Édition du 7 décembre 2021

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Planète

Reforestation, tigre virtuel, marché carbone : les mirages de la finance verte

Bien qu’il ait jusque-là négligé les risques environnementaux, le monde financier assure aujourd’hui qu’il est capable d’apporter les solutions pour répondre aux défis climatiques. Jusqu’à quel point cette finance verte va-t-elle imposer ses modèles, ses schémas et conduire à une marchandisation de la nature, notre bien commun ?

5 février 2020 | tiré de médiapart.fr

Les milliards volent. Entre 40 et 90 milliards d’euros seraient nécessaires chaque année pour financer la transition écologique en France, selon la Banque de France. Pas moins de 1 000 milliards d’euros doivent être investis au cours des dix prochaines années pour changer nos modes de production et de consommation en Europe, affirment des experts européens. Plusieurs points du PIB mondial devront être consacrés chaque année pour tenter d’enrayer la catastrophe annoncée du réchauffement climatique, préviennent des économistes.

Peu à peu, chacun commence à prendre la mesure de ce qui nous attend : les efforts exigés pour amener notre système de production à changer sa course mortelle s’annoncent immenses, vertigineux. Mais la valse des milliards n’est pas aussi sans cacher quelques arrière-pensées. Le monde financier a vite compris l’intérêt qu’il pourrait tirer de cette surenchère : d’emblée, il s’érige comme l’acteur déterminant susceptible de pouvoir lutter, à côté des États et des grandes institutions, contre les défis climatiques. Le marché a, selon lui, toujours les réponses face au réchauffement climatique et à la dégradation de l’environnement. Un concept a même été élaboré pour donner l’impulsion à ce nouveau départ : la finance verte.

« Quel modèle de capitalisme voulons-nous ? » Dans une tribune publiée par Project Syndicate, Klaus Schwab, le fondateur de Davos, a donné le la, posant les bases de cette évolution souhaitée par les puissants. Reprenant les thèses de Branko Milanovic sur un capitalisme qui domine le monde, soit sous sa forme néolibérale (les États-Unis), soit sous sa forme étatique (la Chine), il insiste sur l’existence d’une troisième voie : le stakeholder capitalism, c’est-à-dire un capitalisme où les intérêts d’autres parties prenantes (salariés, associations, société civile, etc.) seraient aussi pris en compte. « C’est un modèle que j’ai proposé il y a un demi-siècle, qui place les groupes privés comme des responsables fiduciaires de la société et qui est clairement la meilleure réponse aux défis sociaux et environnementaux de nos jours. » 

Cette réécriture de l’histoire en a fait tousser plus d’un. Comment, ont interrogé nombre d’économistes (lire ici Joseph Stiglitz ou là Yanis Varoufakis) le capitalisme tel que nous le connaissons pourrait-il être la réponse alors que ce système n’a cessé de se développer en contestant toute limite physique, géographique, sociale, environnementale qui pourrait brider une croissance censée être exponentielle ?

Depuis le début de l’ère industrielle, les groupes et les multinationales ont considéré les questions environnementales comme des externalités, des « dommages collatéraux » qui ne devaient en rien faire obstacle au profit, dommages dont les coûts devaient naturellement être à la charge de la société et des États.

En dehors des précautions oratoires, peu de choses ont changé, ces derniers temps. La finance est toujours plus présente aux côtés des exploitants de gaz de schiste, en dépit des ravages environnementaux, et même des mini-séismes provoqués par ces techniques d’extraction. La destruction des espaces naturels et le déplacement des populations locales, les déforestations, les ravages des sols par des pesticides, les pollutions de l’eau, de l’air restent considérés comme des sujets annexes, un mal nécessaire comparé à la marche glorieuse du rendement du capital.

Mais surtout, cette immixtion de la finance soulève de redoutables problèmes, selon les chercheurs et les scientifiques. Jusqu’à quel point celle-ci ne va-t-elle pas imposer ses modèles, ses schémas sur des domaines qui jusque-là lui échappaient, parce qu’elle les considérait comme subalternes ? Ne va-t-on pas assister, au nom de la préservation et de la réparation de l’environnement, à une marchandisation, à une financiarisation de la nature, domaine qui jusque-là relevait du bien de tous ?

La nature a-t-elle un prix ou une valeur ?

