Édition du 8 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 14 mai 2019

Résister aux manoeuvres de division du camp populaire

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Biométhanisation

L’administration Labeaume de la Ville de Québec nous sert un autre de ces projets qui ne correspond pas à la réalité et aux enjeux face aux dérèglements climatiques et qui sert davantage la filière des énergies fossiles que la lutte aux émissions de GES. Jean-Yves Desgagné, qui oeuvre auprès de l’organisme « Une ville zéro déchet », explique les enjeux de ce projet et les risques qui y sont lié. Il déplore l’improvisation du projet et ses nombreux aspects qui demeurent dans l’ombre. Et au bénéfice de Gaz Métro-Energir qui y trouvera une source d’approvisionnent en gaz liquide abordable.

Uber

Uber entre en bourse et pour plaire aux éventuels investisseurs, l’entreprise baisse les revenus des chauffeurs et augmente ses tarifs. Le 8 mai dernier, une journée nationale d’action fut organisée de concert avec des chauffeurs d’autres pays, notamment aux États-Unis. La compagnie de l’économie dite « collaborative » mise sur un modèle où elle n’encourt aucun risque : « Si personne n’a besoin d’un chauffeur en ce moment même, Uber n’a effectivement aucun coût à défrayer. Ce manque de sécurité du revenu est l’une des principales causes de la tension croissante entre les travailleurs et les entreprises. » souligne l’auteur. Il mentionne aussi les difficultés que rencontrent les personnes mobilisées sans la présence d’un syndicat. Alors que le gouvernement caquiste s’apprête à dépenser des centaines de millions de dollars pour racheter les permis des chauffeurs de taxi et ainsi ouvrir la voie à la présence massive d’Uber au Québec, il est éclairant de lire sur la résistance qui se développe dans le ventre de la bête.

Laïcité

Un texte collectif énonce 14 principes qui, selon les signataires, devraient inspirer le sens de la laïcité que le Québec est à définir lors du débat qui a court en ce moment. Le texte va au coeur du problème soulevé par les contradictions du projet de loi 21 de la CAQ, soit qu’il y a deux poids, deux mesures dans la démarche caquiste : on s’attaque aux symboles religieux de groupes minoritaires, les musulman.e.s en premier lieu, mais rien en ce qui concerne la les écoles confessionnelles privées, les avantages fiscaux et accordés aux communautés religieuses, la prière dans les conseils municipaux et les autres organismes lié à l’Etat, etc. Les propositions des signataires veulent combler ces angles morts de l’approche caquiste.

Grève des stages, grève féministe

Le mouvement pour la rémunération des stages poursuit sa lutte et les auteur.e.s souligne que les secteurs d’emploi touchées (éducation, travail social, soins infirmiers…) sont en majorité occupés par des femmes, apportant ainsi à cette bataille d’importants enjeux particuliers pour les femmes. Brossant un panorama de cette mobilisation, de la formation des CUTE (comités unitaires sur le travail étudiant) aux mobilisations de l’hiver 2019 et à la répression qui s’en est suivie, le texte montre les aspects exemplaires de cette lutte pour toute mobilisation qui se veut démocratique et combative et conclut notamment que « du point de vue symbolique, l’attribution d’un salaire supprime l’aspect normalisé de l’exploitation du travail et, du même coup, permet de politiser les conditions dans lesquelles ce travail est effectué. »

Black face

Eric Fassin revient sur les enjeux de censure et d’appropriation culturelle en rappelant que « provoquer l’annulation d’un spectacle, fût-il sexiste, homophobe ou raciste, finit toujours par se retourner contre les minorités. Boycotter est parfois de bonne politique, interdire jamais. La preuve : la mauvaise querelle de la censure autour du blackface ou « déguisement racial » fait écran aux justes questions que soulèvent la représentation des minorités au théâtre et leur sous-représentation. Tout se passe en effet comme s’il fallait choisir entre liberté de création et engagement antiraciste. Il souligne que « La politique n’est pas extérieure à l’esthétique ; le nier est coûteux politiquement, mais aussi esthétiquement » et évoque le cas de « Kanata, pièce de Robert Lepage invitée par le Théâtre du Soleil : monter un spectacle sur l’exclusion des populations autochtones dans la société canadienne, mais refuser de les entendre lorsqu’elles interpellent sur leur absence au théâtre, expose un grand metteur en scène à produire une œuvre dénuée d’intérêt. »

