Édition du 15 octobre 2019

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Débat sur la question nationale

Convergence souverainiste Pour surmonter les obstacles difficiles d’un rapprochement entre les partis indépendantistes

Québec solidaire est engagé dans un débat sur la convergence souverainiste qu’il doit trancher à l’occasion de son Conseil national de novembre. Ce débat est porté par les OUI Québec qui a proposé aux partis souverainistes une feuille de route pour réaliser l’indépendance du Québec dans les meilleurs délais

par Serge Roy, militant de Québec solidaire

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Mettre l’accent sur la nécessité d’une convergence souverainiste en vue de réaliser l’indépendance du Québec apparaît comme une excellente idée de prime abord. Personne n’est contre la vertu. Pour appuyer cette idée, certaines personnes s’appuient sur l’expérience catalane ou écossaise où l’alliance entre divers partis indépendantistes a donné une force politique remarquable. Force est de constater cependant que la réalité politique de ces deux peuples est passablement différente de la nôtre.

Ce débat soulève cependant plusieurs questions. D’abord, quel pays proposent les différents partis politiques invités à discuter de convergence ? Quelles convergences sont possibles et entre qui ? Qui réalisera l’indépendance du Québec ? Un gouvernement dirigé par un ou des partis indépendantistes ou la population mobilisée pour construire une société fondamentalement différente de celle qui existe ?

Le pays proposé par Québec solidaire

Québec solidaire a traité de la question nationale dans la première partie de l’élaboration de son programme. Il a ainsi précisé qu’il « vise la construction d’une société basée sur la justice sociale, l’élargissement de la démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect de nos écosystèmes, l’établissement de liens égalitaires et pacifiques avec les peuples du monde entier et, en premier lieu, avec les nations autochtones avec lesquelles nous partageons ce territoire. Son projet de société a pour fondement la démocratie participative et la souveraineté populaire. »

Le programme ajoute « … nous considérons comme essentielle l’accession du Québec au statut de pays, mais aussi parce qu’elle est nécessaire à la préservation et au développement d’une nation unique par son histoire et sa culture en constante évolution, autour d’une langue commune qu’est le français. »

À partir de ces énoncés, des autres parties du programme et des positions prises au fil des variations conjoncturelles, l’engagement de Québec solidaire ont été précisés sur les divers points de son énoncé sur le pays à construire.

Par exemple, en ce qui concerne la justice sociale les orientations de Québec solidaire vont dans le sens de l’élimination de la pauvreté et des inégalités ce qui signifie une remise en question fondamentale du système économique actuel, le capitalisme. Cette remise en question est globale. Dans le contexte actuel, cela signifie le rejet clair des accords de libre-échange qui servent les intérêts des multinationales et vont à l’encontre des rapports de coopération et de solidarité économique qui devraient prévaloir.

L’égalité entre les hommes et les femmes exige que soient prises des mesures concrètes et efficaces pour progresser plus rapidement vers une réelle égalité ce qui implique la transformation des rapports entre les hommes et les femmes afin qu’ils deviennent exempts de violences et de toute forme d’intimidation.

La vision écologique de Québec solidaire s’harmonise très bien avec celle du mouvement écologiste. Dans un Québec indépendant, écologique et solidaire, il ne devrait donc subsister de pratiques dommageables à l’environnement. Dans la conjoncture actuelle il est à écarter définitivement des projets comme l’exploration pétrolière sur l’Île d’Anticosti ou la construction d’un oléoduc destiné à transporter du pétrole de l’Alberta.

Dans le cadre du présent débat sur la convergence il convient d’insister sur la perspective démocratique de Québec solidaire. Son projet politique vise à donner l’occasion à la population de s’approprier le pouvoir politique en transformant les institutions, en mettant l’accent sur la démocratie participative, la décentralisation des lieux de pouvoir pour les rapprocher des citoyennes et des citoyens ; c’est la marche vers la souveraineté populaire.

On le constate aisément, le projet politique de Québec solidaire se distingue de ceux des autres partis, particulièrement du Parti Québécois. Même sur la question de la souveraineté, les différences d’approche sont fondamentales. Pour Québec solidaire l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple québécois doit être l’œuvre du peuple lui-même. L’indépendance effective ne pourra se gagner sans la mobilisation d’une large partie de la population sur ses propres bases. Les partis politiques ont le devoir de promouvoir une telle mobilisation dans le respect de l’autonomie des organisations sociales, culturelles et économiques populaires. Cette approche permettra aux femmes et aux hommes de notre pays de s’engager sur la voie de l’autodétermination en toute confiance, sachant que la démarche à laquelle ils et elles participeront leur appartiendra jusqu’à sa conclusion.

Des convergences à identifier

Québec solidaire doit s’engager dans la démarche proposée par les OUI Québec dans le but, certes, de trouver des points de convergence avec les autres participants. Mais pas à n’importe quel prix. Cet exercice doit être une occasion pour promouvoir une feuille de route qui garantisse une stratégie sous contrôle populaire, une démarche qui dépasse la logique partisane et électoraliste. Aussi, le débat sur cette feuille de route doit se faire largement dans les mouvements sociaux, féministes, culturels, écologistes et économique où se trouvent les alliés les plus importants d’une indépendance fondée sur la souveraineté populaire.

Ces discussions doivent également être l’occasion pour Québec solidaire de faire connaître et mieux faire comprendre la portée de son engagement indépendantiste. Pour y arriver, il ne suffit pas d’être assis à la table des discussions ; il importe d’intervenir vigoureusement sur la place publique pour stimuler l’appropriation du débat par le mouvement social favorable à l’indépendance et promouvoir la mobilisation populaire autour d’un projet de pays qui apportera un changement de société fondamental. En fait, il faut faire savoir que l’indépendance que nous voulons n’est pas celle des élites et de leurs institutions mais bien celle du peuple québécois tout entier.

La feuille de route envisagée et destinée à être soumise au mouvement indépendantiste doit inclure les éléments suivants :

- La souveraineté populaire comprise comme l’expression d’une pratique démocratique plus avancée ;
- L’affirmation que l’autodétermination du peuple québécois sera l’œuvre du peuple lui-même ;
- Une Constituante mettant en mouvement l’ensemble de la population pour assurer un débat permettant de définir collectivement le Québec indépendant ;
- Un Québec écologique qui s’engage sur la voie de sortie des énergies fossiles, de l’adoption d’une agriculture respectueuse de l’environnement, de l’engagement dans une transition industrielle vers des valeurs et des pratiques écologiques, … ;
- Une justice sociale visant l’égalité de toutes et de tous, particulièrement entre les femmes et les hommes ;

La pression mise sur les partis ne doit pas reposer uniquement sur les épaules de Québec solidaire. Le Parti québécois est-il prêt à adopter clairement les positions de rupture nécessaire à la transformation démocratique du Québec. S’il doit y avoir convergence entre les partis politiques celle-ci ne saurait se limiter à une vision dépassée du projet indépendantiste. L’expérience du PQ des quarante dernières années montre une évolution vers un conformisme politique désolant qui n’est guère invitant pour la population qui ne rejoindra le projet indépendantiste que dans la mesure où il ouvrira sur une société nouvelle. Ce parti a l’obligation de s’ouvrir aux propositions de Québec solidaire sans quoi il portera la responsabilité de l’échec des discussions sur la convergence.

Saura-t-il prendre le virage démocratique qui s’impose ?
Québec, 28 octobre 2016.

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