Édition du 24 mai 2022

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Asie/Proche-Orient

Pékin accueille les Jeux de la nouvelle guerre froide

Les JO d’hiver de Pékin se déroulent du 4 au 20 février dans un climat géopolitique tendu. En pleine crise ukrainienne, un sommet sera organisé entre le Chinois Xi Jinping et le Russe Vladimir Poutine, présent à la cérémonie d’ouverture, contrairement à la plupart des dirigeants occidentaux.

Tiré de Médiapart.

Pour la deuxième fois de son histoire, Pékin organise des Jeux olympiques, du vendredi 4 février jusqu’au 20 du même mois. Près de quatorze ans après ceux d’été, la capitale chinoise et deux autres zones situées au nord de Pékin, Yanqing et Zhangjiakou, accueillent ceux d’hiver, avec de la neige artificielle, une bulle sanitaire en raison de la pandémie et beaucoup de polémiques en raison notamment des atteintes aux droits humains. Sans oublier un contexte géopolitique marqué par une nouvelle guerre froide entre les pays occidentaux et un axe Pékin-Moscou.

Les jeux de Xi

Comme en 2008, c’est l’occasion pour l’État-parti de mettre en scène ses succès auprès de la population chinoise. Un article du Quotidien du Peuple, dans l’édition du 2 février, résume bien cette stratégie : « Le secrétaire général [du PCC – ndlr] Xi Jinping a souligné que la préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de Pékin reflète une fois de plus le leadership du Parti et les avantages institutionnels du système national et de la concentration du pouvoir pour réaliser de grandes choses. »

C’est donc l’occasion pour la machine de propagande de souligner les réussites de son secrétaire général-président Xi Jinping au pouvoir depuis 2012, plusieurs mois avant qu’il ne soit reconduit pour un troisième mandat à l’automne prochain lors du XXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC).

Xi et Poutine publieront une « déclaration commune sur la nouvelle ère des relations internationales ».

Lors des JO d’été, alors vice-président et en pleine ascension politique, Xi Jinping avait été rappelé de Shanghai pour mener à bien les derniers préparatifs de l’événement. Là, tout a été décidé par lui de manière très efficace, écologique (sic) et sobre, souligne la propagande officielle.

On retrouvera pour la cérémonie d’ouverture de vendredi le même lieu – le stade désigné sous le surnom de « Nid d’oiseau » – et le même concepteur pour les spectacles, le réalisateur de cinéma Zhang Yimou, qui avait mis en scène en 2008 l’aura retrouvée de la puissance chinoise. « Nous allons raconter des histoires chinoises, nous allons raconter au monde de bonnes histoires chinoises », a-t-il expliqué à la télévision nationale CCTV. Mais le spectacle sera sûrement moins fastueux.

Poutine en invité d’honneur

Ce sera aussi l’occasion pour Pékin de mettre en scène l’alliance avec Moscou, alors que les États-Unis, depuis le mandat de Donald Trump, ont durci leur politique envers la Chine. Nul doute que tous les regards seront tournés, lors de la cérémonie d’ouverture, vers les tribunes où seront assis côte à côte Xi Jinping et Vladimir Poutine.

Dans un reportage diffusé le 2 février, la chaîne nationale publique CCTV s’attarde sur les liens entre les deux hommes. Le reportage, consacré au numéro un chinois, est sans équivoque : aux yeux de Vladimir Poutine, affirme CCTV, « il [Xi – ndlr] est un dirigeant de classe mondiale » et « il est le seul dirigeant étranger avec lequel nous nous souhaitons nos anniversaires ».

Xi est surtout celui qui a renoué avec Moscou comme au bon vieux temps qui a précédé la rupture de la fin des années 1950. Son premier voyage à l’étranger en mars 2013 avait d’ailleurs été pour la capitale russe et depuis les deux dirigeants se sont vus trente fois.