Sur la scène internationale

La situation internationale est marquée par des mobilisations de masse en Algérie et au Soudan. Mais la Pologne, le Mexique et Haiti ont connu des grèves générales et des mobilisations de rue importantes. C’est ce qui a retenu notre attention cette semaine.

Concernant l’Algérie

Algérie post-Bouteflika : pour une transition démocratique

Bouteflika parti, comment va réagir les masses populaires. Le slogan Yatnahaw ga’, « qu’ils dégagent tous », nous indique un peu les réponses des mobilisations. Pas question de voir les mobilisations s’arrêter et permettre à un autre militaire de prendre le pouvoir. Pour l’auteur, parler de transition démocratique en Algérie nécessite de comprendre le rôle de l’armée comme obstacle majeur surtout face à l’exemple de l’Égypte. Il mentionne aussi le silence de la France sur les événements : « De son côté, la presse française se cantonne à relater les événements les plus marquants sans revenir sur la connivence de l’État français – qui a colonisé l’Algérie pendant plus d’un siècle – avec le régime ou les revendication de « deuxième indépendance », la première restant inachevé. » La France préfère préserver ses avantages économiques sur les ressources naturelles et voir la situation politique se stabiliser. Mais rien n’est jouer en Algérie. Un dossier à suivre.

Concernant le Soudan

Soudan – La grève générale est une question de vie ou de mort : la révolution soudanaise est à la croisée des chemins

« La magnifique révolution soudanaise est à la croisée des chemins, » nous résume l’auteur. Il place ensuite les enjeux de négociation : « En parallèle de la grève générale se pose un défi majeur : avec quels militaires négocier ? Quels militaires sont-ils autorisés à participer à la phase de transition ? » et ce à l’instar de ce qui se passe aussi en Algérie. L’article se poursuit en faisant le tour des enjeux posés au comité de négociation. Quelle structure mette en place ? « Tandis que l’opposition exigeait un conseil « souverain civil » comprenant tous les membres du conseil militaire (7 généraux) et 8 personnalités civiles, le conseil militaire refusait et exigeait un conseil souverain civil toujours avec tous les membres du conseil militaire (soit ses sept membres) mais avec trois civils seulement. »

Rien n’est donc jouer au Soudan. L’auteur pose pour la gauche quelles perspectives devraient-on avancer ? « La préservation du caractère pacifique de la révolution impose une mobilisation rapide pour la grève générale de masse et de s’adresser à cette frange de l’institution militaire pour la rallier à la grève. » Telle est la conclusion de l’auteur.

Concernant la Pologne

Pologne : Grève générale enseignante

Les enseignants et enseignantes en Pologne ont débrayé le 8 avril. « 14000 écoles du primaire et écoles maternelles sur les 20 400 que compte la Pologne étaient fermées » L’ampleur et l’importance de cette mobilisation n’a pas été reconnue par le syndicat de Solidarnosc qui a accepté l’entente de principe accordant « 5% d’augmentation dès janvier et 9.6% en septembre » au grand mécontentement des grévistes. L’auteur poursuit son article en faisant un historique des mobilisations enseignantes en la situant dans le contexte des mesures néolibérales appliquées en Pologne.

Il mentionne aussi le grand élan de solidarité qu’a connu le syndicat. « Les syndicats OPZZ de la compagnie LOT et FZZ du Rail ont exprimé leur soutien aux grévistes, tandis que le 11 avril, une collecte recueillait un million de zlotys pour une caisse de grève. OZZ-IP a également mis en place sa propre collecte dans le but de soutenir les personnels en grève des écoles des petites villes et villages. » Voici un conflit loin d’être réglé et qui mérite notre attention.

