Édition du 24 novembre 2020

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Afrique

Présidentielle en Côte d’Ivoire : un troisième mandat pour Ouattara, et maintenant ?

Alors que l’opposition avait appelé au boycott, le président ivoirien devrait arracher son troisième mandat. Mais à quel prix ? Violences, coups bas, nouvelle crise politique… En Côte d’Ivoire, l’histoire ne cesse, déplore ce journal burkinabé, qui appelle une partie des “éléphants” à prendre leur retraite.

Tiré de Courrier international.

Il y a quelques semaines, depuis son exil français, [l’ancien chef de la rébellion] Guillaume Soro disait à qui voulait l’entendre que la présidentielle ivoirienne n’aurait pas lieu. Une antienne reprise à l’envi et en chœur par l’opposition, qui a décrété la désobéissance civile et le boycott actif. Ils ne seront finalement pas parvenus à empêcher totalement la tenue du scrutin, qui s’est déroulé certes avec des actes de violences et de vandalismes épars, mais pas dans le chaos généralisé que tout le monde redoutait. Rien de bien nouveau en somme sur la lagune Ébrié, puisque, depuis une trentaine d’années, la Côte d’Ivoire est abonnée aux élections tumultueuses.

Lors de la guerre de succession consécutive à la mort d’Houphouët-Boigny [en 1993], Henri Konan Bédié était sorti vainqueur du bras de fer avec ADO [Alassane Dramane Ouattara, actuel président et déjà prétendant à la magistrature suprême]. En 2000, Laurent Gbagbo s’associe avec le général Robert Gueï pour exclure Bédié et Ouattara avant de rouler son “asso[cié]” dans la farine sur fond de violences inouïes.

En 2010, les trois éléphants de la faune politique ivoirienne [Ouattara, Gbagbo et Bédié] sont tous sur la ligne de départ, mais ça se termine dans le fracas des armes. Bilan, 3 000 morts et le “Woody” [surnom de Laurent Gbagbo] expédié à la CPI pendant que les vainqueurs sablent le champagne et roulent en carrosse.

Vaincre sans péril

Mais tels les bandits d’un western qui se neutralisent mutuellement pour le partage du butin, ADO a [finalement] élimin[é] l’un après l’autre ses anciens alliés qui pensaient leur tour venu. Quand donc enfin les Ivoiriens auront-ils droit à des élections inclusives et transparentes dont les résultats ne souffriront aucune contestation ?

En attendant ce jour béni, contre vents et marées, Alassane Dramane Ouattara aura tenu tant bien que mal son pari grâce notamment à 35 000 éléments des forces de l’ordre mobilisés pour la circonstance.

À cause de la politique de la chaise vide pratiquée par l’opposition, la victoire d’ADO ne fai[sait] l’ombre d’aucun doute, même si à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Mais de gloire, lui s’en fiche comme de sa première barboteuse, sinon après avoir juré qu’il ne renouvellerait pas son bail au palais de Cocody, il n’aurait pas pris prétexte du décès subit de son Premier ministre et dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, pour se présenter pour un troisième mandat.

Comment néanmoins le condamner sans possibilité de rémission quand le Sphinx de Daoukro [surnom d’Henri Konan Bédié], qui n’a pourtant jamais brillé par son intelligence et son flair politiques et qui ne rêve que de vengeance, s’est imposé à 86 ans porte-drapeau de son parti ?

Comment le blâmer quand Laurent Gbagbo, qui n’en a même pas fini avec ses ennuis judiciaires puisqu’il attend son éventuel procès en appel à la Cour pénale internationale [il a été acquitté des charges de crimes contre l’humanité en première instance], lui aussi, trépignait d’impatience d’en découdre à nouveau ?

L’impossible réconciliation ?

La sagesse aurait en fait voulu que tous les trois mettent de côté leur ego surdimensionné et leur haine recuite pour s’éclipser et laisser la place à une nouvelle génération. La scène politique ivoirienne en aurait été ipso facto assainie.

Reste maintenant à savoir ce que le vainqueur va faire de cette victoire programmée à la Pyrrhus. Sa main tendue a peu de chance d’être acceptée puisque l’opposition a dit “ne pas reconnaître l’élection” et “appel[er] les Ivoiriens à la mobilisation générale pour faire barrage à la dictature”.

On peut donc n’être sûr que d’une chose, coup d’État constitutionnel ou pas, cette prolongation au prix d’un changement des règles du jeu en plein match ne va pas servir la réconciliation nationale. Cela demeurera à jamais la tache sombre des années ADO. Mais comme le dit si bien un proverbe de chez nous, “celui qui met le feu à un cimetière ne craint pas les hurlements des fantômes”.

L’observateur Paalga

Fondé en 1973, L’Observateur Paalga est aujourd’hui le plus lu des trois quotidiens burkinabés. Créé sous le nom de L’Observateur, il a été interdit sous le président burkinabé Thomas Sankara, de 1984 à 1987, puis au début de la présidence de son successeur, Blaise Compaoré. Ce n’est qu’en 1991 qu’il reparaitra sous son titre actuel. “Paalga” signifie “nouveau” en moré, la langue parlée par les Mossi.
En 2008, à l’occasion du 35e anniversaire du titre, Edouard Ouédraogo, le directeur de la publication estimait avoir “rempli le rôle historique que nous nous étions assignés en créant ce journal qui était de créer un espace où les Voltaïques de l’époque, les Burkinabè d’aujourd’hui, apprendraient à confronter sainement leurs idées, leurs convictions politiques, leurs convictions idéologiques et cela, au grand bonheur de la démocratie dans notre pays”.

www.lobservateur.bf

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