Ce n’est pas un hasard si, en pleine campagne, le chef de Projet Montréal, Luc Rabouin, a appelé sur les réseaux sociaux à un embargo sur les armes à destination d’Israël. Cette déclaration semble s’adresser à un électorat de plus en plus sensibilisé au génocide à Gaza.
Cependant, conquérir des voix par de simples gestes symboliques ne sera pas si facile. La mémoire politique pèse lourd : pendant son mandat, Projet Montréal a ignoré, voire marginalisé, les mouvements pro-palestiniens de la ville, tout en entretenant des relations de connivence avec les lobbys sionistes locaux. Croire qu’une déclaration sans conséquences réelles suffira désormais à convaincre paraît peu crédible.
La question de fond est claire : un candidat qui souhaite réellement s’engager pour la justice et faire preuve de cohérence face au génocide palestinien dispose d’outils politiques concrets à l’échelle municipale. Il ne s’agit pas seulement de publier des communiqués, mais de mettre en place des changements tangibles.
Des précédents existent. Des villes comme Liège (Belgique), Oslo (Norvège), Barcelone (Espagne) ou Oxford (Royaume-Uni) se sont déclarées Libres d’Apartheid. Ce modèle, connu sous le nom de Free Apartheid Cities, s’inspire d’expériences historiques comme les Villes Libres de Nucléaire ou les Zones Libres d’Apartheid pendant la lutte contre le régime sud-africain. L’idée est simple mais puissante : que les municipalités se positionnent publiquement contre l’apartheid et l’occupation israélienne, et qu’elles accompagnent cette position de mesures concrètes.
Qu’implique concrètement une Ville Libre d’Apartheid ? Entre autres :
• Ne pas conclure de contrats, d’accords ni d’achats avec des entreprises ou institutions israéliennes complices de l’apartheid ou des colonies.
• Exclure des compétitions sportives et des scènes culturelles les équipes, troupes ou événements sponsorisés par l’État d’Israël.
• Interdire dans l’espace public municipal toute publicité ou parrainage provenant d’entreprises impliquées dans les violations des droits du peuple palestinien.
• Suspendre les jumelages avec des municipalités israéliennes tant que le régime d’apartheid persiste.
• Porter une voix institutionnelle claire, en appelant les gouvernements nationaux à adopter des embargos sur les armes et des sanctions.
Voilà ce qui distingue les mots des actes. Si Luc Rabouin veut prouver un engagement réel envers la Palestine, il ne suffit pas de multiplier les déclarations électorales taillées pour faire la une. Le véritable enjeu est de démontrer que Montréal peut rejoindre un mouvement mondial pour la justice, et tourner le dos à la politique du simple clin d’œil.
Manuel Tapial, membre de Palestine Vivra.
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