Édition du 24 mai 2022

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Histoire

Rassemblement à Paris pour dénoncer les crimes du 8 mai 1945 commis en Algérie

Des carnages bien ancrés dans la mémoire collective

Au moment où la France commémorait la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, une centaine d’Algériens (nes) rassemblés ce dimanche Place de la République, rappelaient les répressions sanglantes perpétrées le 8 mai 1945 de l’autre côté de la Méditerranée.

France 

De Paris Omar HADDADOU

En brandissant pacifiquement l’emblème national, il y a 77 ans, ils sont froidement abattus !

Les forces coloniales françaises ont laissé des taches indélébiles en Algérie. L’Histoire nous renseigne qu’une civilisation occidentale ne se construit que par le sang ! Le Président Macron a beau dire « la colonisation est un crime contre l’Humanité », cela n’empêchera pas l’ébranchage des parties les plus sombres de l’occupation barbare. Parmi elles, celles du massacre ignominieux des 45 000 Algériens qui voulaient participer à la liesse de ce mardi 8 mai 1945 à Guelma, Sétif et Kherata, célébrant la fin du second conflit mondial et la signature de l’armistice avec l’Allemagne nazie.

A la revendication du droit citoyen, les militaires français de l’époque, sous la houlette du général Duval, répliquèrent par un bain de sang, quand environ 10 000 manifestants (en tête du cortège le jeune Scout, Bouzid Saâl, première victime de la répression) se sont résolus à battre le pavé pour réclamer la libération du leader nationaliste Messali Hadj. Un mouvement propice au soulèvement populaire, exacerbé par la famine et le maillage de la pensée indépendantiste. A Guelma, le sous-Préfet Chiary crée des milices afin d’étouffer le soulèvement au sein de la population. Bilan : 20 000 morts : «  Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement irrémédiable !  » barrit l’agent supérieur de l’Etat.
Pour les historiens algériens, la violence inouïe de ce chapitre colonial demeurera à jamais un épisode douloureux. Mohamed Attar en témoigne dans ses écrits : « Les militaires français et les milices armées ouvraient le feu sur tout le monde, hommes, femmes, vieux et enfants, dans les villes, les hameaux les plus lointains. Un crime que le temps ne peut faire oublier. Par ces crimes, l’armée française voulait redorer son blason terni, après avoir essuyé de grands revers de la part de l’armée allemande ». L’Historien souligne, avec force, que les massacres du 8 mai 1945 étaient prémédités dans la perspective d’inciter le peuple algérien à « enterrer ses aspirations », notamment le recouvrement de l’indépendance nationale. Trop brutaux pour des citoyens qui n’aspirent qu’à faire corps avec la lutte armée du 1er Novembre 1954 pour le recouvrement de la souveraineté nationale, au prix de 1, 5 millions de martyrs.
A Paris, Place de la République, des dizaines d’Algériens (nes) se sont rassemblés ce dimanche 8 mai pour rendre hommage aux victimes et dire toute leur indignation. Endossant le drapeau national avec émotion, Aïcha la militante déclare : «  Moi, aujourd’hui je suis sortie pour la gloire à nos martyrs du 8 mai 1945. Je suis là comme témoin de l’Histoire de mon pays et dire qu’on n’a pas oublié ce que la France et les colons ont fait à Sétif, Guelma et Kherata. Le néocolonialisme doit quitter l’Algérie. L’Algérie appartient aux Algériens (nes). Nous ne laisserons personne nous diviser. Nos 48 Willayas et leurs habitants resteront unis ! ».
Aïcha s’informe sur l’actualité au bled en consultant son Smartphone. Au palais d’El Mouradia, dans les hauteurs d’Alger, apprend-elle, le Président Abdelmadjid Tebboune a condamné les horreurs infligées au peuple algérien par les forces de l’ordre françaises entre 1830 et 1962, les qualifiant de « Crimes contre l’Humanité », décrétant une mise en place d’une « Journée de la Mémoire ».

Ironie de la mémoire, dans le même temps, la célébration du 8 mai 1945 présidée par le chef de l’Etat Emmanuel Macron, qui s’est incliné devant la statue du Général De Gaulle sur l’avenue des Champs Elysées, après avoir ravivé la flamme du soldat inconnu et déposé une gerbe de fleurs avec gravité, se voulait un moment de recueillement et de ritualisation pour commémorer la Libération. Réglé comme une montre suisse, dans l’apparat et le faste républicains, l’événement consignait la tragédie européenne, en occultant l’algérienne !
O.H





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