La question n’est pas que philosophique. Elle se pose avec de plus en plus d’acuité aux économistes depuis que l’on parle de taxe carbone, de compensations pour lutter contre les gaz à effet de serre, pour réparer les dommages créés par des projets industriels ou immobiliers, d’incitation pour modifier les comportements. Car qui dit réparation dit évaluation du préjudice. Peut-on passer par d’autres moyens que par le prix, donc par le marché, pour fixer le dommage, pour mettre en œuvre des politiques de protection et de préservation ?

« La question est légitime. Mais elle n’a pas de réponses évidentes. Dans le cadre du système financier tel qu’il fonctionne, il faut mettre un prix sur les risques écologiques, si on veut que le système financier change. Il faut des chiffres pour agir. Mais cela ne peut être que des réponses partielles », dit Thierry Philipponnat, directeur de recherche de Finance Watch et membre du collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Parce qu’ils sont économistes, la plupart ont dû mal à imaginer des politiques de préservation de l’environnement se passant de chiffres, de prix. À un moment ou à un autre, ils estiment qu’il faut un mécanisme monétaire, susceptible d’envoyer un signal, afin d’inciter les producteurs et les consommateurs à changer, à investir ou à renoncer à certaines pratiques. Même si, comme le reconnaît Jézabel Couppey-Soubeyran, professeure d’économie à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, ces questions les plongent dans une totale incertitude. Peut-on mesurer quelque chose d’incommensurable ?

« Non », répond de façon définitive Benjamin Coriat. Professeur à l’université Paris-XIII, cet économiste, membre du collectif des « atterrés », travaille depuis des années sur les biens communs, il est en guerre contre cette notion de prix sur la nature. « C’est la domination mondiale de la finance qui impose la financiarisation de la nature. Mais cela relève d’une arrogance stupide de vouloir donner un prix à la nature. Ce serait possible s’il y avait un moyen de donner une valeur. Mais qui décide de la valeur ? », s’interroge-t-il. 

La finance jusqu’à présent n’est jamais parvenue à apporter une réponse satisfaisante à cette interrogation. Il suffit de voir l’évolution du marché carbone. Compte tenu de la surconcentration des gaz à effet de serre dans le monde, le prix du carbone aurait dû exploser, afin d’envoyer le bon signal pour inciter les producteurs et les consommateurs à changer de comportement, d’adopter des technologies moins polluantes. C’est en tout cas la théorie de l’efficience des marchés, base du capitalisme financiarisé.

Or les prix du carbone se sont écroulés depuis plus d’une décennie. Même si un léger rebond est noté depuis la mi-2019 sur le marché européen, où la tonne de carbone se négocie autour de 25 dollars, 75 % des émissions régulées par une tarification du carbone sont à des prix inférieurs à 10 dollars,  selon l’institut des économies pour le climat (I4CE). À ce rythme, le prix du carbone ne compensera les coûts réels du changement climatique qu’en 2095, prévient-il. Ce qui prouve que certaines théories défendues par les néolibéraux sont relatives. Au point que certains demandent l’intervention des États pour établir « un prix juste » du carbone.

Flamants roses contre tigres du Bengale

Ce qui est vrai pour le carbone l’est tout autant pour les valeurs des biens communs essentiels comme l’eau, l’air, les sols. Faut-il fixer un prix pour ces biens indispensables à la vie ? Et comment fixe-t-on la hauteur du préjudice en cas de dommages ? Là non plus, les marchés ne savent pas répondre. Parce que fixer un prix reviendrait à dire que ces biens essentiels sont des marchandises comme les autres, que l’on peut s’en passer si l’on n’a pas les moyens de les acquérir. Or on ne peut pas se passer de respirer.

Mais là où les limites de la finance sont totalement atteintes, c’est en matière d’écosystème, de biodiversité. Les marchés peuvent peut-être encore trouver des moyens de quantifier un élément, mais ils sont incapables d’apporter une réponse à ces systèmes complexes. Un seul élément qui change peut bouleverser tout un ensemble. « Le système financier ne sera pas capable d’aborder des problèmes complexes comme la biodiversité , les écosystèmes. Parce que la finance privée n’est pas adaptée pour répondre à des problèmes collectifs », reconnaît Thierry Philipponnat.