Les JO seront donc propices à un nouveau sommet entre les deux hommes, qui, selon un conseiller de Vladimir Poutine, publieront une « déclaration commune sur la nouvelle ère des relations internationales ». « Nouvelle ère », l’expression est chère à Xi Jinping, puisqu’il l’utilise pour désigner son « règne » et ses rêves d’autocrate. Nul doute que les deux hommes se rejoindront pour critiquer l’attitude des États-Unis et des autres pays occidentaux, et pas simplement sur le dossier ukrainien.

Autant Pékin que Moscou considèrent que l’époque post-guerre froide dominée par les Occidentaux est dépassée et que ces derniers devraient faire preuve de plus de modestie en raison de leurs échecs successifs au Moyen-Orient et en Afghanistan. L’envoi de soldats américains décidé par le président états-unien Joe Biden en Pologne, en Allemagne et en Roumanie ne peut que renforcer ce sentiment.

Dans une interview accordée à l’agence Chine Nouvelle publiée jeudi, Vladimir Poutine a souligné que « des positions similaires et cohérentes sur la résolution des problèmes mondiaux et régionaux constituent la base d’une politique étrangère coordonnée entre la Russie et la Chine ».

Haro sur les « Jeux du génocide »

L’atmosphère sera donc bien différente de 2008, beaucoup plus glaciale. Moins de public qu’il y a 14 ans en raison de la pandémie et un sentiment de forteresse assiégée renforcée par les critiques croissantes des pays occidentaux sur les atteintes aux droits humains, en particulier dans la région du Xinjiang, dont l’ethnie turcique musulmane des Ouïghours est la principale victime.

Plusieurs pays – les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie – boycottent diplomatiquement l’événement. On est bien loin du slogan de ces JO d’hiver : « Tous ensemble tournés vers l’avenir ». Washington a mis en avant le génocide des Ouïghours au Xinjiang et la répression des mouvements pro-démocrates à Hong Kong. Début décembre, la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, avait expliqué que les États-Unis ne voulaient pas « contribuer à la fanfare des Jeux ».

Vladimir Poutine a fustigé, dans son entretien à Chine Nouvelle, « certains pays [qui] tentent de politiser les questions sportives pour leurs propres intérêts égoïstes ».

Côté français, si en août 2008, Nicolas Sarkozy, qui avait soulevé dans un premier temps le sujet du boycottage en raison de la répression au Tibet, avait finalement effectué une visite éclair, s’envolant dès la fin de la cérémonie d’ouverture, cette fois Emmanuel Macron ne sera pas présent.

Le CIO semble déterminé à prétendre que tout va bien tant que les Jeux continuent à rapporter de l’argent.
- Maya Wang, Human Rights Watch

Si la France s’est refusée à tout boycott diplomatique – le président français a évoqué une mesure « toute petite et symbolique » –, elle ne sera pas finalement représentée à la cérémonie d’ouverture. Roxana Maracineanu, ministre chargée des sports, se rendra en Chine du 11 au 15 février, « afin de marquer son soutien aux athlètes français en lice ainsi qu’à leur encadrement, et leur témoigner la considération de l’État ».

Comme toujours sur la Chine, l’Union européenne n’a pas réussi à se mettre d’accord sur une politique commune. Ainsi le président polonais Andrzej Duda sera présent à la cérémonie d’ouverture.

Les organisations de défense des droits humains ont dénoncé la complicité du Comité international olympique (CIO). Pour Maya Wang de Human Rights Watch (HRW), le CIO devrait se voir remettre « la médaille d’or de la complicité », soulignant en particulier le rôle que l’organisme a joué dans l’affaire Peng Shuai, la star de tennis qui avait accusé un haut dirigeant à la retraite d’abus sexuels, en se prêtant à la mise en scène organisée par Pékin. « Quelles que soient les allégations formulées à l’encontre du gouvernement chinois, le CIO semble déterminé à prétendre que tout va bien tant que les Jeux continuent à rapporter de l’argent », écrit-elle.

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