Édition du 7 avril 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éducation

Plaidoyer pour un carré rouge

Depuis son arrivée au pouvoir il y a 9 longues années, le gouvernement Charest nous fournit presque sur une base quotidienne des exemples démontrant pour qui il travaille réellement. Ainsi, faire une liste exhaustive des dossiers où le gouvernement Charest a fait primer des intérêts privés au détriment d’intérêts collectifs me ferait dépasser largement le nombre de caractères idéal pour un blogue.

Cet empressement du gouvernement Charest à satisfaire l’intérêt de ses mécènes et amis proches gangrène l’ensemble des sphères d’intervention de l’État : des ressources naturelles aux garderies privées en passant par l’industrie de la construction et les contrats informatiques, tout y passe. Le dernier budget du ministre Bachand en est une autre preuve éloquente : on déploie un pont d’or pour les minières ou des amphithéâtres privés, en refilant la facture à la classe moyenne, aux étudiants, aux aînés, à celles et ceux qui ne fréquentent pas la chambre de commerce.

En santé, notre domaine de prédilection, nous sommes à même de constater une tendance similaire visant à transformer des services, des valeurs et des humains en occasions d’affaires : recours insensé aux agences privées de professionnelles en soins, développement anarchique et irresponsable des ressources intermédiaires pour personnes âgées en perte d’autonomie, sous-traitance de chirurgies à gros prix et mise en place de projets en PPP dont la principale vertu réside dans la privatisation des profits et la collectivisation des risques. Et si, chaque fois que le secteur privé est en cause, l’état des finances publiques et la capacité de payer des contribuables ne semblent pas poser problème, il en va tout autrement lorsqu’il est question d’améliorer les conditions de travail des professionnelles en soins qui tiennent le système de santé à bout de bras.

Ça, les Québécoises et Québécois le comprennent et ne font plus confiance à Jean Charest, qui bat des records d’insatisfaction.

Pourtant, lorsqu’il est question des étudiants et de la hausse des frais de scolarité, une proportion beaucoup trop grande à mon goût de la population semble croire que le gouvernement Charest puisse agir soudainement dans l’intérêt du public. Vraiment ?

Ce que Jean Charest et le parti libéral essaient de faire, c’est transformer nos établissements d’éducation en centres de formatage de travailleuses et travailleurs au service de l’entreprise privée. C’est de remplacer la prise en charge collective de l’éducation par une prise en charge individuelle. C’est d’alléger les charges fiscales des plus fortunés pour les transférer vers les classes moyennes et à faible revenu.

Ça, de plus en plus d’experts indépendants le soulignent, comme on peut le voir, entre autres, dans les documents suivants :

* Les 8 mythes sur la hausse des frais de scolarité (IRIS, sur YouTube, 24 mars 2012)

* Droits de scolarité : le gel, un bon investissement gouvernemental (Michel Girard, La Presse, 26 mars 2012)

* La hausse des droits de scolarité et ses impacts sur le coût de programme de l’Aide financière aux études (Rapport de recherche de l’IRÉC, janvier 2012, format PDF)

* À qui profite la hausse ? Aux institutions financières (Estelle Grandbois, Mathieu St-Onge et Maxime Lefrançois, doctorants en sociologie, Le Devoir, 27 mars 2012) .

Notre organisation a été bâtie par des professionnelles en soins qui ont lutté toute leur vie pour défendre des valeurs de solidarité, de partage, de justice. C’est d’ailleurs pourquoi ces valeurs sont inscrites dans notre déclaration de principes : elles constituent notre raison d’être et le point d’ancrage de nos actions quotidiennes. Au même titre que la taxe santé imposée à chacune et chacun de nous, sans égard au revenu, pour « améliorer l’accès aux soins de santé » (avez-vous noté une différence depuis que vous la payez ?), la hausse imposée des frais de scolarité menace ces valeurs de solidarité, de justice et de partage.

La jeunesse québécoise se lève pour manifester son opposition à la mafia patronale qui nous gouverne. Elle lutte pour des valeurs que nous chérissons. Ne restons pas les bras croisés. Oser, agir, influencer, le changement passe par nous… ça vous dit quelque chose ? Pourquoi ne pas commencer par un carré rouge ?

Régine Laurent

Présidente

Porte-parole officielle de la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec.

Responsable : Communication-Information

Parcours syndical et professionnel

Diplômée du Collège du Vieux-Montréal en soins infirmiers

Infirmière depuis 1980 à l’Hôpital Santa Cabrini

Militante syndicale depuis 1984

Secrétaire au sein du comité exécutif de la FIQ de 1991 à 2001

Militante syndicale locale à l’Hôpital Santa Cabrini de 2001 à 2005

Présidente de l’Alliance interprofessionnelle de Montréal (AIM) de 2005 à 2009

Présidente de la FIQ depuis juin 2009

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