« Or l’essentiel des problèmes écologiques sont des problèmes complexes, rajoute Benjamin Coriat. Le propre d’un écosystème, c’est l’interaction entre les différents éléments. Et cela aucun modèle financier n’est capable de l’appréhender, d’en fixer un prix. C’est une révolution copernicienne qu’il faut faire, si nous voulons vraiment traiter sérieusement le problème écologique. »

Mais le système financier ne donne pas le signal d’être prêt à s’engager dans une telle « révolution copernicienne ». Au contraire. L’idée que la nature a un prix, que les marchés peuvent apporter les solutions à tous les défis écologiques chemine doucement auprès des décideurs politiques.

Droits à polluer, compensations, reforestation, obligations vertes… les nouveaux instruments de la finance verte

Dès les années 1970, le monde financier, sous la pression grandissante des opinions publiques sensibilisées aux questions environnementales, a commencé à regarder comment il pourrait investir dans ces domaines. Et le concept des droits à polluer a émergé. Mais c’est à partir du drame des pluies acides, au milieu des années 1990, que ceux-ci sont vraiment entrés en vigueur. Les marchés carbone ont commencé à apparaître sous des formes un peu différentes aux États-Unis et en Europe. Sans jamais prouver leur réelle efficacité (voir plus haut). En Europe, ceux-ci ont été marqués par de vrais scandales financiers comme celui de la mafia du CO2.

Sur le même principe que le marché carbone, d’autres pratiques de compensation ont vu le jour. Des banquiers et des financiers ont très vite repéré le filon. Depuis une vingtaine d’années, la réglementation impose un diagnostic environnemental et des mécanismes de compensation en cas de destruction pour tous les projets industriels ou d’équipements. Là où il y a dégradation d’une forêt, la puissance publique demande qu’il y ait réparation en recréant à proximité une zone naturelle équivalente par exemple.

Dans un premier temps, tout cela s’est fait projet par projet. Mais peu à peu, des sociétés de conseil, des banques sont entrées dans le jeu et ont commencé à imaginer des mécanismes de compensation, des services financiers censés réparer les dégradations environnementales. Comme si l’environnement était un marché global, les dégâts causés au Sud pouvant être réparés par des actions à l’est du globe. « Ça, c’est le pire du pire », dénonce Benjamin Coriat.

L’économiste raconte avec causticité jusqu’où les dérives peuvent aller : « Imaginez un projet de promotion immobilière qui altère un refuge de flamants roses à proximité. On va évaluer la valeur de chaque flamant rose qui risque de ne plus revenir. Le promoteur paie son écot à la banque qui promet de trouver une compensation et lui propose en contrepartie de repeupler les forêts d’Asie en y introduisant des tigres du Bengale. Cela ne pose de problèmes à personne. Le promoteur est censé avoir payé sa dette environnementale, explique Benjamin Coriat. Mais le système va encore plus loin. Il y a désormais des tigres du Bengale virtuels. La finance a créé des produits censés offrir des compensations environnementales qui s’échangent, se négocient. Mais ce ne sont juste que des produits financiers sans aucune réalité derrière. »

Sans aller jusqu’aux « tigres du Bengale virtuels », la façon dont les groupes les plus polluants agissent pour compenser leurs émissions de CO2 donne une assez bonne illustration dont la finance, loin d’apporter des solutions, devient un élément perturbateur supplémentaire.

Afin de les aider à compenser leurs émissions de CO2 et de s’offrir une image « plus verte », des sociétés leur proposent de planter des arbres un peu partout dans le monde. Un vrai marché des forêts, en partie uniquement financier, s’est développé ainsi auprès des grands groupes, comme le raconte une enquête du Monde.
 
Les groupes pétroliers comme Shell, ou Total, les producteurs d’électricité, les compagnies aériennes, les groupes de transports maritime ou terrestre, les groupes industriels notamment dans l’agroalimentaire, les banques… Chacun y va de sa donation pour acheter des arbres un peu partout dans le monde. Car tous les groupes ont fait leur calcul : la forêt est une voie sûre pour se refaire une vertu à moindre coût. « Le moyen le plus efficace aujourd’hui d’éliminer le carbone, pour moins de dix dollars la tonne, c’est la reforestation », dit le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Le marché croule désormais sous l’argent, au point que les projets de reboisement dans le monde viennent à manquer. Là aussi, une partie des arbres est désormais virtuelle. Mais surtout, cet afflux de financement amène à replanter n’importe où, n’importe comment, au risque de perturber les écosystèmes existants. Sans apporter une réparation réelle aux dégâts causés à l’environnement. Les préjudices causés sur les territoires aux côtés de la raffinerie de La Mède ne sont en rien réparés parce que Total plante des arbres en Asie ou au Brésil. Mais cela a l’air de ne troubler personne.

