Édition du 21 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

Quand l'extrême droite indienne fait son cinéma

Un parti nationaliste hindou du Maharashtra a obtenu une forte somme d’argent, en échange de la sortie d’un film ayant un acteur pakistanais à l’affiche. Un marchandage orchestré avec la bienveillance des pouvoirs publics.

Tiré du blogue de l’auteur.

L’extrême droite est-elle aussi fréquentable que l’extrême gauche ? La question n’agite pas que la France, elle tarabuste aussi l’Inde. A Bombay, le chef du gouvernement du Maharashtra, Devendra Fadnavis, vient ainsi de répondre par l’affirmative à la question posée. Un moyen de se dédouaner, après avoir cédé aux pressions d’un parti nationaliste hindou local, le Maharashtra Navnirman Sena (MNS), qui menaçait de saccager toute salle de cinéma qui s’aventurerait à projeter le nouveau film de Karan Johar qui doit sortir en salle le 28 octobre, pour les fêtes de Diwali.

Ae dil hai mushkil ("Les affaires de coeur sont toujours compliquées"), c’est le titre du film, a le défaut d’avoir à son casting un acteur pakistanais, Fawad Khan, ce qui fait tache au moment où l’armée indienne et les organisations islamistes pakistanaises échangent des tirs le long de la frontière du Cachemire, estime le MNS.

Devendra Fadnavis a l’esprit tranquille. D’après lui, pourquoi ne pourrait-on pas parler au MNS, puisque la gauche réclame de la droite au pouvoir à Delhi qu’elle dialogue avec Hurriyat, le mouvement qui rassemble une trentaine d’organisations indépendantistes cachemiris, ou avec les Naxalites, nom donné en Inde aux membres de la guérilla maoïste particulièrement active au Chhattisgarh et en Orissa, deux Etats du centre-est du sous-continent ?

L’ennui, c’est que l’accord passé entre le gouvernement Fadnavis et le MNS est le résultat d’un chantage. Le producteur de Ae dil hai mushkil a obtenu le droit de diffuser son film, à condition de payer 50 millions de roupies (690 000 euros) à une association de soutien à l’armée indienne. C’est d’ailleurs ce qu’il adviendra dorénavant à tout film ayant eu l’idée saugrenue de tourner avec des acteurs originaires du Pays des Purs. En outre, le réalisateur de Ae dil hai mushkil a été obligé de jurer à la télévision qu’il ne filmerait plus jamais de comédien pakistanais.

"Voilà à quoi en est réduite l’Inde aujourd’hui : un marchandage entre un artiste et un parti qui pratique l’extorsion, le tout sous la médiation de l’Etat", a dénoncé The Indian Express dans un éditorial publié mardi 25 octobre. La veille, vingt-quatre maoïstes avaient été abattus par la police à la frontière de l’Orissa et de l’Andhra Pradesh, sans avoir eu le temps, eux, de négocier une quelconque enveloppe.

NB : mardi 25 octobre, le ministre indien de la défense, Manohar Parrikar, a déclaré "ne pas apprécier" cette affaire de don forcé du cinéma à l’armée, les militaires sont parait-il "furieux" d’être instrumentalisés par les politiques, les dons devant être par nature fondés sur le volontariat. Devendra Fadnavis assure quant à lui qu’il était contre ce type de don imposé par le MNS.

Guillaume Delacroix

correspondant de mediapart.fr en Inde

Sur le même thème : Asie/Proche-Orient

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...