développement du logement social », mais ajoute que « cela doit se faire dans le respect de la capacité de payer du gouvernement ». Selon le FRAPRU, un besoin aussi fondamental que le logement ne devrait pas être négocié de la sorte. « Le droit au logement, à la santé et à l’éducation sont intimement reliés », précise la porte-parole de l’organisme, Marie-José Corriveau. « Et question budget, rappelons que le Québec pourrait tout à fait financer la réalisation de 10 000 logement sociaux par année s’il révisait sa fiscalité, notamment en remettant en place la taxe sur le capital consentie aux institutions financières depuis 2011 ; par ce seul moyen, Québec récupèrerait les 600 millions $ par année nécessaires à la réalisation de 7000 logements sociaux, à ajouter à ceux déjà financés », indique madame Corriveau.

Le FRAPRU est également insatisfait des réponses de la Coalition concernant la lutte à l’itinérance et à l’exclusion sociale qui s’appuient essentiellement sur le travail des groupes communautaires. Selon sa porte-parole, « ces défis doivent être relevés par le gouvernement et tous les ministères concernés ; ils ne doivent pas être repoussés dans la cour de groupes communautaires sous-financés et à la merci des pouvoirs publics ».

PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC : EN 3E POSITION, AVEC « C - »

Le Parti libéral du Québec se voit attribuer un « C - » parce que son chef, Philippe Couillard, interpelé à plusieurs reprises par des militantes et des militants du FRAPRU devant les médias, a finalement consenti à promettre — du bout des lèvres — « la même chose que le PQ pour le logement social et même plus, grâce à la création d’emplois que notre parti génèrera ». Interrogé pour savoir quand il allait mettre ça par écrit, M. Couillard a répondu au FRAPRU « qu’il avait sa parole ».

Le FRAPRU est agacé par cette esquive. « Le refus de monsieur Couillard de confirmer son engagement pour le logement social ressemble drôlement à une tentative de désengagement », constate la porte-parole des mal-logéEs. « C’est d’autant plus suspect qu’il n’a pas hésité à mettre par écrit ses promesses de subventions aux propriétaires, pour l’achat d’une première maison et pour la rénovation domicilaire », précise-t-elle. Toutefois, l’organisme reconnaît que les gouvernements libéraux n’ont pas interrompu le financement de nouveaux logements sociaux entre 2004 et 2012.

PARTI QUÉBÉCOIS : EN 2E POSITION AVEC UN « C + »

Le PQ se voit attribué un « C + » parce que son engagement pour venir en aide aux ménages mal-logés ne « représente qu’une fraction de ce qui est nécessaire », selon la porte-parole du FRAPRU, « et qu’à se rythme, ça va prendre 150 ans pour répondre aux besoins les plus urgents ».

Bien qu’il apprécie que le PQ n’ait pas attendu ses pressions pour inclure le logement dans sa plateforme, l’organisme regrette que sa promesse conserve des zones d’ombres. Il constate que l’équipe de Pauline Marois annonce « 15 000 logements abordables au cours des 5 prochaines années » et veut « soutenir la construction de logements sociaux pour les personnes en situation d’itinérance », mais qu’aucun rectificatif n’a été apporté pour confirmer qu’il s’agit, dans tous les cas, de logements sociaux sans but lucratif. Le FRAPRU craint en effet qu’un gouvernement péquiste ne relance un programme comme Logement abordable Québec — privé, du début des années 2000, qui avait mené à la construction de logements dont les loyers se situaient à plus de 1000 $ par mois. « Quand il s’agit de venir en aide aux ménages propriétaires, les engagements du PQ sont pourtant clairs et limpides », ajoute madame Corriveau.

Autrement, le FRAPRU constate que le Parti Québécois ne propose rien pour redresser le tort fait aux personnes assistées sociales âgées de 55 à 58 ans. « On les a privé d’un cinquième de leur maigre revenu au printemps 2013 et en échange, le gouvernement de Pauline Marois leur a promis 50 $ de plus par mois... au bout de trois ans », rappelle la représentante de l’organisme.

QUÉBEC SOLIDAIRE : 1E POSITION AVEC UN « A »

C’est Québec Solidaire qui reçoit la meilleure note, un « A ». Selon le FRAPRU, c’est le seul parti qui propose de s’attaquer aux différentes facettes des problèmes de logement des ménages locataires. QS promet « la construction écologique de 50 000 logements sociaux pour toutes les catégories de la population », l’adoption d’une « politique globale en itinérance, incluant les autochtones en milieu urbain », de « financer suffisamment la Régie du logement et (d’établir) des délais raisonnables pour le traitement des causes des locataires » et de « créer registre national des baux ». « Ce sont des outils depuis longtemps réclamés par les comités logement pour réaliser pleinement le droit au logement au Québec.

Le FRAPRU constate également que seul Québec Solidaire propose une solution concrète pour rehausser le revenu des personnes assistées sociales qui ont actuellement une prestation de base de seulement 610 $ par mois, en mettant en place un programme de revenu minimum garanti de 12 600 $ par an. Il apprécie aussi la révision en profondeur de la fiscalité québécoise promise par les solidaires, pour mieux financer l’ensemble des programmes sociaux. Selon le groupe logement, pour réduire les écarts entre les plus pauvres et les plus riches et mieux redistribuer la richesse, il faut mettre à contribution les contribuables les plus fortunéEs et les grandes entreprises qui bénéficient actuellement d’abris fiscaux inaccessibles à la plupart des contribuables. En ce sens, il participe activement à la campagne en cours de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics « 10 milliards $ de solutions : nous avons les moyens de faire autrement ».

Toutefois, le FRAPRU constate qu’aucun de ces quatre partis n’a pris l’engagement d’inscrire le droit au logement dans la Charte québécoise des droits et libertés et de renforcer la portée juridique de celle-ci.

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