Édition du 2 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Coronavirus

Ma fille, le virus et le néolibéralisme

Lorsque la crise du COVID-19 éclata, ma fille était en congé. Drôle de vacances avec ses petits mousses : confinés, pas d’amis, pas de sorties. Mais voilà que le retour au travail s’impose plus que jamais. Après une quarantaine bien imposée, les petits se sont finalement retrouvés chez papi et mamie car ma fille retourne sur la ligne de feu : elle est ambulancière.

J’aimerais croire que ma fille va au front avec tous les outils nécessaires pour lutter pour notre bien à tous ; qu’elle soit supportée par un système prêt à de telles crises. Mais ce n’est pas le cas. De dangereux idéologues ont récemment saccagé de façon sans précédent notre système de santé public. Malgré une certaine envergure de notre premier ministre Legault et son équipe en santé face à la pandémie, particulièrement en début de crise, nous continuons à subir les contrecoups des dangereuses mesures du dernier gouvernement libéral et du duo Couillard-Barrette.

Ce constat tragique a commencé à apparaitre dans les médias ; il devra être rappelé à toutes les étapes de la crise actuelle. On nous dit souvent qu’en temps de crise, nous devrions mettre de côté nos divergences. Ici, il n’est pas question de simples divergences, il est question de sécurité nationale, et d’actes politiques qui se sont littéralement attaqués à ce fondement de la cohésion sociale. Rappelons-nous que, lors de la réforme Barrette, le milieu de la santé nous avait clairement envoyé les signaux d’alarme qui nous avertissaient des dangereux impacts pour la population ainsi que les employés en santé.

Il n’y a rien de mieux qu’une crise pour exposer ces décisions cruelles qui ont été prises car, justement, nous fonctionnons en ce moment avec tous les aspects abjects de cette réforme aux effets lourdement délétères. Étant un gouvernement où l’argent est roi et maître, ce gouvernement libéral d’idéologues de droite (voire de libertariens pour certains) a, bien sûr, privilégié les coupures basées sur le mensonge véhiculé par le Président du Conseil du Trésor de l’époque, Martin Coiteux : le Québec n’a plus les moyens de se payer ses programmes sociaux… et ceci à cause de sa dette (ce qui fût largement décrié comme mensonger) : https://www.youtube.com/watch?v=ZNrtDVfNxcU).

Tout de même étrange de voir qu’en 2014, ce gouvernement nous annonçait une catastrophe économique si on ne sabrait pas dans les programmes sociaux, la santé et l’éducation. Aujourd’hui, ce gouvernement libéral devrait reconnaître que, face à cette crise pandémique, des mesures gouvernementales actuelles, telles que des injections massives de stimulus économiques, des aides aux travailleurs, etc. sont là justement pour éviter un effondrement économique et ce malgré une dette qui explose. On est loin de l’épouvantail du coût astronomique de nos programmes sociaux véhiculé par le gouvernement de Couillard qui servait à terrifier le pauvre peuple afin de lui faire avaler la couleuvre des coupures et de l’austérité… et de la privatisation.

L’ampleur de la manipulation et des mensonges de ce gouvernement néolibéral a de quoi nous révolter, n’est-ce pas ? Il est urgent pour tous les citoyens de comprendre l’ampleur destructrice de l’idéologie néolibérale, surtout ce qui a trait à la privatisation. Les ressources publiques qui sont retirées des sphères publiques, et qui se retrouvent dans des entreprises privées, sont assujetties au principe de « profit »… et en temps de crise, particulièrement dans le secteur de la santé, ce qui disparaît en premier ce sont justement les profits… à moins que le « public » (nous) réinvestisse massivement pour maintenir ces marges de profits. Donc, cela finit par nous coûter collectivement plus cher en argent, mais surtout en vies, afin que de petits groupes d’actionnaires puissent continuer à profiter des ressources de notre système de santé, entre autres.

Et que penser de l’échec d’une privatisation totale toujours dans le domaine de la santé face à la catastrophe de nos CHSLD non conventionnés qui exposent de façon spectaculaire les conséquences tragiques de cette idéologie. La catastrophe est telle, que le gouvernement caquiste nous annonce la possibilité de nationaliser TOUS les CHSLD ! Qui l’aurait cru ? Le gouvernement caquiste actuel doit exécuter les actes politiques pour non seulement redresser la situation, mais aussi redonner sa pleine mission au système de santé public. Autrement dit, s’attaquer à tous les aspects délétères de la réforme Barrette et des gouvernements antérieurs des 30 dernières années, réinvestir massivement dans notre système de santé, et redonner aux citoyens et aux travailleurs un système de santé public digne de ce nom.

Il en va de sa crédibilité car Legault, et son parti, ont clairement dénoncé les effets létaux de la réforme Barrette : ils ont le devoir de redresser cette situation qui n’est rien de moins qu’un enjeu de sécurité nationale. La crise du COVID-19 offre la preuve incontournable de ce devoir d’agir. Mais actuellement tout ce que nous observons ce sont des mesures « band-aid » ; aucune loi, aucune mesure qui pourrait assurer un redressement réel, un réel changement de cap. Faute d’actions politiques concrètes, le gouvernement caquiste en perdra toute crédibilité et ne fera que partie du cortège de politiciens menteurs et manipulateurs qui aura défilé dans notre triste histoire du démantèlement de notre système de santé public.

Alors, non, ma fille n’aura pas tous les outils pour effectuer le dangereux travail qu’elle accomplit au risque de sa vie en tant que travailleuse de la santé. La pandémie est donc loin d’être terminée. Elle va nous apprendre deux choses essentielles : si nous persistons dans cette culture de consommateurs indifférents aux enjeux politiques, sociaux et environnementaux de notre monde, nous allons alors consciemment le laisser en héritage aux plus fanatiques, aux plus féroces et aux plus impitoyables d’entre nous.

Et, face à la crise climatique qui s’ajoute et s’accélère et se manifeste par une multitude de crises qui sont sur le point de s’empiler, seule leur idéologie économique sera leur porte-étendard car la nature même d’une idéologie est la subversion de la réalité… subversion afin d’assurer le maintien de leurs rendements et leurs privilèges au détriment de tous.

Michel Jetté
Cinéaste
GMob
Initiateur de la DUC / C-DUC

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