Édition du 31 mars 2020

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Amérique latine

Mexique : Le massacre étudiant à Ayotzinapa, l'analyse des faits

Chaque jour, de nouvelles hypothèses et de nouvelles provocations viennent des hautes sphères du pouvoir politique et économique, mais bien sûr rien ne se dit sur les responsabilités réelles, sur les fosses communes découvertes ici et là par ceux qui savent, mais qui, depuis le début de l’affaire, restent silencieux, afin d’empêcher que la vérité soit connue. C’est ainsi que se manifeste la complicité face à une situation qu’on gère avec opacité et négligence, afin de permettre à certains responsables d’échapper à la justice et de couvrir les exécutions extrajudiciaires de témoins gênants pour obtenir un avantage politique, si une telle chose est possible. Selon les informations largement répandues et les actions du régime, l’hypothèse qui s’impose c’est que le gouvernement fédéral a incité ou initié en fermant les yeux le massacre d’Iguala, en laissant des hommes armés, policiers et autres tueurs à gages, assassiner les étudiants.

http://alainet.org/active/78077 | traduction PTAG

Il y a des témoignages d’étudiants à l’effet qu’un convoi de l’armée a observé les tirs, ou le témoignage des soldats qui ont dit qu’ils "certains voulaient se mesurer ou agir comme des petits hommes, et voilà le résultat." Il est clair que l’appareil de renseignement fédéral savait à l’avance que de tels crimes allaient se produire, et s’il devait empêcher qu’ils se produisent, il n’a rien fait pour les empêcher.
 
Ce qui est évident, c’est que dans l’ensemble le système est en cause. La répression à Iguala a rendu évident que les droits sociaux des jeunes démunis de ce pays sont foulés au pied par le pouvoir politique. Protester et demander des ressources pour le peuple est considéré comme un crime de subversion contre le gouvernement.
 
Mais la logique interne des événements qui se sont produits à Ayotzinapa montre comment les réformateurs de la bourgeoisie transnationale, les monopoles internationaux et de la classe politique autoproclamée imposent ses conditions de « gouvernance ». Car l’éducation du peuple est tout à fait en dehors de leurs préoccupations, car selon ces castes, ce sont des dépenses inutiles que la nation doit éviter en fermant des écoles.
 
Car il n’y a pas de doute que le système des partis reste identifié à un instrument de contrôle qui veille à ce que rien n’arrive dans le pays qui se fasse en dehors du système au pouvoir. Tout le spectre politique bourgeois du pays qui va de la droite antipatriotique à la gauche légale a démontré sa complicité d’une manière ou d’une autre par son action face à ces événements.
 
La police et l’armée en souscrivant par sa longue liste de violences et d’exactions contre la population, dans des événements qui seront mis au jour, par des preuves, des traces ou des conflits internes entre les officiers et les hommes politiques ont démontré la violence dont elles font preuve depuis très longtemps.
 
La narco-Etat est une facette de l’Etat bourgeois mexicain voué à dominer les classes et les secteurs populaires comme le font les Slim ou Azcárraga. C’est qui a été révélé par toutes les informations des dernières semaines sur leur implication dans cette affaire et par les ajustements qui ont eu lieu entre les différentes cliques.
 
(...)Les événements d’Ayotzinapa frappe avec force un régime qui simule des réformes et autres améliorations. Ils démasquent ceux qui disent qu’au Mexique il n’y a que le problème de la violence, et que le capitalisme est sauvé et que la démocratie a été rétablie.
 
Compte tenu de la grave situation économique, la classe dirigeante défend un programme et des recettes qu’elle prétend incontournables. Les visages de la misère qu’on peut voir au Mexique n’a pour elle aucune importance. C’est pourquoi la violence institutionnelle du crime organisé à l’intérieur et à l’extérieur des institutions continuera. Car, malgré la légitimité de la dénonciation populaire de ces crimes d’État, ce dernier fait tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer l’accès à la clarification des faits et pour empêcher la punition des coupables.

L’examen des faits montre que la politique traditionnelle continuera à couvrir et à réprimer ces crimes dans l’ensemble du pays par la mobilisations des pouvoirs de la république et des partis politiques.
 
Avec Ayotzinapa, une crise sociale et politique s’ouvre dans un temps de stagnation économique. L’État mexicain, la démocratie bourgeoise représentative et le capitalisme lui-même montrent des signes d’épuisement et préparent la restauration de vieux schémas dictatoriaux.
 
Par conséquent, il est important d’assurer la cohésion des classes populaires dans un vaste mouvement multisectoriel et anti-capitaliste. Une orientation de classe est une nécessité dans cette lutte pour faire émerger des positions prolétariennes au-delà du corporatisme, du syndicalisme traditionnel et des sectarismes, par le renforcement de tendances révolutionnaires rompant avec le capitalisme dominant et inaugurant un nouveau cycles de luttes.
 
 

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