Édition du 18 février 2020

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États-Unis

Michael Bloomberg candidat démocrate ? Pour le moment on se moque de nous

La rumeur qui veut que Michael Bloomberg soit candidat à la nomination démocrate (dans la course à la présidence américaine) est aussi dérisoire que celle qui voudrait remettre en cause la structure politique des deux partis aux États-Unis.

Luke Savage, jacobinmag.com, 18 novembre 2019
Traduction, Alexandra Cyr

Supposez que vous êtes un.e responsable du Parti républicain et que vous vouliez faire passer l’image clairement frauduleuse que votre parti est un outil qui peut représenter les intérêts des Américains.es ordinaires qui font face aux forces obscures et paternalistes de l’élite libérale. Supposez aussi que vous ayez la possibilité de ne favoriser qu’une seule personne à la candidature des démocrates, qui auraient les meilleures chances de vous faire arriver à votre objectif ? Dans l’état actuel des choses politiques qui ressemblent à l’enfer, il ne manque sûrement pas de riches libéraux qui pourraient s’intéresser à votre cause en lançant une course vaniteuse à la Présidence. Et il est difficile d’imaginer quelqu’un.e de mieux placé que Michael Bloomberg pour jouer ce rôle. (Au moment de mettre en ligne cette article, l’annonce de cette candidature est sur le point d’arriver. N.d.t.)

Particulièrement en ce moment. La rumeur qui nourrit la candidature éventuelle de M. Bloomberg est tout aussi risible qu’une mise en accusation du système politique des deux partis aux États-Unis. Une étude d’opinion des commentateurs.trices et consultants.es chez un groupe de réflexion qui ont été témoins de l’effondrement d’Hillary Clinton, rapporte leur réaction stupéfaite et incrédule. En fait, l’opposition entre M. Bloomberg et D. Trump donnerait sûrement la victoire à ce dernier au point de pouvoir la comparer à la Charge de la brigade légère ou à la fameuse victoire au premier rond de Mohamed Ali sur Sonny Liston, dans les annales de cette défaite sans comparaison. Si les tristement célèbres gens de Wall Street, amis.es de Mme Clinton, n’ont pas tenu le coup devant les platitudes proférées par les proches de D. Trump (en 2016, n.d.t.), comment un homme qui vaut 50 milliards de dollars et auquel la phrase « taxes sur les boissons gazeuses » est accrochée dans tous les esprits, pourrait, sans aucune hésitation, faire mieux ? En dépit de ce dont la poignée d’éditorialistes et chefs.fes d’antennes tentent de nous convaincre.

Dieu merci, une telle situation ne risque pas de se produire. L’enthousiasme pour cette candidature se limite pratiquement à un petit groupe de commentateurs.rices et à quelques multimillionnaires. Un sondage Morning Consult a montré la faiblesse du héros qui ne recueillait que 4% d’appuis dans l’électorat des primaires démocrates, à peine plus que Cory Booker et Amy Klobuchar.

Mais, la candidature attendue de M. Bloomberg et maintenant, en plus, d’un champion des saisies de maisons, Deval Patrick, soulignent malgré tout l’enracinement profond du libéralisme dans la culture américaine. Entre autre, il inspire au moins deux milliardaires et un multimillionnaire à entrer dans la course à la nomination à la candidature démocrate à la Présidence et à prétendre être en tête de lice devant une salle bondée de riches donateurs.trices et collecteurs.trices de fonds huppés.es de l’Upper East Side pour leur dire : « J’ai terriblement besoin de vous » sans même une pointe d’ironie.

Tel qu’il est constitué en ce moment, le Parti qui se situe au centre gauche de la politique américaine, se présente comme l’outil politique offert à la classe moyenne et aux moins nantis.es. En pratique, il agit comme une très grande entreprise de consultation qui fait le minimum de gestes charitables ou de contacts avec les communautés locales pour assurer sa marque. Il est dominé par la haute gomme des cols blancs, avec en perspective, la gestion complètement déterminée à ne pas déranger les extrêmement riches ni à leur causer le moindre désagrément.

Telle qu’elle est présentée, la nomination officielle de M. Bloomberg serait la charnière de l’idée ridicule selon laquelle le champ du Parti démocratique aurait besoin d’un autre centriste, ami du monde des affaires et capable de trouver une forme de compromis entre les riches ordinaires et les ultras riches. Ceux et celles que cette candidature enthousiasme le plus, croient que le statut de « vrai » milliardaire de M. Bloomberg ferait le poids devant son ancien partenaire de golf, D. Trump. (…) Autrement, l’analyse qui entoure cette candidature, est presque identique à celle qui soutenait Mme Clinton en 2016. Elle se vantait d’avoir les appuis de la partie la plus vertueuse des ultras riches, ironiquement celle de M. Bloomberg, et croyait que ce genre d’alliance trouverait une authentique résonance dans la population.

La présente et bien moins évidente raison de l’entrée (éventuelle) de M. Bloomberg dans la course a moins à voir avec l’idée ambiguë de la capacité d’être élu (à la présidence) qu’à celle d’empêcher absolument tout.e personne qui ne porte pas de politiques favorisant les milliardaires comme les impôts sur la fortune, le contrôle national du coût des loyers et Medicare pour tous et toutes, d’arriver aux portes de la candidature. M.Bloomberg, comme la plupart des autres candidats.es, fait plus ou moins campagne dans le but explicite de réconforter les donateurs.trices anxieux et anxieuses et de leur assurer que Bernie Sanders n’arrive même pas proche de la nomination. On rapporte que personne d’autre que l’homme le plus riche de l’humanité a demandé à M. Bloomberg de se présenter. Cela illustre la vitalité du caractère brillant du libéralisme américain et son refus de considérer avec sérieux les besoins de la majorité de la population dans ses calculs politiques.

L’éventuelle arrivée de M. Bloomberg dans cette course confirme que virtuellement la totalité du champ démocrate affiche, à des degrés divers, les symptômes d’un parti qui considère que la tyrannie des extrêmement riches est parfaitement naturelle et acceptable. La plupart des candidats.es sont bien heureux et heureuses d’accepter des dons et des appuis d’ultra riches. Contrairement à B. Sanders, aucun.e ne semble prêt à adopter une position de confrontation qui ferait honnêtement un peu peur au 0.1% (de la population) très riche. Même É. Warren à qui il faut reconnaitre qu’elle veut en ce moment, augmenter les taxes et impôts des riches, prend une position plus conciliante envers les ultra riches. Elle met l’accent sur l’esprit modéré de ses propositions et prend soin de dire que les milliardaires sont un produit parfaitement légitime de l’économie américaine.

On peut soutenir que le Parti républicain est la formation politique le plus à l’extrême droite dans le monde industrialisé. Il réunit un mélange de ploutocrates, de fanatiques religieux et de nationalistes blancs et son élite s’associe aux plus malfaisants.es des requins d’industrie des États-Unis. Depuis 2016, l’un d’entre eux et elles le dirige. Le moment actuel met en évidence l’enjeu absolu au cœur de la course présidentielle démocrate : est-ce que les forces qui s’opposent au pillage conservateur présentent une proposition authentique ou ne représentent que l’aile quelque peu plus douce de la ploutocratie américaine ?

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