Édition du 3 décembre 2019

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Asie/Proche-Orient

Manifestations à Hongkong : un mort et des questions

Vendredi, un étudiant de 22 ans est mort après une chute et cinq jours de coma. Les manifestants accusent la police, mais les circonstances restent obscures.

Tiré de Libération.

Alex Chow Tsz-lok adorait le netball (un dérivé du basket) et étudiait l’informatique. Il s’apprêtait à acheter des billets d’avion pour le Japon avec ses copains. Mais dimanche soir, il est sorti dans son quartier de Sheung Tak. Une manifestation grondait depuis l’après-midi dans cette zone résidentielle de l’est hongkongais. Vers 1 heure du matin, son corps a été retrouvé gisant dans une flaque de sang, au second étage d’un parking. Il est mort vendredi matin après cinq jours de coma. Il avait 22 ans. Les circonstances de sa chute restent obscures, mais déjà s’élèvent des appels à venger sa mort, la première depuis le début de la contestation politique dans la région chinoise semi-autonome. La police, sous le feu des critiques depuis des mois, est soupçonnée du pire.

Emoi palpable

Nul ne sait pour l’instant si l’étudiant à l’université des sciences et des technologies de Hongkong participait ou non à la manifestation dimanche. Nul ne sait s’il a chuté, s’il a été poussé. L’enquête est en cours. Mais l’émoi est palpable. Des veillées funèbres sont prévues sur l’ensemble du territoire, potentiellement électriques en dépit des appels au calme. Depuis juin, il y a eu plus de 3 300 arrestations, des condamnations en justice. Il y a déjà eu du sang versé, des tirs à balles réelles, des blessés graves, mais jamais de vie perdue pendant une manifestation.

Dimanche, une centaine de personnes s’étaient rassemblées aux abords de l’hôtel Crown Plaza. « Il y a un mariage de policiers, on est venu célébrer avec eux », plaisante alors dans la soirée un manifestant. « Dans la culture chinoise, la fête de mariage doit être parfaite. La moindre fausse note est synonyme de mauvais œil. Donc on essaye d’humilier les policiers pour leur attirer la poisse. Ils sont devenus intouchables et font la loi. Comme on ne peut pas les atteindre pendant leur service, on les provoque dans leur vie privée », explique-t-il. A quelques mètres, un cordon de policiers anti-émeutes assure la sécurité des époux. Ils aveuglent de leurs puissants faisceaux lumineux le petit groupe de protestataires. L’escarmouche est plutôt bon enfant.

Mais vers minuit, l’ambiance se tend. Des briques et projectiles sont lancés sur les forces de l’ordre, y compris depuis les étages des bâtiments et HLM avoisinants. Des dizaines de gaz lacrymogènes sont tirés. « Et puis on a entendu quelqu’un crier qu’il y avait un blessé », raconte le lendemain par téléphone Cyrus Chan, assistant d’un élu local. Il était sur place pour tenter d’assurer la médiation.

« Un fâcheux incident »

Il entre dans le parking avec des secouristes. Un pompier est déjà auprès du corps inerte d’Alex Chow Tsz-lok. « Son pouls était à 40, il était inconscient. Très vite on a diagnostiqué que son cas était très grave », poursuit Cyrus Chan. « On n’a vu personne autour. Puis des policiers sont arrivés, ils nous hurlaient dessus et nous menaçaient de leurs armes. Ils sont entrés dans le parking privé sans mandat. Pendant 30 minutes, la police a empêché l’ambulance d’intervenir », accuse-t-il. Photos à l’appui, des internautes abondent dans le même sens. Les accusations fusent. La police les rejette catégoriquement et évoque mercredi devant la presse « un fâcheux incident », affirmant ne pas être entrée dans le parking avant 1h05. Vendredi, cette version est modifiée.

Car entre-temps, la société propriétaire du parking a rendu publics les enregistrements des caméras de sécurité. Rotatives, elles n’ont pas capturé le moment de la chute. Mais elles permettent de distinguer des mouvements. La police croit voir l’étudiant errer pendant 30 minutes avant de « tomber ». Des opposants y voient une silhouette en pousser une autre. De quoi alimenter les suspicions.

Une bombe à retardement

Au cours de la journée vendredi, la dalle de béton sur laquelle s’est écroulé Alex Chow Tsz-lok s’est couverte de fleurs blanches, déposées dans les larmes et en silence par des collégiens et riverains. Ailleurs dans le territoire en ébullition depuis plus de cinq mois pour protéger son autonomie contre la mainmise de Pékin, la colère a éclaté. « Ne jamais oublier, ne jamais pardonner », disait un énorme tag sur le campus où il étudiait. « Sa chute n’est pas un malheureux accident. C’est un homicide volontaire perpétré par la tyrannie et les forces policières », fustigeaient dans un communiqué des manifestants anonymes.

Ces dernières semaines, les autorités de Hongkong se sont arrogé de nouvelles prérogatives pour réprimer les protestations en invoquant des lois d’urgence et une loi antimasque. « Les tactiques déployées par la police sont de plus en plus alarmantes avec une apparente soif de représailles », s’inquiète dans un communiqué Amnesty International, qui appelle à une enquête indépendante sur la mort de l’étudiant. Une demande reprise massivement sur les réseaux sociaux, notamment par l’opposant Lo Kin-hei, vice-président du parti prodémocrate. « L’ambiance à Hongkong est comme une bombe à retardement, écrit-il sur Twitter. La police ment depuis cinq mois. Les Hongkongais ne croiront jamais que la police leur livrera la vérité. »

Anne-Sophie Labadie

Journaliste à Libération (France).

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