Édition du 20 février 2024

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Québec solidaire

Pour une défense civile non violente – Deuxième partie

Nous poursuivons ici notre réplique aux arguments invoqués par les tenants et tenantes de l’option B en faisant valoir que seule la défense civile non violente peut véritablement assurer la protection et la souveraineté de la nation québécoise.

Argument 5 : La résistance civile spontanée ne sera jamais une stratégie de défense

Plusieurs armées s’intéressent justement aux composantes d’une défense civile non violente ; les pays nordiques, la France, l’Autriche, le Danemark. Les études de cas historiques de luttes populaires non violentes sont de plus en plus probantes quant à l’efficacité et à la force politique qu’elles constituent. Et justement, le fait est que, lorsqu’on considère l’efficacité de la résistance et de la non-coopération improvisées comme une véritable force politique, ce mécanisme devient important. Les chercheurs en sciences politiques se penchent présentement sur la force politique que pourrait représenter une mobilisation des populations à la non-coopération, puis à la résistance qui serait organisée. Une fois planifié, préparé en y allouant des ressources et appliqué dans une société qui a considérablement réduit ses structures névralgiques, l’arsenal de l’action non violente a toutes les chances de devenir particulièrement dissuasif.

Sous-argument : Une stratégie strictement axée sur la résistance civile expose la population aux conséquences d’une occupation rendue plus facile par l’absence d’une force de défense.

En fait, la posture défensive d’une armée est très souvent plus destructrice pour la société qu’on aspire défendre que l’invasion en elle-même. C’est la raison pour laquelle les militaires en général préfèrent de loin la posture offensive. Tel que mentionné précédemment, lorsque l’ennemi est chez nous, on détruit nos propres installations. On connait très bien le vieil adage militaire qui dit que la meilleure défense, c’est l’attaque.

Argument 6 : Il est parfaitement possible de s’opposer à l’interventionnisme militaire sans abolir l’armée.

Les technologies militaires coûtent très cher. Elles sont un immense poids dans l’équilibre budgétaire d’un État. De plus, les avancées technologiques continues font en sorte que ces équipements doivent être importés à très gros prix. Les armées doivent acheter tous les équipements de réparation et les pièces de rechange de façon à être autonomes en cas de bris. De moins en moins de pays sont capables de suivre le rythme, ce qui explique les complaintes continues des pays plus riches au sein des alliances. Une force militaire est un drain sans fond, et son poids budgétaire a un impact très important sur l’équilibre entre les dépenses de sécurité et les dépenses sociales dans un État. Une fois qu’on met le bras dans l’engrenage, il est très difficile d’en sortir. Les pays les plus riches eux, développent des systèmes d’armes et tentent de rentabiliser leurs équipements par l’exportation d’armes. Souhaitons-nous sérieusement prendre une telle tangente si une alternative existe ?

Sous-argument : Les forces armées actuelles doivent être réformées pour mettre un terme à la culture toxique qui y sévit, mais sont-elles vraiment irréformables ?

Ce commentaire illustre simplement la profonde méconnaissance des éléments d’une défense civile non violente. Il y a présomption que les armes sont la seule voie de défense et que la lutte
populaire ne se limite qu’à des manifestations. Aussi pour avoir des armes, soit il faut en produire, ce qui implique d’en exporter, ou il faut les acheter, ce qui entraîne un énorme drain financier.

Argument 7 : Se mettre les militaires à dos n’est pas une stratégie gagnante pour un Québec indépendant.

En premier lieu, même avec une importante organisation de défense populaire non violente, la société québécoise aura de grands besoins en terme d’infrastructures de sécurité. Les frontières et la périphérie du territoire devront être protégées et même policées afin de ne pas laisser place à la criminalité. Les missions d’assistance aux pouvoirs civils en cas de cataclysmes devront être assumées par des unités responsables de la mise en ouvre de la stratégie de défense civile. Nous devrons évaluer la capacité logistique souhaitée pour remplir ces missions. Il est possible aussi de creuser les rôles à jouer sur le plan international. Les fonctions associées à la Défense civile pourraient s’avérer être en parfaite cohérence avec les militaires qui sont gagnés à la cause des Casques bleus et à la construction de la paix. Il y aurait une parfaite cohérence entre leur rôle au pays comme à l’étranger.

Sous-argument : Comment espère-t-on convaincre nos militaires de prêter allégeance à notre gouvernement indépendantiste si nous adoptons une position comme l’option A, qui leur envoie essentiellement le message que l’armée est une institution irréformable à éradiquer, qu’ils et elles ne sont que de méchants soldats impérialistes qui prônent la violence et qui n’ont pas les valeurs à la bonne place ?

Encore une fois, méconnaissance profonde de ce qu’implique une défense civile non violente. Les spécialistes qui connaissent les enjeux de défense, de vulnérabilité et de sécurité doivent développer le plan de défense. La population doit être formée, les plans de réaction populaire doivent être préparés. Les mécanismes d’inventaire des nœuds névralgiques et de réduction des vulnérabilités doivent être définis et mis en place. Bref ! Les militaires auront du travail plus qu’ils ne le peuvent.

Argument 8 : Adopter une position antimilitariste sans nuance prête flanc à la caricature.

Tout est dans la façon de la présenter et d’articuler le projet de cette option de défense. On est loin ici d’une option « sans défense ». De plus, affirmer que cette option est du jamais vu relève de l’ignorance historique. En fait, toutes les armées se penchent sur les inventaires de sites névralgiques. Au lieu de tendre à en réduire le nombre ou la vulnérabilité ; on se questionne sur les meilleures armes pour les protéger. Toutes les armées se penchent sur le rôle de la population civile en situation de conflit armé. La défense armée voit les citoyens et les citoyennes comme des agents de production et des pourvoyeurs de fonds. La défense civile non violente les voit comme des acteurs de la résistance, ce que certaines armées commencent à comprendre maintenant. Ce débat ne doit pas se faire sur la base de l’ignorance et de l’exclusion d’une option qu’on ne prend même pas le temps de comprendre.

Les deux sérieux problèmes de la défense armée sont le fait que, en situation d’agression, les armes détruisent nos propres infrastructures. En second lieu, les armes doivent être produites, et les États rentabilisent l’industrie en exportant ces mêmes armes, armes qui se retrouvent souvent entre des mains ennemies.

Sous-argument : Notre travail d’ici 2022 doit être de convaincre le Québec que nous sommes prêtes et prêts à prendre le pouvoir et à faire du Québec un pays.

La véritable question est la suivante : comment entend-on réaliser la souveraineté ? Croyons-nous naïvement que le Canada acceptera une déclaration d’indépendance sans broncher ? Et, en vue de ce qui se produit présentement en Catalogne, quels moyens offrons-nous à la population pour réaliser cette souveraineté ?

Avant de penser à une défense armée, il faut voir les options réalistes de lutte pour l’accession à l’indépendance. C’est le point de départ logique de la réflexion, non ?

Normand Beaudet

L’auteur est fondateur du Centre de ressources sur la non-violence et
propriétaire d’une entreprise de consultation en informatique.

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