Tiré du Journal des alternatives.
Depuis des décennies, la coopération internationale constitue un pilier discret, mais fondamental de l’action publique québécoise qui se déploie dans 86 pays. Le programme Québec sans frontières a permis de soutenir des projets concrets en droits humains, en justice sociale, en environnement, en santé et en éducation, tout en formant des milliers de jeunes à l’engagement citoyen et à la citoyenneté mondiale.
En rompant ses engagements contractuels envers les organismes de coopération internationale, notamment Avocats sans frontières Canada, le CECI, Equitas, la Fondation Paul Gérin-Lajoie, Oxfam-Québec et SUCO, le gouvernement ne coupe pas seulement des budgets : il sape une vision du Québec solidaire, responsable et engagé.
Cette décision survient dans un contexte politique lourd de sens. Partout en Occident, la droite identitaire progresse en désignant des boucs émissaires faciles : les migrant·es, les relations internationales, les politiques de solidarité.
La coopération internationale, une cible facile
La coopération internationale devient alors une cible facile. Elle se déroule loin du regard médiatique, concerne des populations invisibilisées et se prête aux discours simplistes opposant l’« ici » et l’« ailleurs ». En s’attaquant à Québec sans frontières, le gouvernement s’inscrit dans cette logique de repli.
Pourtant, les faits sont sans appel. Le MRIF a signé des ententes pluriannuelles qu’il choisit aujourd’hui de ne pas honorer. Des organisations québécoises sont contraintes de suspendre des projets déjà engagés, de mettre fin à des partenariats et d’envisager des pertes d’emplois, parfois en pleine période des Fêtes.
Par le passé, les politiques d’austérité du gouvernement québécois procédaient à des coupures plutôt sur le renouvellement des financements futurs. Récemment, la pratique de récupération des surplus annuels s’est systématisée dans les milieux communautaires notamment, heurtant les pratiques courantes de sobriété dans la conjoncture financière difficile. La décision unilatérale de remise en question des ententes contractuelles est un précédent. Quelle crédibilité peut encore revendiquer un État qui se dégage unilatéralement de ses responsabilités contractuelles ?
Des conséquences directes sur des programmes déjà engagés
Les conséquences de ces coupes sont bien réelles. Elles touchent directement des milliers de personnes parmi les plus vulnérables dans des pays comme le Tchad ou la République démocratique du Congo, notamment des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés comme le rappellent l’AQOCI et OXFAM. Elles frappent aussi le tissu communautaire québécois, déjà affaibli par un sous-financement chronique et une grande instabilité des politiques publiques. Opposer les urgences sociales locales à la solidarité internationale est un faux dilemme qui ne sert qu’à masquer l’abandon progressif des responsabilités de l’État.
La solidarité internationale n’est pas une dépense superflue. Elle est un investissement politique, social et démocratique. Elle contribue à créer des conditions de justice et de coopération dans un monde traversé par les crises climatiques, les conflits armés et les inégalités croissantes. Elle renforce également la crédibilité du Québec sur la scène internationale et son réseau de partenariat. Elle lui permet d’affirmer son identité au plan international. En la fragilisant, le gouvernement affaiblit sa propre parole et son image à l’étranger.
Ce recul s’inscrit dans une tendance inquiétante : celle d’un État qui, sous couvert de rigueur budgétaire, accepte de sacrifier les solidarités au profit d’une politique d’austérité doublée d’une charge idéologique frileuse du monde. Une logique dangereuse, qui nourrit la peur, la concurrence entre les plus vulnérables et l’illusion que le repli protège.
Défendre le programme Québec sans frontières, ce n’est pas défendre un privilège. C’est défendre une vision du Québec ouverte, solidaire et consciente de son interdépendance avec le reste du monde. Face à la montée des discours identitaires et du chacun pour soi, rappeler cette évidence est aujourd’hui un acte politique nécessaire.
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