Verdissement artificiel

Une nouvelle mode a surgi depuis quelque temps : les obligations vertes (green bonds). Le principe est simple : il s’agit d’orienter les financements vers des projets apportant de réels bénéfices environnementaux. La Banque mondiale a été la première à en populariser l’idée en lançant ses premières obligations vertes en 2008. Depuis 2014-2015, le secteur privé a pris le relais. Multinationales, banques se disputent le privilège de lancer des opérations obligataires « vertes ». Même si certaines obligations sont certifiées, l’appellation « verte » n’est soumise à aucun cahier des charges, ce qui donne une interprétation très extensive de ce qui est environnemental. La Chine est ainsi devenue le premier émetteur d’obligations vertes pour financer ses nouvelles centrales à charbon. Utilisant de nouveaux procédés technologiques, celles-ci sont censées être moins polluantes que les précédentes. Donc « vertes ».

«  Le marché des green bonds n’a pas assez de normes. L’incitation est très faible », reconnaît Alain Grandjean, membre de la Fondation Hulot. Il n’en revient pas qu’une émission obligataire lancée pour la réhabilitation d’un aéroport ait pu être classée verte parce qu’il était prévu dans le projet d’utiliser du bois certifié. De même, voir Engie pouvoir émettre des green bonds pour financer un barrage au Brésil l’étonne encore.

« Il y a beaucoup de greenwashing dans ces opérations. Les green bonds, c’est un engagement sur l’usage des fonds. Mais l’argent est fongible. Rien ne garantit vraiment son utilisation finale. La finance verte, c’est aussi cela : un moyen de se dégager de ses responsabilités », relève Laurence Scialom, professeure d’économie à Nanterre.

Mais la critique la plus féroce sur ces obligations vertes a été faite par Ivar Ekeland, ancien président de l’université Paris Dauphine et Julien Lefournier, mathématicien et consultant en finance. Leur raisonnement est simple : si les obligations vertes sont vraiment vertes, elles doivent avoir un rendement financier beaucoup plus bas que les autres, puisque les projets qu’elles financent ont des contraintes beaucoup plus élevées.

C’est tout le sens des obligations vertes : orienter des financements vers des opérations qui ne parviennent pas, sans cette incitation et cette volonté, à trouver les ressources nécessaires pour se développer. Or les obligations vertes évoluent exactement de la même façon que les autres. En d’autres termes, le marché ne fait aucune différence entre les unes et les autres. Peut-être parce que, derrière le label vert, il n’y a aucune raison de faire la différence ?

« Du point de vue de leur analyse, ils ont raison, dit Thierry Philipponnat. Mais ils oublient la dimension de gouvernance. Le détenteur d’une obligation verte a un pouvoir de contrôle. Cela crée une pression qui est d’une autre nature. Le financier a un droit de regard, ce qui donne un sens aux green bonds. »

Vers une finance durable ?

Taxonomie. Le mot était jusqu’alors réservé à la biologie pour le classement des organismes vivants. Il est désormais une référence dans l’économie et la finance. Et même l’objet de sérieuses foires d’empoigne dans les instances européennes.

Au départ, il s’agit de classer les activités selon leur impact environnemental. Le but est de créer un langage commun en Europe afin de lutter contre le verdissement artificiel et de permettre d’orienter les financements et/ou les politiques en faveur des secteurs qui présentent des bénéfices environnementaux. Pour l’Europe, ce référentiel est censé servir de socle à une finance durable.

Selon ce classement, il y a les activités considérées déjà bas carbone, compatibles avec les objectifs de neutralité carbone en 2050 comme l’éolien et le solaire ou la capture de carbone, les activités en transition comme le gaz qui doivent bénéficier de forts investissements pour se transformer. Enfin, les activités qui permettent de développer les activités durables comme la production de turbines d’éolienne.

