Édition du 6 décembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Nous sommes les assassins de la Méditerranée

L’Union Européenne, ses responsables politiques et en dernière conséquence nous qui les avons élus, sommes les assassins de la Méditerranée. Et fiers de l’être.

A chaque fois que des bateaux échouent dans la Méditerranée, nous déplorons les dizaines, centaines et milliers de victimes. Nous parlons d’une « catastrophe humanitaire », du destin cruel des réfugiés qui meurent en tentant de gagner la « terre promise » qu’est l’Europe. Pourtant, les centaines de milliers de morts qui gisent dans les fonds de la Méditerannée, ne meurent pas par hasard. Ils meurent, parce que l’Union Européenne n’a pas envie de dépenser de l’argent pour les sauver. L’Europe préfère sauver des banques.

En mettant un terme à l’opération « Mare Nostrum », l’UE a changé d’orientation. Si l’objectif de « Mare Nostrum » était de sauver des vies humaines, même loin des côtes italiennes, cette opération a été arrêtée en Octobre 2014 – l’UE n’avait pas envie de porter le coût de cette opération et l’Italie n’était pas en mesure de supporter seule ce coût. « Mare Nostrum » était donc remplacée par l’opération « Triton » qui poursuit un tout autre objectif – non pas le sauvetage de vies humaines, mais uniquement la sauvegarde des frontières de l’UE. Nuance.

Le cynisme politique n’a plus de limites. Ainsi, le ministre de l’intérieur allemand Thomas de Maizière s’est réjoui que « Triton » avait un « effet dissuasif » sur les réfugiés.

Comment peut-on à la fois verser des larmes de crocodile lorsque des centaines de personnes se noient devant les côtes européennes, tout en se réjouissant que ces morts aient un « effet dissuasif » sur ceux qui doivent fuir leur pays pour des raisons multiples ?
L’hypocrisie bat son plein. Le Pape a appelé le monde à faire plus pour les réfugiés. Le commissaire européen de l’intérieur, Dimitris Avramopoulos, s’est contenté de dire la même chose et ce, malgré le fait qu’il s’agit d’une sordide histoire d’argent. Pourquoi le Vatican n’ouvre pas sa bourse bien pleine pour financer la reprise de « Mare Nostrum » ?

Pourquoi l’UE ne revient’elle pas sur sa décision de sauvegarder des frontières au lieu de sauver des vies humaines ? Pourquoi les pays européens laissent-ils l’Italie seule face à ce problème « géographique » ? Si les réfugiés arrivaient massivement par la Mer du Nord pour atterrir principalement en Allemagne, on peut parier qu’Angela Merkel aurait fait le nécessaire pour faire cotiser les états-membres de l’UE solidairement.

Ces appels de « faire plus » s’adressent à qui, exactement ? A nous, les citoyens ? A ceux qui sont responsables de la politique européenne ? Au bon Dieu ? Il ne suffit plus de regarder le Journal Télévisé en se disant que ce qui se passe en Méditerranée est horrible. C’est horrible parce que nous donnons le pouvoir politique à des acteurs qui mènent une telle politique. Les choses n’arrivent pas par hasard. Nous, citoyens européens, sommes en effet les seuls à pouvoir y changer quelque chose – en mettant nos élus sous pression et, le cas échéant, en votant différemment à l’avenir.

Déplorer simplement ce qui arrive aux pauvres réfugiés, sans agir, c’est se rendre coupable aux côtés de ceux qui, en notre nom, mènent un telle politique cynique et inhumaine. En 2013, face au naufrage de plusieurs bateaux de réfugiés, l’Italie avait spontanément réagi de manière humanitaire en lançant « Mare Nostrum ». Ecrivez à vos élus, à tous les niveaux, et réclamez la remise en place immédiate de « Mare Nostrum », à financer par l’ensemble des pays européens. La vraie mission de l’Union Européenne n’est pas de sauver des banques et des « marchés financiers » corrompus, mais de sauver des vies humaines.

Kai Littmann

Militant anticapitaliste allemand.

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