Édition du 17 septembre 2019

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Laïcité

Après la journée de réflexion sur la laïcité

Pour un compromis sur le « compromis » !

La Commission Formation de Québec Solidaire a organisé une belle journée de réflexion sur la laïcité, samedi 9 février, au Cégep de Trois-Rivières. La première partie, en matinée, a été webdiffusée pour permettre à l’ensemble des membres de suivre les différentes interventions des panelistes invités. Remercions l’équipe d’organisation, aussi bien la section locale de Québec Solidaire que le national.
Cependant, alors que deux options A et B sont proposées au débat et au vote des membres au prochain Conseil national de fin mars, il convient de signaler un déséquilibre de représentation des positions débattues à travers la composante des panélistes invités. Tandis que Charles Taylor, Lucie Lamarche (Ligue des droits et des libertés) et Benoit Renaud (Commission politique nationale) ont été d’excellents défenseurs de l’option B, seul le jeune et brillant professeur de droit de l’université Laval – qui a remplacé Gérard Bouchard - a défendu les « vertus » de l’option A et notamment la faisabilité juridique de la recommandation de la Commission Bouchard-Taylor sur l’interdiction du port des signes religieux par les agents de l’État en position d’autorité coercitive et portant un uniforme.

Mario Beauchemin représentant la CSQ, centrale syndicale qui n’a pas encore pris position au sujet du projet de loi que déposera la CAQ ce printemps mais qui, il faut le rappeler, avait appuyé la charte des valeurs du PQ en 2013 était aussi présent parmi les panélistes. Paraissant quelque peu gêné, il n’usera pas de la totalité de son temps de parole dans son intervention dont on retiendra que pour la CSQ « le port des signes religieux chez les enseignants n’était pas du tout une priorité pour eux (membres de la CSQ) ».

Si on ajoute les présentations faites durant cette journée par la Commission nationale d’inclusion et surtout le Collectif antiraciste, on peut dire que le déséquilibre était « flagrant ».

Un parti inclusif et des partisans de l’option B très actifs

Dans l’après-midi, les membres présents à Trois Rivières se sont livrés à des échanges intéressants, respectueux et qui démontrent un haut degré de maturité des militantes et militants de Québec Solidaire. Il convient de souligner l’attachement de la majorité des membres qui ont pris la parole au respect des droits individuels des citoyennes et citoyens et notamment des membres des minorités religieuses. On ne peut qu’être fiers de militer à Québec Solidaire.

Sur le positionnement par rapport aux options en discussion, lorsqu’on analyse les interventions faites par l’assistance, on aperçoit, là encore, un même déséquilibre. Les défenseurs de l’option B étaient bien plus nombreux et en face, ce n’étaient pas les promoteurs de l’option A qu’il y avait surtout, mais plutôt quelques partisans des positions du Collectif Laïcité, lequel milite pour une interdiction totale des signes religieux dans la fonction publique.

Il est étonnant de constater l’absence des promoteurs de l’option A, pourtant plutôt audibles sur le plan médiatique, à travers notamment les sorties de plusieurs députés. C’est pourtant à l’interne qu’ils ont besoin de se faire entendre. Ces promoteurs de la « voie de la raison » semblent un peu trop confiants sur l’issue du débat au prochain Conseil national pendant que les partisans de l’option B sont sur toutes les tribunes, avec malheureusement parfois, une certaine agressivité.

Pour un compromis sur le « Compromis »

Francis Boucher, auteur du livre « la grande déception », souverainiste inclusif et ancien conseiller de Françoise David écrit ce commentaire sur sa page Facebook au sujet des recommandations Bouchard-Taylor : « En 2008, j’écrivais ce communiqué avec Françoise David, tout juste après le dépôt du rapport. Plus de dix ans après, il me paraît encore raisonnable et mesuré. Que de tomates des laïcistes à la française avions nous reçues à l’époque. Aujourd’hui, les tomates viennent du camp de la laïcité ouverte. Je suis perplexe ».

Je dois dire que j’ai moi-même reçu quelques tomates, après la publication de mon texte « Débat sur la laïcité, une troisième voie ? » appelant à rapprocher les options A et B, une voie que je considère comme la plus juste et la plus à même de permettre à QS de préserver sa vision de la laïcité telle que définie au congrès 2009 et à se montrer attachés à la concorde civile en travaillant à en finir avec la polarisation de la société québécoise sur les questions des accommodements raisonnables et des signes religieux.

Cette disponibilité à rechercher un compromis peut être illustrée par l’accord de Québec Solidaire pour endosser la recommandation de la Commission Bouchard-Taylor au sujet de l’interdiction du port des signes religieux aux agents de l’État en position d’autorité coercitive. Et contrairement à l’intitulé de l’option A, l’accord de QS pour ce compromis ne serait effectif qu’à condition que les 4 partis représentés à l’assemblée acceptent de mettre en œuvre l’ensemble des recommandations de la Commission et déclarent leur engagement à cesser l’instrumentation de ces questions pour gagner et faire perdre des élections au prix de la stigmatisation des populations de confession musulmane. Ce ne serait pas changer de position mais d’accepter un compromis national pour préserver le vivre ensemble et qui donne du temps à l’éducation populaire de faire son œuvre.

C’est une voie de raison qui préserve aussi bien les principes auxquels réfèrent – souvent avec raison - les partisans de l’option B que l’attachement de Québec Solidaire à la concorde civile, qui reste un des objectifs de la laïcité et qui montre que nous sommes à l’écoute de l’ensemble de la population québécoise.

C’est la seule voie qui pourra nous prémunir contre ce qui s’est produit lors de la dernière élection fédérale pour le NPD. En effet, alors qu’il s’acheminait tranquillement vers une victoire, la sale campagne sur le Niqab a rétrogradé le Nouveau parti démocratique à la troisième place. Il faut garder à l’esprit que nous ne sommes pas une ligue des droits des personnes mais un parti politique qui veut construire une société juste, inclusive et sauvegardant le bien commun. Et il faut prendre le pouvoir pour réaliser ces objectifs.

Rabah Moulla

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