Édition du 3 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

Manifeste pour un Québec dégrisé - Rompre avec l'idéal du vert-de-gris

Nous, les vaincus, les marmots, les anormaux, les perdus, bref, la jeunesse du Québec, nous avons décidé de clamer haut et fort notre lassitude face à ce monde larvaire, croulant, déprimant, pervers. Nous en avons assez de cette vicissitude amorphe, de ce paysage politique lunaire, de cette confrérie de lunatiques endormis.

Un État se doit d’être un levier permettant au peuple d’apporter des changements collectifs de manière pacifiste et conviviale. Pourtant, en ce moment, il nous apparaît plutôt comme un écueil insurmontable auquel doit faire face toute forme de volonté populaire. Les lobbyistes en sont les sirènes, très peu séduisantes, mais pas moins efficaces, qui attirent les ambitions vers le fond. Disparition totale de tout débat de fond, dissipé dans les abysses des intentions molles et perfides.

Nous ne sommes pas des anarchistes, nous ne sommes pas des souverainistes, ni des fédéralistes, nous ne sommes aucunement maoïstes, stalinistes ou castristes, nous nous foutons de vos idéologies de vieillards, de vos imaginations grisâtres, nous ne sommes que la jeunesse dynamique, qui, déjà, craint devoir léguer un monde amer à des enfants qui auront honte de leurs pères.

Centre commercial mondialisé

Matériellement parlant, l’idéal civilisationnel actuel correspond à un centre commercial mondialisé, enveloppé d’une mer asphaltée, stationnement à volonté, et relié entre différents points de vente, par des autoroutes immenses. Idéalement parlant, la finalité de notre société moderne consiste à rendre possible la maximisation d’assouvissement des désirs du plus grand nombre de manière tendanciellement immédiate.

Mais vous savez quoi ?

Nous refusons catégoriquement de donner suite à un tel projet.

Nous considérons que vous êtes dans l’erreur.

Nous rejetons cette filiation ainsi proposée.

Cette société, nous n’en voulons tout simplement pas.

Notre bilan se résume en un mot : échec !

Un échangeur autoroutier comme projet de société : échec ! La spoliation des ressources naturelles contre des redevances à deux sous : échec ! Les écoles primaires changées en postes de police : échec ! L’économie d’abord : échec ! La jeunesse éduquée aux jeux vidéo et au porno : échec ! La réforme scolaire et le nivellement par le bas : échec ! La télé-réalité : échec ! Les coupons de circulaire et le panier le moins cher : échec ! Les jeux télévisés et la culture médiatique : échec ! Les pelouses sans pissenlits : échec ! Le progrès collectif en termes de PIB : échec ! La nouvelle hiérarchie sociale en pouvoir d’achat : échec ! La popularité personnelle en amis Facebook : échec ! Les réseaux sociaux conviviaux et la haine du voisin : échec ! Le cheeseburger double à 1,39 $ : échec ! Les préarrangements funéraires et la marchandisation de la mort : échec ! Les soins longue durée et l’absence de fin justifiant les moyens : échec ! L’achat de bonne conscience bio-équitable : échec !

Est-ce bien l’achèvement ?

Le summum de la civilisation occidentale ?

La victoire de la liberté sur la tyrannie ?

Le modèle sociétal à conserver contre la barbarie ?

Comme disait si bien le Philosophe contre Darwin : « Rien n’est à conserver, tout doit s’exalter ! »

Le potentiel du Québec, tant au niveau de son territoire riche que de sa jeunesse en friche, est immensément plus inspirant que ce statu quo moribond. Aucune envie de prendre le bateau, ni même l’échangeur Turcot, pour tourner éternellement en rond. Aucune société ne peut durer sans l’élaboration de projets de société novateurs, sans une vision vers un avenir prometteur.

« Disons "Non" aux chantres de l’immobilisme pathétique, et scandons en coeur le revitalisme politique ! »

Ce que nous devons faire

D’abord, nous devons refuser toute forme d’exploitation des richesses naturelles qui aurait pour ambition la seule profitabilité sur le court terme au bénéfice d’intérêts privés arbitraires. La gestion des ressources sur le territoire québécois se doit de viser un développement durable n’utilisant que des ressources renouvelables — ce qui est, par ailleurs, possible dans le cas du Québec, contexte aussi marginal que favorable relativement au reste du monde.

Il va donc de soi que l’état actuel de dépendance au pétrole doit être remis en question et que, ultimement, une transition vers un Québec post-pétrolier devra s’amorcer. Cette nécessité se justifie, à la fois par l’imminence du pic pétrolier mondial, ainsi que par la balance commerciale négative au niveau national — du fait que le Québec n’est pas producteur de pétrole.

Une planification énergétique se voulant systématique et s’orientant sur le long terme implique un minimum de pouvoir décisionnel politique, indépendant de l’arbitraire du marché uniquement préoccupé par les intérêts privés sur le court terme. Certaines richesses collectives doivent éviter d’être appropriées par des groupes de particuliers quelconques et ne devenir que de simples marchandises perdant toute forme de valeur intrinsèque autre qu’économique. Ces richesses concernent par exemple les matières premières, la culture en général et l’éducation tout spécialement.

La marchandisation de l’éducation nous apparaît symptomatique d’un système qui tourne sur lui-même, dans une quête fantasmatique de félicité, mais qui s’use néanmoins, comme un boulon trop forcé, et en devient rond, tout en rejetant une pluie de rouille épuisée. Notre société correspond, métaphoriquement, à une toupie sur la pointe d’une montagne abrupte, ayant oublié vers où cheminer, trop apeurée de la chute prochaine.

Réhabiliter la culture

Les ailes ne pourront pousser sans d’abord réhabiliter la finalité première de toute civilisation : la culture. Si une gestion rationnelle des ressources naturelles ainsi qu’un aménagement territorial assurant une sécurité civile (énergétique, alimentaire, etc.), au sein d’une société indépendante du pétrole, s’avèrent nécessaires en tant que condition de possibilité du bien commun, il importe tout autant de considérer les institutions sociales et économiques comme relevant de leviers collectifs, et ainsi rompre avec le fétichisme édulcoré stipulant l’économie comme une fin en soi.

La finalité d’une société s’avère être l’humain et son rayonnement culturel. Cela implique d’abord que l’on doive éviter la privatisation de l’éducation, tout autant que son nivellement par le bas. L’un la travestit, l’autre l’appauvrit — et les deux sont fort navrants. La solution, quant à elle, n’est actuellement que rumeur, murmurée humblement, par le vent du changement.

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Dave Bakken, Patrice Bertolacci et David Vachon - Les dégriseurs

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