Concernant le Mexique

Mexique : une grève générale victorieuse dans 92 maquiladoras

On entend peu parler du Mexique en dehors des narcotrafiquants, des féminicides et du libre-échange États-Unis-Canada. La ville de Matamoros a pourtant fait histoire. Une grève générale dans les maquiladoras ne devrait pas passer inaperçue. L’article nous décrit la situation et nous fait comprendre l’ampleur de cette mobilisation « Quelques 96 entreprises, affiliées à l’ex-officialiste Confederation des Travailleurs du Mexique (CTM), regroupant environ 60 000 travailleurs sont parties en grève sur la revendication d’une augmentation de salaire de 20% et d’une prime annuelle de 32 000 pesos (1670 dollars) indexée sur les hausses salariales. Le mouvement « 20 (%)-32(000 pesos) »a gagné dans 92 maquiladoras, quatre grèves restent à gagner en plus de la grève à l’usine Coca Cola. La vague gréviste a touché des puissants supermarchés comme Wall-Mart, Soriana et Chedraui, bien que là ils n’aient pas complètement atteint leurs objectifs. » L’auteur mentionne aussi que le salaire minimum au Mexique est parmi les plus bas au monde : « à partir du 1er janvier 102.68 Pesos (5.34 dollars au niveau national et 176,72 pesos (9,20 dollars) dans la zone libre de la frontière nord). Même avec l’augmentation de 100%, les voraces entreprises maquiladoras payent dix fois moins au Mexique que ce qu’elles payent dans leurs pays d’origine. » De quoi susciter la grogne.

En conclusion, l’auteur rapporte les revendications à avancer dans une approche de gauche : « Entourer de la plus large solidarité les grèves en cours, exiger une réforme du code du travail qui garantisse la liberté syndicale et la prévalence de la justice, limiter la tertiarisation et supprimer les réformes anti ouvrières de 2012, le contrôle syndical des fonds de pension et la récupération de leur caractère solidaire, un programme pour récupérer la perte historique du salaire des travailleurs, la semaine de 35 heures de travail, l’audit de la dette publique et le refus de payer la dette illégitime. »

Concernant Haïti

Les luttes paysannes et la crise haïtienne

L’article commence par décrire l’état de décomposition de la société haïtienne : « Depuis 2 mois l’’Etat a des difficultés pour rémunérer ses employés. L’approvisionnement du marché national en produits stratégiques ne se fait plus avec régularité. Depuis décembre 2018 la rareté des produits pétroliers génère une situation chaotique avec ces derniers jours un blocage presque complet de la vie économique. Dans la capitale des quartiers entiers sont privés d’électricité durant de longues périodes. Le déficit fiscal continue à se creuser avec l’explosion du crédit fournit par la Banque centrale au fonctionnement de l’appareil de l’État surendetté. Entre octobre 2017 et décembre 2018 la quantité de citoyens et citoyennes en phase critique de malnutrition est passée de 1.7 millions à 2.3 millions et on prévoit que ce chiffre peut atteindre 2.8 millions entre mars et mai 2019. Les réserves internationales nettes sont au plus bas niveau depuis plusieurs décennies. »

L’article poursuit en dénonçant les conséquences des politiques néolibérales, des mesures exigées par le FMI. Les politiques de privatisation sont mises ici aux premières loges de l’aggravation de la pauvreté en Haïti. Pour les paysan-ne-s leur situation est fragilisée par l’accaparement des terres par les multinationales. Pas étonnant de voir les masses se mobiliser et réclamer : « la démission du Président de la République, la mise en place du procès petroCaribe et des mesures rapides et énergiques pour une récupération du pouvoir d’achat de la population se multiplient ». Haïti a connu trois périodes de mobilisations intenses. Maintenant les militantes et militants s’unifient pour réfléchir la situation en organisant des séances de travail autour du thème « Luttes paysannes et crise haïtienne »

Bonne lecture

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