« Il est de l’intérêt de tous d’avoir des normes, des règles communes », dit Alain Grandjean. « Aider le brun à se transformer en vert est impératif. Dans ce sens, la taxonomie est indispensable. Mais ce n’est qu’un prérequis. Il faut des réglementations, des règles. Tout cela doit être dans le débat public », poursuit Laurence Scialom.

Si tous s’accordent sur la nécessité de créer une classification commune sur les activités en fonction de leur impact sur l’environnement, ils restent cependant sur une certaine réserve, en attendant de pouvoir juger la façon dont l’Europe mettra en œuvre ce projet. Les débats qui ont eu lieu au Parlement européen ou dans les couloirs de Bruxelles, il est vrai, incitent à la prudence.

Chaque secteur économique, chaque pays a bataillé pour défendre au mieux ses intérêts. La France a ainsi ferraillé pour que le nucléaire soit classé dans les activités non polluantes, puisqu’il « n’émet pas de CO2 », selon les représentants français. Les majors pétroliers et les électriciens ont de leur côté présenté une pile d’arguments pour que le gaz soit considéré comme une énergie en voie de devenir verte, alors qu’elle est classée comme une énergie de transition. La finance a œuvré pour que la taxonomie ne devienne pas obligatoire et reste limitée à quelques produits financiers « verts ».

Début décembre, le programme de finance durable européen a calé : les vingt-huit pays de l’Union n’ont pas réussi à trouver un accord sur la définition des investissements verts. La France, la République tchèque, la Pologne, la Slovaquie notamment ont bloqué sur la question du nucléaire, l’excluant de la liste des activités « vertes ». Tous redoutent que cette exclusion n’empêche la filière nucléaire de trouver des financements à l’avenir.

Le sujet agite nombre de secteurs d’activités. Beaucoup craignent d’être exclus de tous les canaux de financement, s’ils ne répondent pas aux critères « verts » européens. « Aidez-nous à financer la transition écologique », a lancé Patrick Pouyanné, PDG de Total, à des groupes d’investisseurs, illustrant que les craintes sont bien réelles dans nombre de grands groupes.

La façon dont l’Europe a abordé la question du financement des activités durables laisse dubitatifs certains observateurs : « Une analyse décidant de façon binaire ce qui est vert ou pas ne reflète pas l’état de la science. Il existe beaucoup de nuances de vert qui varient selon la situation locale ou nationale. De plus les seuils, qui permettront aux activités d’être éligibles seront fixés par une administration qui sera soumise à l’influence des lobbys économiques et des acteurs politiques », explique Ben Caldecott, directeur du programme de l’université d’Oxford sur la finance durable dans Responsible Investor.

Le soupçon est fondé. Profitant des retards, les groupes ont repris un intense lobbying à Bruxelles pour tenter d’infléchir le plan européen de finance durable, censé entrer en vigueur en 2022. De plus, le texte prévoit déjà que le Conseil pourra adjoindre à la future Plateforme sur la finance durable, qui doit fournir à la Commission « des conseils pour l’établissement des critères d’examen technique et l’analyse des coûts et avantages qu’ils induisent », un groupe d’experts désignés par les États membres pour la « conseiller sur le caractère approprié des critères d’examen technique ». En d’autres termes, ce collège d’experts va servir à défendre les intérêts nationaux ou certaines activités importantes de chaque pays.

Au-delà de l’entrisme des lobbies si fréquent dans les instances européennes, cette taxonomie suscite des réticences par rapport à son formalisme et à sa rigidité. Répondre à un problème complexe, aux dimensions multiples – environnementales, sociales, économiques, sociétales – par une solution unique peut conduire à de grands crashs, prévient Stan Dupré, ancien membre du groupe d’experts sur la finance durable auprès de la commission européenne.

Le risque est grand de voir tous les financements s’orienter vers des activités comme l’éolien et le solaire, certifiés verts, au détriment d’autres technologies, qui pourraient être aussi porteuses mais qui ne sont pas encore suffisamment développées. Dans quelle mesure, tout cela ne va-t-il pas aboutir à une économie normée, décidée par la seule finance, sans débat public, sans pour autant apporter les bonnes réponses ?

Troisième volet : Les banques centrales, chefs d’orchestre de la transformation écologique ?

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